Le Tour, Liège et les Liégeois
Pour la quinzième fois de son histoire, le Tour de France fera étape samedi et dimanche dans la province de Liège. Jean-Pierre Ropet, auteur de l’ouvrage Le Tour de France au Pays de Liège qui retrace, de 1948 à aujourd’hui, l’histoire de la grande boucle avec Liège et les Liégeois, revient pour Velochrono sur ce lien particulier.
Des vainqueurs prestigieux
« Il y a une histoire très forte entre Liège et le Tour, explique Jean-Pierre Ropet. Cela dure maintenant depuis environ soixante ans. » C’est en 1948, avec l’étape Metz-Liège remportée par Gino Bartali, que Liège accueille pour la première fois le Tour de France. Les vainqueurs de ces étapes disputées dans la province de Liège sont pour le moins prestigieux. Lors de la première étape du Tour 1956, Reims-Liège, c’est André Darrigade qui lève les bras. Neuf ans plus tard c’est le flamand Rick van Looy qui remporte l’étape Cologne-Liège. En 1980, Bernard Hinault gagne le contre-la-montre de Spa devant Joop Zoetemelk.
En 1990, la relation entre Liège et le Tour se renforce. À la demande du Pesant Club Liégeois, propriétaire de Liège-Bastogne-Liège, la Société du Tour de France puis ASO organisent l’épreuve avant de la racheter. Liège et sa province accueilleront, après cet accord, une demi-douzaine de fois le Tour, notamment en 2001, où Erik Zabel est victorieux à Seraing devant Emmanuel Magnien et Stefano Garzelli. Trois ans plus tard, Fabian Cancellara devancera Lance Armstrong de deux secondes à l’issue du prologue liégeois. La dernière visite du Tour dans la province de Liège remonte à 2010. La deuxième étape, Bruxelles-Spa, avait été marquée par la victoire de Sylvain Chavanel et la neutralisation de la course dans le final suite aux chutes des frères Schleck.
« Grande ferveur »
S’il y a une étape qui a davantage comptée que les autres, c’est bien celle du 8 juillet 1995, Charleroi-Liège, remportée par Johan Bruyneel devant Miguel Indurain. « L’espagnol avait déclenché la grande bagarre entre les favoris, se souvient Jean-Pierre Ropet. Il voulait marquer les esprits, mettre sa main sur la course en matant Bjarne Riis et Alex Zülle (Indurain a devancé ses deux rivaux de cinquante secondes à Liège, ndlr). Le lendemain il a remporté la huitième étape, un contre-la-montre entre Liège et Seraing. Pour moi, cette étape du 8 juillet a vraiment eu une incidence sur l’issue du Tour puisqu’elle a permis à Indurain de prendre le pouvoir très tôt (à l’issue de la huitième étape, ndlr). »
Le départ du Tour de Liège, en 2004, a également frappé les esprits. « Cela a été un succès sportif phénoménal, raconte Jean-Pierre Ropet. Les organisateurs disaient même que c’était la plus grande ferveur jamais vue pour le départ du Tour. Il y avait énormément de Néerlandais, d’Allemands, de Français. Le lendemain, sur l’étape Liège-Charleroi, le peloton a traversé toute la Wallonie et c’était un gros succès. Cette année, ça devrait être la même chose. En décembre, le parcours du prologue a été ouvert aux cyclotouristes, ce qui est rare, et depuis ça n’arrête pas, c’est impressionnant. C’est un instant de gloire pour les liégeois. » Plus qu’un Liège-Bastogne-Liège ? « Oui, répond l’historien sans ciller. Il y a une plus grande attente car c’est la plus grande course mondiale. C’est un événement hors-norme pour les gens. »
Cette ferveur ne s’est pas souvent nourrie des exploits d’un champion local : les cyclistes liégeois n’ont pas souvent marqué l’histoire du Tour. « Il y a bien eu la deuxième place de Jean Brankart en 1955 derrière Louison Bobet et devant Charly Gaul, mais c’est vrai que ça fait pas mal d’années qu’ils n’ont pas réalisé un grand résultat, note Jean-Pierre Ropet. Après, il nous reste des anecdotes. En 1931, le cycliste liégeois Georges Laloup décide de s’arrêter à 25 km de l’arrivée pour attendre durant vingt minutes ses poursuivants… parce qu’il s’ennuyait en roulant seul en tête ! Ou Jacques Coomans, qui crève une trentaine de fois en 1925. » Gageons que sur les hauteurs de Seraing, dimanche, Philippe Gilbert voudra renouer le fil entre les champions liégeois et la grande boucle.







