Schmidt : « J’ai vraiment faim de vélo »



Troisième du classement général final, Fabien Schmidt a été la bonne surprise du Tour du Limousin. Il est néo-pro mais est passé par tous les états cette saison : en difficulté lors de ses premiers mois à ce niveau, le coureur de Roubaix, vainqueur de Paris-Tours espoirs l’an dernier, a dû se remettre en question pour retrouver le sens de la marche. Avant qu’il n’enchaîne avec la Classic de l’Indre, ce dimanche, Velochrono a fait sa connaissance et découvert un garçon portant un regard assez décalé sur sa situation, néanmoins animé par une priorité qui fait avancer tous les coureurs de son âge : il veut avant tout progresser pour franchir les échelons.

« Je me suis dit que ça n’allait pas le faire du tout… »

Fabien, en ce moment, tout va pour le mieux pour vous. Ce n’était pas le cas en début de saison…

Tout a commencé à l’Etoile de Bessèges, où j’avais pris froid. J’étais peut-être trop affûté… Pourtant sur l’étape dure, j’étais là, dans un peloton d’une quarantaine de coureurs. J’étais pas mal… Mais après ça, impossible de me remettre sur pied. J’ai subi un traitement antibiotique, puis j’ai eu un kyste à la selle. Ça durait, ça durait. Je m’entraînais bien, j’avais autant de kilomètres que l’année précédente, mais je n’avais aucune sensation.

Donc il a fallu tout reprendre de zéro et en quelque sorte refaire ses débuts pro.

J’apportais peut-être trop d’importance à certaines choses, alors j’ai relativisé, arrêté de trop penser.
C’est un peu ça, oui. J’ai laissé passer la tempête. Dès que je me remettais en route, j’avais encore un souci. Je me suis dit que ça n’allait pas le faire du tout… J’ai arrêté complètement pendant une semaine. J’ai repris par des coureurs amateur, puis j’ai repris à Plumelec. Direct, je me suis échappé. J’avais vraiment faim de vélo. Encore maintenant. Quand on est à la maison, c’est vraiment dur. Ça m’a fait comprendre que… (Il s’interrompt) Ça m’a fait comprendre la chance que j’avais, quelque part. Je n’étais pas blessé, je n’avais rien de cassé. Je n’y arrivais pas mais il fallait me remettre en question. J’apportais peut-être trop d’importance à certaines choses, alors j’ai relativisé, arrêté de trop penser. Finalement, ça a remarché mais j’aurais pu avoir encore et encore des problèmes. Heureusement, maintenant c’est bon.

Souvent, on dit que débuter chez les pros en troisième division, c’est le moyen de commencer sans pression. Est-ce que vous vous en étiez trop mis ?

A Roubaix, pas de pression ? D’accord, mais pas besoin que notre supérieur nous mette la pression pour en avoir une. On se la met tout seul. Le sentiment est le même quand on a envie de bien faire. C’est avant tout le coureur qui la vit, cette pression, et donc se la met tout seul.

Vous vous êtes échappé à Plumelec : c’était pour vivre une belle journée de vélo et retrouver le plaisir ?

J’avais besoin de prendre des échappées pour prendre du rythme. Plumelec : échappé. Le lendemain aux Boucles de l’Aulne : échappé. En Mayenne, idem, tous les jours. J’ai fait des courses dans le nord, je faisais pareil. Aux Championnats de France aussi. Je suis sorti dans le final avec mon coéquipier Loic Desriac. Je voulais voir ce que ça faisait. Et puis on ne sait jamais… J’aurais été déçu de faire quinzième dans les roues. Après avoir été repris, j’ai pu aider Denis Flahaut. C’est une journée qui m’a marqué : longue distance, il pleuvait, c’était plat mais néanmoins pas facile. Je me suis dit : ça roule vite, certes, mais ce n’est pas inaccessible. Des petits coups comme ça, ça donne confiance ! J’en ai profité.

« Je suis quelqu’un qui sent les coups »

Chez les amateurs aussi, vous vous échappiez tout le temps ?

Les premières années, oui. L’avant-dernière saison, j’ai eu une mononucléose, puis la dernière, je courrais toutes les courses dans le but de gagner. J’attaquais mais j’essayais d’attendre le bon moment. Je suis quelqu’un qui sent les coups, j’arrive à comprendre quand ça va sortir… Bon, après, si je n’ai pas les jambes (rires)…

C’est inné, de sentir les coups ?

Ce n’est jamais évident mais si je veux choper une échappée, j’y arrive souvent, oui. Après, le plus dur, c’est d’y rester !
Disons que j’arrive à voir quand le peloton va se reposer. Ce n’est jamais évident mais si je veux choper une échappée, j’y arrive souvent, oui. Après, le plus dur, c’est d’y rester ! Après les Championnats de France, j’ai couru des courses amateurs et des classe 2. En juillet, j’ai couru tous les week-end, et j’étais toujours devant. Pas pour gagner mais pour me faire le plus mal possible, en vue du Tour du Limousin, où il faut de la vraie force. Il y a des gars qui ont fait le Tour de France : c’est quand même autre chose…

Et vous faites donc troisième de ce Tour du Limousin, course visée de longue date. Vous attendiez-vous à ce que ce soit plus dur ?

C’était accessible, cette course. Ca roulait vite mais c’était accessible. Je sortais de la Mi-Août bretonne, où j’avais gagné une étape…

David Veilleux a remporté cette course et il vient de remettre le couvert en hors-classe sur les Trois Vallées varésines… Vous aussi, vous avez su enchaîner !

J’ai couru huit fois en neuf jours : c’était deux semaines de courses vallonnées que j’attendais avec impatience. J’avais aussi la Poly Normande en tête. Cette saison, j’ai fait des courses plates et même des courses pavées. Sur les secteurs, je sautais… Roubaix fait le maximum pour avoir le meilleur programme de course possible, et il y a très peu de courses que je n’ai pas fait, hormis quand j’étais malade…

C’est formateur.

Oui, c’est formateur. Très formateurs. Et je reçois de bons conseils, qui me font progresser dans tous les domaines.

« Jamais je ne deviendrai un champion ! »

C’est quoi, votre profil ?

Je suis bien quand ça grimpe et quand il fait très chaud. Mais pas de la haute montagne, plus de la moyenne. Je sais aussi rouler, mais bon, je fais soixante kilos… Je suis complet, on va dire. Mon sprint n’est pas super mais je peux quand même me débrouiller en groupe ou en faux plat. Si j’arrive à sept, je ne fais pas septième…

Quel type de coureur voulez-vous devenir ?

C’est très dur de se projeter, tant que l’on ne s’est pas prouvé à soi-même ce que l’on est capable de faire.
Je veux déjà essayer de progresser. Tout le monde vous dira ça. S’il faut s’échapper, je ferai tout pour. S’il faut rouler pour un leader, je ferai tout pour. Mais la finalité c’est d’augmenter mon potentiel physique et voir vers quelles courses je pourrais me tourner. Le but, c’est de gagner des courses.

Il n’est pas acquis que Roubaix existe encore l’an prochain. Avez-vous des sollicitations pour grimper d’un étage ?

L’avenir de Roubaix est flou, oui, donc le mien aussi l’est. Mais j’ai des contacts. Il faut déjà que je finisse ma saison correctement, que je fasse tout pour que ça me guide vers la meilleure destination possible. Une carrière de cycliste, c’est éphémère…

Si vous vous retrouvez tous les deux ans à chasser un contrat, oui, mais ça peut durer quinze ans…

Oui, c’est vrai. Mais c’est très dur de se projeter, tant que l’on ne s’est pas prouvé à soi-même ce que l’on est capable de faire. Je ne vends jamais la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Je préfère voir ce qui m’attends, voir de quoi je suis capable. Je verrai avec ma future équipe comment faire pour attendre le niveau espéré et je ferai tout pour y arriver. Si j’y arrive, tant mieux…

C’est toujours plus facile de se projeter quand on marche fort. Il y a quelques mois, vous n’en auriez pas été capable…

En revenant et en obtenant des résultats, j’aurais pu me dire : oh, c’est bon, je vais être un champion ! Mais jamais je ne deviendrai un champion (rires) !

Par Alexandre Philippon - Dimanche 19 août 2012 - 7:20


Twitter Velochrono


  1. A la fdjeux en 2013


  2. Dimanche 19 août 2012 à 10:26 - Ray | Thumb up 6 Thumb down 4

  3. C’est vrai qu’Il a été stagiaire chez FDJ à la fin de l’année 2011 après avoir gagné Paris tour espoir … joli parcours mine de rien …


  4. Dimanche 19 août 2012 à 11:35 - Gotlib | Thumb up 5 Thumb down 2

  5. Ah bon, il a aidé Flahaut dans le final du championnat de France ? ça ne s’est pas vu, et j’ai plutôt eu l’impression que le sprinteur nordiste une fois de plus avait dû se débrouiller seul. Bon, de toute façon, ça n’aurait rien changé au résultat : battu d’un cheveu pour la troisième place, Flahaut aurait pu au mieux gratter une place. Comme il courait chez lui et que l’équipe de Roubaix était dans sa région, ça l’aurait fait tout de même ! Mais la sortie de Desriac et Schmidt, ce n’était pas une très bonne inspiration, ce n’est pas ça qui a cassé le train de la FDJ. Mais bon, n’en parlons plus.


  6. Dimanche 19 août 2012 à 13:49 - tubedeselle | Thumb up 4 Thumb down 5

  7. Fabien Schmitt, le coureur allemand qui a gagné Paris Tours Espoirs. Sacrés Thierry Adam et Jaja…


  8. Dimanche 19 août 2012 à 14:00 - Stéphane Deneits | Thumb up 19 Thumb down 1

  9. Ce coureur est sympathique parce qu’il est frais en terme de mentalité. Il n’a pas « la grosse tête » et ses dispostions de bien faire et son évidente volonté de bien faire(sans se prendre au sérieux) me plaisent beaucoup.Ah si j’étais un D.S d’une équipe plus huppée, je l’engagerais!
    NB: qui peut nous « éclairer » au sujet du destin de son actuelle équipe(Roubaix Lille Métropole)? Va-t-elle-hélas! disparaitre? Belle intervieuw,


  10. Dimanche 19 août 2012 à 18:30 - Merlin | Thumb up 5 Thumb down 1

  11. @Tubedeselle : Disons que Flahaut avait jugé qu’il n’avait besoin de personne


  12. Dimanche 19 août 2012 à 19:44 - Alexandre Philippon | Thumb up 2 Thumb down 2

  13. Il part chez SAUR


  14. Lundi 20 août 2012 à 10:15 - Greg | Thumb up 9 Thumb down 0

  15. interview intéressante d’un coureur qui progresse de manière intelligente , sans se prendre pour une vedette .Les résultats arrivent et le choix d’une équipe non pro-tour , Saur , est judicieux ,car il aura des possibilités de choisir ses courses ,et de progresser sur tous les terrains .


  16. Lundi 20 août 2012 à 23:22 - Cariou | Thumb up 2 Thumb down 0



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