Pampeago, dis-nous tout !

Par Alexandre Philippon
Vendredi 25 mai 2012 - 9:45
Photo : Tiziano Sartori
L’Alpe di Pampeago est l’une des arrivées en montagne les plus utilisées par le Tour d’Italie depuis vingt ans. Elle est dure, sélective ; elle a donc la cote et c’est normal. Sauf que cette année, le nouvel organisateur Michele Acquarone a eu une drôle d’idée : forcer les coureurs à se la coltiner deux fois de suite. L’Histoire de ce col a montré que tout pouvait y arriver : révéler la supériorité d’un homme, dévoiler ses carences… ou accentuer les doutes.
La force de Pantani, la faiblesse de Contador
La carrière de Marco Pantani se scinde en deux parties. Un avant et un après Madonna di Campiglio, station des Dolomites dans laquelle il fut mis hors course lors de l’édition 1999. L’Italien était alors l’auteur, l’année précédente, d’un impensable doublé Giro-Tour, et s’apprêtait à conserver son titre sur la course rose. Il était le meilleur grimpeur du monde. 24 heures avant de voir sa carrière et sa vie basculer, le coureur de Mercatone Uno avait livré sa dernière hallucinante prestation encore dénuée de doutes et d’accusations. C’était à l’Alpe di Pampeago. L’escalade était déjà au programme de l’édition précédente et Pavel Tonkov l’avait poussé dans ses derniers retranchements, le devançant au sprint au sommet. Cette fois-ci, aucun partage : Pantani, plusieurs crans au dessus de tout le monde, ridiculise la concurrence. Il reste 4 500 mètres d’ascension quand il place une attaque tranchante, qu’il semble prolonger jusqu’au sommet dans son style caractéristique, toujours ou presque en danseuse. Sur la ligne d’arrivée, Paolo Savoldelli a concédé 2’30, Laurent Jalabert 4’ : les derniers rivaux d’Elefantino ont tout perdu en un rien de temps. L’Alpe di Pampeago démontre alors, en même temps que le Romagnol, sa capacité à plier une course.
On peut faire de gros dégats sur une montée de l’Alpe di Pampeago. Alors imaginez deux. Le tout un 19e jour de course. Avec 4000 mètres de dénivelé positif total sur l’ensemble de l’étape. C’est la première fois que le Tour d’Italie ose demander aux coureurs, une fois tout en haut, de redescendre se coltiner le Passo Lavazè pour finalement escalader à nouveau Pampeago. En 2008, une seule ascension avait failli permettre de relancer le Giro : gêné par ses allergies, Alberto Contador, alors lancé vers la victoire finale, avait concédé du temps à ses principaux challengers. S’il avait fallu se lancer dans une seconde boucle, il aurait certainement abandonné ses espoirs de victoire finale. Ce jour-là, l’Espagnol s’emportera : « Croirez-vous enfin que j’étais à la mer fin avril ? Que je n’ai pas préparé avec soin ce Giro parce que je ne savais pas que je le ferais ? Peut-être que maintenant, Ricco et Di Luca me croiront… »
Enfin cerner le vrai niveau de ce Giro, et de ses protagonistes
L’Alpe di Pampeago a donc ce pouvoir de révéler la supériorité d’un homme comme de dévoiler ses carences. L’explication tient dans ces fameux quatre derniers kilomètres, à plus de 11 % avec des passages à 16 %. La neutralisation du Passo Giau, mercredi, qui a détaché un groupe de six coureurs supérieurs en montagne (Rodriguez, Basso, Scarponi, Hesjedal, Pozzovivo, Uran) et un quatuor pour la victoire finale (les mêmes sans les deux derniers), ne pourra être revécue sur cette étape autrement plus difficile car elle sera étouffante. Les cols sont plus courts, les descentes aussi. Une fois lâché, on ne peut plus revenir. Michele Scarponi a pu sauver sa peau in extremis il y a deux jours : s’il coince à nouveau, ce sera fini pour lui. Ou pour n’importe quel autre coureur. Car personne n’est à l’abri du mauvais jour, du coup de moins bien, que des attaques précoces pourront démasquer, afin de débloquer un Giro qui ne donne pour l’instant pas l’impression d’avoir poussé ses protagonistes dans leurs retranchements.
Et puis les yeux seront aussi rivés sur les chronos. C’est au terme de cette étape que l’on pourra jauger le réel niveau de ce Tour d’Italie. D’aucuns disent que le seul fait de voir Ryder Hesjedal encore postuler à la gagne illustre les faiblesses du cru. L’Alpe di Pampeago sera un révélateur diabolique en terme de watts. Avec en tête, la dangereuse idée de comparer les époques. En 2008, lors d’une étape une fois de plus terminée au Passo Pampeago, mais sans avoir grimpé préalablement un col usant tel le Manghen, les données de puissance en avaient gêné plus d’un. Emmanuele Sella, large vainqueur, avait développé 406 watts dans l’ascension finale après avoir passé la journée en tête depuis le treizième kilomètre, réalisant ce qui pouvait alors être considéré comme l’un des raids montagneux les plus subjuguants des dix dernières années. Il avait ensuite été annoncé contrôlé positif. Voilà tout le paradoxe de cette 19e étape : on espère du spectacle, mais moins il y en aura, mieux on se portera.








Sella n’avait pas plutôt gagné et contrôlé positif en 2008 ?
Derrière un insolent Emmanuele Sella, il n’y avait pas eu de gros écarts entre les favoris.
Je ne m’en souviens pas bien, mais j’espère que c’est à mettre sur le compte d’une course d’attente.
Je n’aime pas trop cette montée, sur une route assez large et en ligne droite.
Yes, pour Sella, c’était en 2008, vu qu’il a commencé sa carrière en 2004
Par ailleurs, en 2008, Sella était parti dans le Passo Manghen.
Oui pardon 2003, 2008, trompé de touche, désolé.
Il était dans une échappée dessinée au 13e kilomètre puis s’est isolé en tête, creusant l’écart et grimpait Pampega avec 406 watts. 4 de moins, seulement, que Contador, avec tout son raid dans les pattes.
Et il allait d’ailleurs gagner le contre la montre en côte juste après …
…. »on espère du spectacle, mais moins il y en aura, mieux on se portera »…..
tout est dit
Une bonne arrivée comme le Giro les aime et si c’a ne suffit pas , ils pourront faire une arrivée à la Scanuppia l’an prochain avec son chemin à bouquetin et sa route défoncée.
Sinon il y a un col en croatie qui monte 11 km à 16% de moyenne avec des pentes maxi à 40%
« on espère du spectacle, mais moins il y en aura, mieux on se portera » : Non, bien sûr que non. Déçu de lire cela ici. Le spectacle, ce n’est pas un relevé de puissance. L’intérêt (même et surtout sur une étape comme cela) est dans le performance relative, dans l’affrontement. Ces tricheurs n’apportent rien.
Perso, j’espère qu’il y aura du spectacle : des prises de risques, des défaillances, des écarts… Certains, aujourd’hui, doivent être lâchés…
Désolé mais je vais vous reprendre: Pantani n’était pas le meilleur grimpeur du monde sur le Giro 99…. mais le meilleur grimpeur de tout les temps! Insolent de facilité!
Il n’avais concédé que 55sec sur 31km de CLM à Jalabert (3° du chrono!) Puis avait failli le battre au sprint ! à Lumezzane (rien que ca)
Bref rien ni personnne n’aurait pu l’empecher de gagner ce Giro, mais j’aurai tellement voulu le voir face à Armstrong sur ce Tour 1999! C’est la vie…
Esperons qu’un coureur se décide à bouger aujourd’hui, et dans le Top coureur, les 2-3 qui ont interet à bouger son Pozzovivo, Rodriguez, Uran, Scarponi, les autres ont s’en fout :p (enfin moi je ne m’en fout pas mais Basso et Hesjedal…)
Faux en 2008 le clm en côte est remporté par Pellizotti devant Sella et Simoni.Ricco et d’autres avaient devancé Contador lors de l’etape de Pampeago mais le niveau d’alors était autrement plus relevé qu’aujourd’hui.
Entre son giro remporté en 2008 et celui glané en 2011,il y a eu une enorme différence d’opposition.Lors de 2008 il affronte Ricco,Di luca,Pellizotti,Sella,Menchov et Simoni.
En 2011 Scarponi et Nibali.
L’alpe de pampeago a toujours crée des différences en raison de ces 4 derniers km asphyxiant.En 1999 Pantani avait fait une démonstration après l’efficace travail de sape de Zaina,il avait liquidé l’opposition notamment un Heras pretentieux.
En 1998 par contre Pantani s’etait heurté à un Tonkov très impressionant et vainqueur au sommet mais ce jour là Zulle était definitivement out.
Cette fois-ci les ecarts seront au rendez-vous mais ils seront faible et personne ne va attaquer.Neanmoins j’espère que Rodriguez va sauter complètement.
Sella était une arnaque totale et Simoni en semi-retraite, faut pas raconter n’importe quoi non plus.
Je viens de lire un truc marrant sur le passo Manghen: De vlaeminck y avait abandonné le Giro en 76 et c’était caché dans les bois pour ne pas que son directeur sportif le repère.
Je suis d’accord avec ceux qui préfèrent voir une course d’élimination entre favoris plutôt qu’une chevauchée fantastique en solitaire à la Sella, Pantani, Ricco, Simoni ou Armstrong pour citer quelques noms mentionnés ci-dessus
»on espère du spectacle, mais moins il y en aura, mieux on se portera »
Dans l’idéal, on aura tout autant de spectacle avec quelques watts en moins de moyenne et pour tout le monde.
Je rejoins mikael et Toddle sur ce coup là. Ce n’est pas parce qu’il y a moins de spectacle qu’il y a forcément moins de dopage. Encore heureux qu’on puisse encore avoir du spectacle avec des coureurs propres. C’est juste que l’ensemble sera moins rapide. Mais personnellement je me fous de voir une étape à 35 de moyenne à la place de 45, ça n’empêche pas qu’il peut y avoir des attaques, des défaillances, des mecs plus forts que d’autres etc. Ce n’est pas la vitesse qui fait le spectacle mais les différences entre les coureurs.
« Voilà tout le paradoxe de cette 19e étape : on espère du spectacle, mais moins il y en aura, mieux on se portera. »
Pas forcément, un coureur dopé peut même tuer le spectacle en étant trop fort. Ce fut d’ailleurs le cas de l’an dernier : Contador, dopé ou pas (ce n’est pas le sujet), a dominé largement le Giro, et le spectacle n’était quand même pas extraordinaire.
Hesjedal qui domine tout le monde dans du gros pourcentage, ou va le vélo ?
HESJDAL
Hesjedal impressionnant avec 6.07 W/kg sur la montée, soit autour de 425 watts après une telle étape…
Mais le meilleur reste Pantani en 99, un véritable ovni, je n’ose imaginer son temps s’il fait toute l’ascension à fond…
425 ? Aie