Oktos, les Picards sans complexes


Oktos, les Picards sans complexes

Par Stephane Deneits
Jeudi 5 juillet 2012 - 9:22
Nicolas Leroy







Saint Quentin, terre de vélo, arrêt express ! La préfecture de l’Aisne accueillera ce jeudi la grande boucle, après avoir eu en son sein l’une des plus grandes équipes du cyclisme amateur français des années 90. Finalement passée professionnelle en 1999, l’équipe Saint Quentin Oktos aura su saisir sa place dans le peloton, entre révélations des pays de l’Est, coups d’éclats en Suisse et vraies personnalités. Velochrono a retrouvé la trace des cyclistes picards, par le biais de leur ancien manager général, Pascal Cordier.

De Vainsteins à Millar en passant par… Gabrovski

La boxe et le cyclisme. Sports historiques. Sports nobles. Une passerelle à priori étonnante, mais que Pascal Cordier n’a pas hésité à emprunter. Aujourd’hui président du Boxing Club Saint-Quentinois, celui-ci n’en a pourtant pas oublié ses premières amours. Et c’est un homme enjoué qui nous parle de son passé dans le milieu du cyclisme, fort d’une expérience longue de presque vingt ans. « L’aventure a commencé en 1987, jusqu’à ce que nous devenions en 1996 le meilleur club amateur français, avec la victoire sur la Coupe de France Mavic. De nombreux coureurs de renom sont passés chez nous : je pense à Romans Vainsteins, Jeremy Hunt, ou encore à David Millar. Le travail de formation a clairement porté ses fruits ». Surfant sur la vague du succès, c’est avec des bases solides que l’équipe picarde décidé de tenter l’aventure à l’échelon supérieur, avec les équipementiers Oktos et MBK comme associés. Nous sommes en 1999.

On nous a comparés à des mineurs de fond, pour bien marquer cet esprit solidaire, chacun n’hésitant pas à se dépouiller pour l’autre.
Si l’équipe de Pascal Cordier n’a pas forcément connu la réussite et la longévité d’une Cofidis ou d’une Française des Jeux nées deux ans plus tôt, la formation de Saint Quentin aura tout de même parcouru son petit bonhomme de chemin. Avec pas mal de succès sur des épreuves cotées du territoire (étapes du Midi Libre, Tour du Poitou Charentes, Tour de Picardie), elle aura fièrement affiché ses couleurs. Notamment grâce à un contingent de coureurs de l’Est particulièrement talentueux : Salius Ruskys, Linas Balciunas, ou encore Ivailo Grabovski. La mayonnaise prend. « Il y avait un véritable esprit de famille dans cette équipe. On nous a comparés à des mineurs de fond, pour bien marquer cet esprit solidaire, chacun n’hésitant pas à se dépouiller pour l’autre. Et on peut moins se targuer d’avoir toujours été réglos avec nos gars, qui avaient leur salaires et de quoi manger à la fin du mois ».

« Nous avions le niveau pour faire le Tour de France »

Un mix étonnant, mais qui prévaut par la qualité des garçons venus de Lituanie ou encore de Bulgarie. De vraies bonnes pioches : « Il nous a fallu jouer malin. Puisque nos finances ne nous permettaient pas de faire n’importe quoi, on a fait jouer nos relations, nos réseaux, notamment en Belgique, une passerelle vers les pays de l’Est. » Du côté des coureurs tricolores, quelques pointures sont venues garnir les rangs de l’équipe Oktos-Saint Quentin : Eddy Seigneur lors de la genèse en 1999, puis Stéphane Barthe ou Christophe Rinero, le premier ancien champion de France, le second maillot à pois du Tour. Ce qui leur permet de briller à la maison, sur les très prisées épreuves de Coupe de France : « A l’époque, je considère que le niveau était vraiment plus élevé. Aujourd’hui, les équipes Continental, les réserves des World Tour, constituent le plateau de ces Coupes de France. C’était autre chose à l’époque. Et c’était clairement plus disputé et valorisé ».

Si nous avions pu faire le Tour, je suis convaincu que cela nous aurait permis d’être encore dans le peloton aujourd’hui.
Mais quid de l’échelle supérieure ? « Nous avions le niveau pour faire le Tour de France. C’est mon seul regret, car ça c’est vraiment joué à peu de choses. D’ailleurs, je suis convaincu que cela nous aurait permis d’être encore dans le peloton aujourd’hui. Toutefois, nous avons pu participer à des épreuves mythiques, comme Paris-Nice ou encore Paris-Roubaix. Et sans démériter ». Alors si cela pourrait en faire douter certains quant au niveau des Picards, n’oublions pas que le cyclisme peut amener parfois son lot de surprises sur les plus grandes épreuves du calendrier. N’est-ce pas Eddy Lembo, vainqueur d’étape et leader deux jours sur le Tour de Suisse 2002 ? « Ce garçon était bourré de talent. C’était un vrai costaud. Je n’ai même pas eu le privilège de vivre son raid, puisque j’étais mobilisé sur les championnats de France de la gendarmerie à Morzine. Et c’est un ami américain qui m’a informé de ce qu’il se passait en Suisse : « Pascal, tu as un de tes gars qui est en train de faire un numéro ! » Effectivement, ce fut un beau moment. »

Mais comme de coutume, toutes les bonnes choses ont une fin : « Nous avons atteint notre niveau d’incapacité financière fin 2004. L’équipe n’a pas continué au niveau professionnel et a repris son chemin chez les amateurs. » Chacun poursuivra ainsi sa route. Comme le Suisse Jean Nuttli, l’ancien obèse devenu coureur professionnel, « qui avait tenté un record de l’heure à Bordeaux, et emmenait de sacrés bouts droits pour nos sprinteurs ». Tel Sylvain Calzati, « l’une de nos découvertes, qui a eu la brillante carrière que l’on sait ». Ou encore Ivailo Grabovski, « dont on avait pleinement conscience du potentiel, et dont le retour au premier plan sur le Tour de Turquie m’a fait énormément plaisir. Un vrai bon coureur le reste toute sa carrière ». Pour autant, le cyclisme n’a pas déserté la ville de Saint Quentin, avec la venue des champions pour le Critérium d’après-Tour, auquel Pascal Cordier a grandement contribué. Ce jeudi, ce sera au peloton de venir rendre visite à la cité picarde. Et si l’histoire avait changé son cours, nul doute que la formation Saint Quentin Oktos version Tour 2012 aurait cherché à briller sur ses terres.


Twitter Velochrono


  1. on oublie aussi de parler des quelques « affaires » de dopage de l’équipe : lembo justement qui ne devait pas tourner à l’eau, kozlitine qui fournissait l’EPO à cofidis… ce qui n’a pas aidé pour continuer


  2. Jeudi 5 juillet 2012 à 9:36 - lolo | Thumb up 12 Thumb down 5

  3. Etonnant en effet le parcours de cette équipe qui évolue maintenant en DN3 comme mon club lui aussi managé pour la partie DN parl’ancien manager de l’équipe Besson Chaussures au début des années 2000.

    Mais en effet cette équipe a permit à quelques bons jeunes de débuté et à quelques coureurs de finir tranquillement leur carrière. Avec des réussites comme Bodrogi ou Calzati voir Nuttli qui en effet pesé 125 kg avant de courir et est devenu un super rouleur ensuite. Et des échecs tel que Chouffe ou Perque.


  4. Jeudi 5 juillet 2012 à 11:47 - Zdrnekstylebar | Thumb up 5 Thumb down 0

  5. En même temps Lolo, quand tu demandes à un ancien manager de te raconter l’histoire de son équipe, il va pas te dire ouvertement : « ah ouais, on s’est bien marré, on était chargés comme des mules, c’était le bon temps ». Et ça, que ce soit le cas ou non. Ils n’ont jamais eu quelconque problème « officiel ». Donc bon…


  6. Jeudi 5 juillet 2012 à 15:20 - Stéphane Deneits | Thumb up 8 Thumb down 0

  7. A en croire Franck Pencolé, pro chez eux pour finir sa carrière, les conditons de vie n’étaient pas tous les jours optimales : http://www.cyclismag.com/article.php?sid=350


  8. Jeudi 5 juillet 2012 à 16:15 - Vlad Drac | Thumb up 1 Thumb down 1

  9. je me souviens parfaitement bien de cette équipe qui a hélas!-trainé quelques « casseroles » (c’est une litote!)comme le rappelle lolo avec justesse. Je reste persuadé que Pascal Cordier n’était pas au courant.Cela devait lui passer au dessus de sa tête, car je reste persuadé que cet homme est quelqu’un de bien. Tout cela est bien dommage, mais, au fait, pourquoi cette sympathique équipe a disparu? Quelle en est l’origine? Quelqu’un peut-il nous « éclairer » à ce sujet? Au fait, merci pour ce « flash-back » qui me renvoie à une joyeuse tranche de vie!


  10. Jeudi 5 juillet 2012 à 20:17 - Merlin | Thumb up 0 Thumb down 0

  11. sans rire..


  12. Vendredi 6 juillet 2012 à 0:02 - Aisne | Thumb up 0 Thumb down 0

  13. J’ajouterai, son nom n’apparaît pas, qu’elle a mis le pied à l’étrier, comme directeur sportif, à Martial Gayant.


  14. Vendredi 6 juillet 2012 à 22:12 - tubedeselle | Thumb up 0 Thumb down 0



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