Indurain, l’audacieux des Ardennes
Encore un et le roi Miguel rejoindra le trio magique, composé de Jacques Anquetil, Eddy Merckx et Bernard Hinault. Et ce triangle deviendra carré, celui qui renferme les quintuples vainqueurs du Tour de France. Nous sommes en 1995 et Miguel Indurain est bien évidemment le grand favori de cette nouvelle édition de la grande boucle. N’en déplaise aux puristes qui n’adhèrent pas à son cyclisme calculateur et métronomique. Des préceptes que le Navarrais va faire voler en éclat lors du passage du Tour en Belgique…
Bien accroché à son trône
Le matin du 8 juillet, le peloton a pris la direction de la Belgique, pour y disputer ce qui sera le premier acte de vérité du 82e Tour de France : le contre-la-montre entre Huy et Seraing. Il doit établir une première hiérarchie avant d’aborder les Alpes, mais auparavant, il faudra s’escrimer les mollets à travers les vallons wallons, au cours d’une étape emmenant les coureurs de Charleroi à Liège. D’aucuns y verront un mini « Liège-Bastogne-Liège » en ce chaud samedi. Après une semaine de course, voilà le genre de profil qui peut faire des dégâts. Mais l’on n’imagine pas les favoris se découvrir, alors que les attaquants pourront toutefois s’en donner à cœur, à travers les côtes de la Haute Levée, du Rosier ou encore le Mont Theux.
Bjarne Riis est maillot jaune au soir de la victoire d’Erik Zabel à Charleroi. Ivan Gotti ayant été retardé sur la ligne d’arrivée, et devant céder son paletot de leader au colosse danois. Miguel Indurain, quant à lui, se tient en embuscade, en ayant surtout dans le viseur le chrono du lendemain, long de 54 kilomètres, et qui devrait lui permettre d’écraser une première fois la course, avant d’attaquer la montagne. Ses adversaires se creusent la tête : où lui grappiller du temps ? Aujourd’hui, le terrain s’y prête. Et inspire un certain Laurent Jalabert. Gonflé à bloc par un début de saison fantastique, le coureur de la ONCE lance une première flèche dans la côte de la Haute Levée. Mais Indurain veille. La bagarre est enclenchée, le peloton a déjà considérablement fondu.
Grandes manœuvres en Belgique
C’est un autre français, moins connu, qui est à l’origine de ce qui restera l’un des plus grands moments de cette édition du Tour : Bruno Thiboult, de la formation Castorama, s’échappe lors de l’ascension du Mont Theux. Eric Boyer, Lance Armstrong, Massimiliano Lelli, Bo Hamburger, Ramon Gonzalez Arrieta suivent. Surprise : Miguel Indurain décide également d’embrayer, suivi avec un temps de retard par Laurent Jalabert. Qui ne pourra rien quand le roi Miguel, Boyer et le coéquipier de Jaja, Bruyneel, prennent le large quelques kilomètres plus loin. Un trio qui devient duo, car le Français de la Polti n’a pas les jambes pour accompagner les deux mobylettes.
Bruyneel, protégeant ses deux leaders, Jalabert et Zülle, ne peut décemment pas donner le moindre relais. Alors Miguel roule seul, en réalisant un premier contre la montre de 25 kilomètre. Contre toute attente. Le champion espagnol frappe fort. Au niveau comptable, mais aussi au niveau psychologique, ses adversaires étant abasourdis devant un tel numéro. Au final, Johann Bruyneel fait sauter le bouchon à Liège, en gagnant l’étape et s’emparant du maillot jaune. Pour Indurain, le gain de l’étape se chiffre à 50 secondes. C’est peu et beaucoup à la fois. Toutefois, les jambes seront lourdes lors du chrono du lendemain, l’Espagnol ne dominant l’étape que pour seulement 12 secondes devant Bjarne Riis. Mais le maillot jaune est récupéré, et c’est bien là l’essentiel. Et surtout, les esprits sont marqués. Ceux qui voudront aller chercher Miguel Indurain pendant les deux semaines qu’il reste vont devoir s’employer.








Juste une petite correction : » en s’emparant » 5eme ligne en partant de la fin
alors qui a dit qu’Indurain n’était qu’un suiveur!!!
déjà en 95 L.A à l’attaque dans une étape vallonnée!! pour un soi disant non grimpeur!!
Très bon article, merci de nous faire (re)vivre ses grands moments.
mais de toute façon ce jour là si Bruyneel prend un relais il explose dans la foulée… Un grand moment de cyclisme et surtout quelle incroyable puissance Indurain !!!
Au moins il y avait une vrai course de mouvement en 1995 , ce que nous aurons pas cette année. Alors que sur une étape comme celle de Porrentuy un leader peut en foutre partout. Mais quand on voit qu’il ne l’on pas fait chez moi l’an dernier , ils ne feront pas cette année.
Sinon il y avait aussi un monument de la course de mouvement avec l’étape de Mende un peu plus tard où Jalabert et la Once avait fait explosé le peloton sur les routes de la Haute-Loire et de la Lozère.
Peut être qu’en virant les oreillettes aurions nous un retour à ce genre de course débridée.
Boyer avait été le seul à prendre 2-3 relais ce jour là
il doit encore le regretter…
une étape de légende
Le KING Indurain, quel charisme ce coureur !!! LA CLASSE