Tiernan-Locke : « Ça les a fait taire »

Par Baptiste Bouthier
Lundi 13 février 2012 - 7:00
Photo : Elsa Bénard
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Qui est Jonathan Tiernan-Locke ?
Jonathan Tiernan-Locke et son équipe Endura Racing ont remporté l’édition 2012 du Tour Med. Pour cela, il a fallu faire sa place, ferrailler avec des adversaires pas toujours disposés à laisser faire les petites formations. « Il y a des coureurs qui deviennent agressifs », « des équipes qui nous manquent de respect », raconte le Britannique à Velochrono, non sans fierté d’avoir « fait taire » tout le monde en s’adjugeant cette épreuve prisée, deux victoires d’étape en prime. Le puncheur revient sur cette fabuleuse semaine, raconte d’où il vient et donne son sentiment sur la percée actuelle du cyclisme dans son pays.
Jonathan, comment vous sentez-vous après avoir remporté le Tour méditerranéen ?
Est-ce que vous réalisez ?
J’ai un peu de mal à y croire ! Je pense que ça va venir progressivement…
Alexandre Blain nous avait prévenu : il fallait se méfier de vous… Mais votre victoire surprise dès la 1e étape, jeudi, aurait pu vous suffire ?
Non, ça n’a rien changé à mon plan. Dès le départ, l’idée était de jouer la gagne sur la dernière étape. Jeudi, j’ai attaqué et j’ai poursuivi mon effort jusqu’au bout, mais ça n’a rien changé. Le général ? Je n’y pensais pas particulièrement, mais je savais qu’en jouant les premiers rôles au Faron, ça viendrait naturellement…
Mais justement, ce dimanche avait mal commencé avec l’annulation du Mont Faron…
J’étais très déçu. C’était vraiment un gros objectif pour moi, et puis c’est un col qui a une histoire, c’est le juge de paix traditionnel de l’épreuve. Mais ensuite, on a vu qu’il avait été remplacé par une autre difficulté (le col des Gardes, ndlr). Sa longueur, sa pente semblaient également me convenir assez bien, alors je me suis dit pourquoi pas ? Je peux faire un truc quand même. Franchement, c’était une ascension difficile.
Comment l’avez-vous vécue ?
Et bien il y avait Johan Le Bon qui était échappé depuis un moment. D’ailleurs, il a fait un truc vraiment incroyable parce qu’il y avait plusieurs équipes qui roulaient vraiment à fond derrière, et lui tenait le choc ! Finalement, au pied du col, un coureur de Saur-Sojasun, je crois, a attaqué. Je l’ai contré, j’ai fait un petit trou et j’ai tout de suite insisté. Un peu plus loin, on m’a dit que je creusais l’écart, alors je ne me suis plus posé de question. Je savais que derrière, s’ils s’entendaient, ils pouvaient revenir sur moi, alors je ne devais surtout pas me désunir.
À l’arrivée, vous avez 17 secondes d’avance sur Daniel Navarro et Stefano Garzelli, deuxième et troisième ! Vous sentiez que vous rouliez fort ?
Est-ce que vous pensez que les choses auraient été différentes avec le Mont Faron ?
Je pense que j’aurais fait la même chose. Si j’avais vu la même ouverture, pourquoi ne pas y aller ?
Visiblement, certaines équipes, comme la Garmin-Barracuda, se sont demandées pourquoi vous veniez rouler en tête de peloton en cours d’étape et vous l’ont reproché… C’est courant ?
Oui, ça arrive tout le temps. Garmin, ça allait, ils nous laissaient faire. Mais d’autres formations ne sont pas aussi accommodantes… Et c’est comme ça pour tout : quand tu essaies de courir à l’avant du peloton, de prendre la roue d’untel, tout de suite, il y en a qui deviennent agressifs, parce que nous sommes une « petite équipe ». C’est pour ça que c’est bien d’avoir gagné aussi : ça les a fait taire, ça leur prouve qu’on a notre place.
C’est une revanche ?
Exactement, c’est une grosse… (il s’interrompt) Ces équipes se trompent. Je crois que cette semaine, on a été brillant.
Ce sont des équipes entières, les françaises par exemple ? Ou juste certains coureurs ?
Les Français ça va. C’est plutôt des coureurs, c’est au cas par cas. Mais certains nous manquent clairement de respect.
Cette semaine, vous étiez dans la forme de votre vie ?
C’est comme ça que vous expliquez qu’à 27 ans, alors qu’on ne vous connaît pas du tout, vous parveniez à remporter une course du niveau du Tour Med ?
Non, il n’y a pas que ça ! Vous savez, j’ai commencé le vélo à seulement 19 ou 20 ans. J’ai fait quelques saisons, et puis j’ai commencé un boulot. Je n’étais pas sérieux, je ne m’entraînais pas beaucoup. L’an dernier, je me suis dit qu’il fallait que je croie en moi. Que j’avais perdu trois ans de cyclisme et que c’était dommage. J’ai rejoint une première équipe Continental (Rapha Condor, ndlr) et j’ai commencé à avoir des résultats, à gagner des courses. Je me suis dit que je pouvais faire encore mieux. Alors je suis devenu de plus en plus sérieux.
Et vous avez décidé de rejoindre Endura Racing à l’intersaison. Pourquoi ?
Parce que le programme de course y est meilleur ! Ces deux dernières années, j’ai essentiellement couru des épreuves très plates, où j’étais l’équipier des sprinteurs. J’ai dû avoir trois ou quatre opportunités par an, pas plus. Dont la moitié en Asie, où j’ai pu tomber malade… La seule fois où ça s’est vraiment bien passé, c’est sur le dernier Tour de Grande-Bretagne (sixième). Endura Racing m’a promis un bon programme pour cette année, alors je suis venu.
Vous avez été en contact avec le Team Sky ?
Oui, un peu. Mais c’est dur d’y avoir une place ! Dans quelques années peut-être…
Cette équipe est l’un des symboles d’un cyclisme britannique qui est en plein boom : Mark Cavendish est champion du monde, Bradley Wiggins a remporté le Dauphiné, vous voilà… Comment l’expliquez-vous ?
Mais quel coureur êtes-vous vraiment ? Plutôt grimpeur, ou plutôt puncheur ?
À vrai dire, je n’ai jamais été au-delà des 1 000 mètres ou presque, alors c’est difficile pour moi de répondre ! Mais je pense que je suis plutôt un puncheur, je suis assez explosif. Je suis à l’aise sur les classiques vallonnées ou dans la moyenne montagne.
Et maintenant, what’s next ?
Je fais le Tour du Haut-Var (18-19 février), puis le Tour de Murcie (5-6 mars) et quelques courses en Italie.
Ce sont des courses qui devraient vous convenir… Mais désormais tout le peloton vous aura à l’œil !
Oui, je crois bien ! Mais sur une arrivée au sommet, ce n’est pas très important d’être surveillé. Ce qui est important, c’est d’être le plus fort.









Voilà un coureur franc, qui dit vraiment ce qu’il pense. Les autres ne parlent jamais de revanche, lui si !
J’ai été m’informé sur des forums anglais, et apparemment il volait littéralement l’an passé sur le Tour de Grande-Bretagne.
Il attaquait dans chaque bosse sur chaque étape et il a impressionné beaucoup de monde.
Bizarre qu’il n’ait pas tapé dans l’oeil des équipes présentes sur cette course.
De toute façon, c’est clair et net qu’il y a énormément de coureurs talentueux qui ratent des carrières en cyclisme, soit parce qu’ils ne sont pas assez sérieux, soit parce qu’ils ont l’opportunité d’avoir une belle vie avec un autre boulot.
Lui a su se remotiver à un moment. Je trouve que c’est une belle histoire. Il est certainement plus mature que certains néo-pros ayant un parcours bien tracé.
Congratulations JT!!! Et au team ENRARA RACING Petit Poucet du peloton mais qui cette année a chaussé « les bottes de 7 lieues » ( de miles devrais-je dire)n’en déplaise à certains!!!! Belle victoire qui en appelle d’autres!
Très sympa cet article, ça fait plaisir de savoir qu’on peut encore découvrir sur des épreuves de premier plan des coureurs totalement inconnus jusqu’alors.
Cela montre aussi qu’Endura Racing a un plutôt un bel effectif pour une Continentale et ne fait pas tâche sur des courses de ce niveau.
Impatient de voir s’il va confirmer sur les prochaines courses, et si d’autres coureurs de l’équipe peuvent se révéler.
Pourtant l’an dernier au tour de GB il n’avait vraiment pas la morphologie du grimpeur : trappu, surtout des cuissots…mais il a fait toutes les bosses avec bcp de pts à fond et ç’a lui a sourit. On dirait qu’il aime ça grimper finalement.
Quelle fraicheur ! Cà fait du bien, des nouvelles têtes au haut niveau et surtout, un « D3″ qui bat des « D1 et D2″…. sur une 2.1 !!!
ENDURA RACING!!!!! et non ENRARA!!
@ Pinkou: Déjà, Alexandre Blain, il pourrait monter d’un cran, non ?
C’est toujours sympa de voir des révélations et des « petits » battre les « gros », surtout quand les « gros » leur mettent des bâtons dans les roues. En tout cas, il fait preuve de caractère face aux intimidations.
Il est plaisant de voir des équipes dite de petit calibre ne pas hésiter à animer ces courses,avec elles vive la belle incertitude du sport.Le pays de Vire se réjoui du succés de John Lock qui a couru dans la régionou il a laissé une bonne impression.A noter que ce natif du Devon a porté le maillot du VC Aube et d’Etupes.
Juste un apparte :
pourquoi avoir choisi cette couleur rose pour votre site ?
Le vélo est déjà assez un sport de pédales pour que vous en rajoutiez.
Dans l’ascension de la bêtise Ptiteflute a franchi le col en tête!!!! Il a largement perdu les pédales!!!
Moi je rêve toujours de voir Le prochain Phénomène De Tous Les Temps (mais attention sans dopage!). Celui qui possède un patrimoine santé-puissance bien au delà de la moyenne. Bon il a été pas mal malade, ce qui tendrait à prouver que c’est plutôt une mauviette. Mais ne sait-on jamais. Le psychologique étant un atout maître je me laisse bercer par l’idée qu’il a enfin trouvé l’équilibre psychique qui va le booster au dessus du lot… A suivre!