Roche : « On est passé à côté »


Roche : « On est passé à côté »

Par Camille Fischbach
Jeudi 26 juillet 2012 - 11:30
Photo : Sport-phot.com / Nicolas Götz







Pas loin d’entrer dans les dix premiers à Paris, Nicolas Roche a réussi cette année le meilleur Tour de France de sa carrière. Pourtant, à l’image de toute son équipe, le coureur de la formation AG2R La Mondiale n’a pas pu remporter une étape et sauver un bilan collectif mitigé. Conscient de ses limites sur les chronos et en montagne, l’Irlandais a reconnu pour Velochrono avoir « tenté le tout pour le tout » pour inverser la tendance. Il va se rendre à présent aux Jeux Olympiques de Londres, sans se faire d’illusions quant à ses chances de médaille mais déterminé à faire la fin de saison à fond.

« On a joué la carte offensive sans avoir réussi à concrétiser »

Nicolas, vous terminez le Tour à la douzième place finale, mais le top 10 vous échappe lors du dernier contre-la-montre. Cela change t-il quelque chose de votre bilan de ces trois semaines ?

Non, je ne veux pas le résumer seulement à mon médiocre chrono. Même si j’ai eu l’espoir de pouvoir dépasser Thibaut Pinot au classement, c’est en revanche logique que je sois battu par Andreas Klöden. J’avais déjà perdu du temps sur le premier contre-la-montre. Si je ne suis pas dans le top 10, c’est surtout dû à ma défaillance vers la Toussuire, où je perds six minutes à l’arrivée. Je suis un peu déçu de ne pas avoir terminé dans les dix premiers à Paris. Je n’ai jamais trouvé l’ouverture. Mais globalement, je pense avoir fait le maximum sur ce Tour. J’ai même été à l’attaque lors de la dernière semaine. J’ai essayé pas mal de choses, je me suis bien battu. Je n’ai rien à me reprocher.

Cette année, avec Jean-Christophe Peraud, vous étiez deux leaders chez AG2R La Mondiale. Le Français est rapidement sorti du jeu pour le classement général et a chassé une victoire d’étape. Auriez-vous aimé l’avoir à vos côtés en montagne ?

Forcément. Il ne faut pas être un grand tacticien pour remarquer mon isolement. Cette année, l’ambition de notre équipe était de remporter des étapes : on a usé pas mal de cartouches pour tenter d’y arriver. Cependant, Sébastien Minard m’a bien aidé dans les étapes de plaine. On s’en est plutôt bien sorti en évitant les chutes de la première semaine. Je crois que c’est surtout Hubert Dupont qui m’a manqué sur ce Tour car il m’a toujours été indispensable quand on étaient ensemble lors des grands rendez-vous.

Quel fut l’état d’esprit de Vincent Lavenu au moment de faire le bilan ?

Il a tenu un discours mitigé. Il a relevé les bons et les mauvais points. Ce qu’il en a dit, c’est que notre Tour de France n’a pas été totalement raté mais sans être bon. Car avec personne dans le top 10 et aucune victoire d’étape, on est passé à côté de nos objectifs. C’est vrai que les gars se sont bien battus en étant souvent devant, mais on a vite été lâchés. On ne peut néanmoins pas leur reprocher de s’être lancés dans le bain. Sur trois semaines, on a dû manquer que deux ou trois fois la bonne échappée. On a joué la carte offensive. Le souci, c’est de ne pas avoir réussi à concrétiser.

« La Sky ? Un sentiment de puissance et de contrôle »

Vous étiez à votre avantage sur les étapes de Boulogne-sur-Mer (7e) et de Brive (5e). Vous aimez ce genre d’étapes accidentées, à difficulté intermédiaire. Aurait-il fallu qu’il y en ait davantage ?

C’est mon point fort. Je sais que je suis limité en haute montagne et sur les chronos. Ce que j’aime, ce sont les arrivées sèches sur des tracés lourds et endurants, mais aussi les parcours pièges où il y a moyen de faire la différence sur des bosses. J’avais promis d’attaquer. J’aurais préféré le faire plus tôt, mais ce n’était pas possible. Sur ces deux étapes, j’ai tenté le tout pour le tout sans penser au lendemain.

D’une manière générale, ce parcours 2012 correspondait-il à vos attentes ?

Il n’a pas été à mon avantage, non. Le chrono, ce n’est pas ma spécialité, même si je l’ai travaillé. Sur le premier, je m’en suis plutôt bien tiré : c’était l’un des meilleurs de ma carrière. Quant à la montagne, les étapes longues m’ont convenues, comme celle de la Planche des Belles Filles ou du Tourmalet. Mais pas les deux plus courtes où il fallait être à bloc tout le temps.

Lors de la 18e étape entre Blagnac et Brive, vous n’êtes pas passé loin de votre première victoire sur un grand tour. A ce moment-là, a t-on le sentiment de passer à côté de quelque chose d’énorme ?

Cela n’a pas été simple. De toute façon, un succès sur le Tour se joue souvent sur quelques petits détails, à moins d’être vraiment le plus fort de l’échappée. Sur le coup, j’ai attaqué avec Luis Leon Sanchez juste dans ma roue et le peloton qui est revenu à toute vitesse. J’ai été obligé de lancer le sprint assez tôt en espérant que personne ne puisse passer. Mais cela n’a pas marché et Mark Cavendish a fini par l’emporter.

Mark Cavendish court chez Sky. L’équipe britannique n’a laissée que des miettes à ses adversaires. Les observateurs ont été frappés par la force de frappe impressionnante de l’équipe de Bradley Wiggins. On imagine qu’au cœur du peloton, le ressenti était identique…

Oui, ils dégagent un sentiment de puissance et de contrôle. Cette équipe a été capable de laisser filer de grosses échappées sans que sa tactique n’en soit perturbée. Ils ont bien joué le coup. Bradley Wiggins n’a d’ailleurs pas été gourmand en se refusant à gagner à chaque fois au sommet des cols. Avec des Contador ou des Schleck, ce n’est pas la même chose : eux font tout le temps rouler leur équipe pour gagner les étapes. La Sky n’a jamais roulé à partir du moment où personne dans l’échappée ne pouvait menacer le maillot jaune. Wiggins s’est focalisé sur le général et ça a été suffisant pour s’imposer.

« A Londres, essayer de profiter de ma condition actuelle »

La victoire de Wiggins marque le retour au premier plan du cyclisme britannique. On les connaissait excellents pistards, les voilà parfaits routiers. Comment expliquez-vous ce bouleversement, vous le voisin irlandais ?

Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. On sait que les Britanniques ont été les premiers à exploser sur la piste grâce à un entraînement spécifique. Dans ce domaine, ils étaient en avance mais ils ensuite ont dû s’adapter à la route. Des structures solides et des fonds importants ont été nécessaires pour y arriver. Sur ce point, la Sky ne s’en cache pas. Il faut donc de la recherche mais aussi des coureurs capables de s’y lancer. Wiggins en est le parfait exemple : son coach est un entraîneur de natation. Tout le monde n’est pas préparé à cela. Ce sont toutes ces choses qui font qu’en dix ou quinze ans, une génération de coureurs arrive à émerger, même si cela prend du temps. A l’image des sprinteurs australiens, il y a des cycles. Toutes les années ne ressemblent pas. Ce sont les aléas du cyclisme.

Place désormais aux Jeux olympiques. Quelles seront vos ambitions et celles des coureurs irlandais sur le parcours londonien ?

Il y a d’abord mon cousin Daniel Martin, plus motivé que jamais, même s’il n’a pas fait le Tour de France qu’il espérait avec Garmin. Il se dit en bonne condition. Il y aura aussi David McCann, qui va disputer ses troisièmes Jeux et nous sera utile de par son expérience. On sera ambitieux, mais beaucoup moins forcément que les coureurs britanniques. Quant à moi, je n’ai pas la prétention d’y aller pour une médaille. Comme à Pékin en 2008, je ne vais disputer que l’épreuve en ligne. Dans un groupe de vingt-cinq coureurs, je sais que je ne suis pas le plus rapide. Je vais essayer de saisir les opportunités et pourquoi pas de faire un bon sprint. Mais quoiqu’il arrive, je vais me battre.

Les Jeux Olympiques suscitent une grosse attente dans le monde entier. Pour un coureur cycliste, la pression ressentie sur cet événement est-elle la même que sur un Tour de France ?

Pour moi, c’est incomparable. Mon objectif cette saison, c’était le Tour, pas les JO. Mais je ne me mets pas de pression supplémentaire. Je vais quand même essayer de profiter à Londres de ma condition actuelle. Pour un coureur comme Philippe Gilbert en revanche, les Jeux sont sans doute plus importants que le Tour.


Twitter Velochrono


  1. Pas de questions sur son avenir chez AG2R ?


  2. Jeudi 26 juillet 2012 à 12:26 - Josh | Thumb up 23 Thumb down 0

  3. Dommage pour lui qu’il se concentre QUE sur le classement général …


  4. Jeudi 26 juillet 2012 à 12:50 - Josh Randall | Thumb up 17 Thumb down 1

  5. Coureur insipide, ne fait que suivre.
    Sans doute l’esprit british.


  6. Jeudi 26 juillet 2012 à 13:46 - AirDen | Thumb up 12 Thumb down 15

  7. si on dit sa de roche que dire de wigins?


  8. Jeudi 26 juillet 2012 à 14:49 - morgan | Thumb up 6 Thumb down 5

  9. @airden


  10. Jeudi 26 juillet 2012 à 14:50 - morgan | Thumb up 1 Thumb down 0

  11. Je pense qu’il est meilleur sur les courses d’une semaine seulement ou alors il faut qu’il coure les GT où il y a moins d’intensité genre la Vuelta (bien qu’aujourd’hui les GT soient tous intenses)
    Il pourrait aussi tenter les étapes plutot que le général. Mais pour jouer le général il lui faudra un meilleur niveau contre la montre…


  12. Jeudi 26 juillet 2012 à 15:22 - lexlex | Thumb up 4 Thumb down 1

  13. Je suis pas sur qu’avec 1 ou 2 équipiers avec lui en montagne, il aurai fait mieux. J’ai jamais vu un manager mettre à disposition une équipe pour un gars qui fera au mieux un top 15.
    En plus il le dit lui même,la haute montagne n’est pas son fort, le CLM non plus, alors pourquoi vouloir viser un top 10 sur le tour alors qu’il pourra y rentrer qu’avec des circonstances de course hyper favorable?
    Il devrait plutôt préparer les ardennaises, les courses au canada, les CDM ou le tour de lombardie


  14. Jeudi 26 juillet 2012 à 15:24 - Mathias | Thumb up 15 Thumb down 1

  15. Nicolas roche c’est un peu Jérome Coppel.

    Un très petit « leader » d’une mauvaise équipe qui ne vise que des top 20 dans des grandes courses.
    Un gars qui n’a gagné que des épreuves de 3° rang.
    Un suiveur qui reste dans les roues le plus longtemps possible.

    Personnellement, j’ai un peu de mal a comprendre ce genre de coureurs. Quelle gloire d’avoir comme objectif de finir 15° d’un grand tour ? (sachant que des meilleurs finissent moins bien classé par ce qu’ils travaillaient pour un vrai leader).
    Viser une victoire d’étape, un podium sur une course d’une semaine, faire lieutenant d’un vrai leader, apprendre le métier…

    Nicolas roche, rein taramae, coppel… axé une saison avec comme objectif de finir 15° au TDF… Je comprends pas.


  16. Jeudi 26 juillet 2012 à 15:59 - LaVoitureCaPue-LeVeloCaFaitPuer | Thumb up 27 Thumb down 12

  17. seule issue pour lui aller dans grosse équipe faire l’équipier… il y aura récompense sur petite course

    Tout à revoir chez AG2R…vivement Bétancurt, Appolonio et BARDET


  18. Jeudi 26 juillet 2012 à 16:49 - gilbert5866 | Thumb up 6 Thumb down 1

  19. Ils visent un top 10, pas un top 15! Et puis ils sont jeunes, ils sont là pour apprendre, pour ça, il faut rester avec les meilleurs. A part sa défaillance, Roche à quand même été costaud.

    Coppel, tout le monde lui tape dessus! Moi je trouve que c’est bien ce qu’il fait. Avant de tomber malade, on voyait qu’il était de mieux en mieux. Après si dans deux ou trois ans il voit qu’il progresse pas, évidemment il faudra changer d’objectifs.


  20. Jeudi 26 juillet 2012 à 20:43 - pipo | Thumb up 3 Thumb down 3

  21. Nicolas Roche est à sa place et fait avec ses moyens : sur ce plan, il n’y a rien à lui reprocher. Le problème, c’est que son patron, faute de vrai(s) leader(s), lui demande ce qu’il ne peut donner. J’aime assez la comparaison avec Coppel : ces gens-là seraient plus performants si on attendait moins d’eux. C’est sûr que Roche gagnerait à ne pas focaliser sur le classement général…


  22. Jeudi 26 juillet 2012 à 21:29 - tubedeselle | Thumb up 5 Thumb down 0

  23. oui c’est pas Roche le problème simplement son équipes n’a pas le niveau pour être là ou elle est et prend la place d’autres équipes bien mieux armée certain peine à ce l’avouer mais Ag2R a à peine le niveau du milieu de tableau en continental…


  24. Vendredi 27 juillet 2012 à 17:12 - raphaël | Thumb up 0 Thumb down 3

  25. Ceux qui critiquent ne doivent pas souvent monter sur un vélo! Roche et Coppel sont de très bons coureurs, peut-être pas au niveau des cadors bien sûr. Concernant AG2R on les a vu presque tous les jours dans les échappées et si Dupont n’était pas tombé il est certain qu’il aurait aidé Roche en montagne comme il l’a déjà fait de très nombreuses fois (cf Giro 2012 avec Gadret ou TdF 2011 avec Péraud). Les déceptions de la saison viennent plutôt de Casper et des trois recrues étrangères pour leurs points…qui enchaînent les abandons hormis Gazvoda.


  26. Vendredi 27 juillet 2012 à 18:06 - Phil74 | Thumb up 2 Thumb down 2

  27. « Ceux qui critiquent ne doivent pas souvent monter sur un vélo! »
    => C’est dingue ce qu’on peut lire souvent cet argument… Je n’ai jamais fait de politique pourtant je vote ! Je n’ai jamais tué qq’un pourtant je suis contre le meurtre. Ensuite sur internet on peut raconter ce qu’on veut. On peut même faire 110kg pour 1m70 et dire qu’on a été 5° au championnat régional

    Oui roche et coppel sont de meilleurs cycliste que moi.
    La question c’est que fait on quand on est le « 30° plus fort d’un peloton ». On vise – soi disant – un top 10 pour toujours finir entre le 10° et le 20°. Ou on vise une étape, ou on fait lieutenant d’un leader plus fort, ou on vise une victoire sur une course plus faible…

    Concernant AG2R, a part des échapées publicitaires condamnées des le départ, ils ont rien fait. Seul JC Perraud a tenté une étape une fois bien larguée au général. Leur TDF a été a l’image de leur saison : ils ne méritent pas le pro tour.

    D’ailleurs velochrono pourrait faire un article « quid des équipes françaises ». Aucune ne mérite le pro tour. Il faudrait un regroupement de 2 équipes pour avoir une équipe vraiment solide et concurrentielle. Une fusion FDJ-Europcar aurait une vraie gueule pro tour.


  28. Vendredi 27 juillet 2012 à 18:43 - LaVoitureCaPue-LeVeloCaFaitPuer | Thumb up 3 Thumb down 3

  29. Lavoitureçapue, toi au pseudo ô combien hilarant, hahahaha, tu as fait combien d’un GT, toi ???
    Je préfère ce genre de gars, à l’analyse lucide, qui reste à sa place avec ses moyens, certes plus faibles qu’un podiumable, à des chaudières sorties d’à peu près nulle part qui se mettent à truster le devant de la scène.
    Parenthèse, il a fait l’analyse la plus intelligente de l’avènement de Wiggins que j’aie lue jusqu’ici.


  30. Samedi 28 juillet 2012 à 11:01 - JPC | Thumb up 1 Thumb down 3



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