Cure de jouvence

Par Alexandre Philippon
Lundi 25 juin 2012 - 12:49
Photo : Laurie Beylier
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Qu’il paraît loin, le temps où ces trois garçons étaient encore amateurs, insouciants, encore incapables de vraiment cerner leurs limites, de deviner de quoi leur avenir serait fait. Dimanche à Saint-Amand-les-Eaux, Nacer Bouhanni, Arnaud Démare et Adrien Petit sont montés sur la boite des Championnats de France. Ils ont tous 21 ans et moins. C’est très nettement le podium le plus jeune de l’histoire de la compétition.
Une Saint-Amand bien fraîche
Sylvain Chavanel est l’intrus du tableau d’honneur des Championnats de France 2012. Il est le seul coureur de plus de 23 ans à avoir glané un titre. Pauline Ferrand-Prévot et Marion Rousse ont été titrées chez les dames : elles sont encore espoir. Jimmy Raibaud, vainqueur de la course en ligne amateur, l’est aussi. Et le trio de l’épreuve élite enfonce le clou. La ville thermale du Nord aura fourni les meilleures des cures de jouvence. Quand Nacer, Arnaud et Adrien grimpaient leurs marches respectives, ce dimanche, un peu après 17 heures, la pluie qui s’était abattue sur le circuit pendant toute la journée disparaissait. Les trois hommes étaient transis de froid, grelottaient. Ils fonçaient alors vers la salle de presse pour se réchauffer avant de s’asseoir devant les journalistes, tout autant revigorés qu’eux. Les questions étaient hésitantes, les réponses aussi. Tout le monde était troublé.
Pourtant personne n’a découvert ces trois coureurs à Saint-Amand. Ce sont les trois jeunes sprinteurs français les plus prometteurs du peloton professionnel actuel. Au départ de la course, s’il fallait nommer trois nouvelles têtes aptes à damer le pion aux anciens, c’était eux qui tenaient la corde. De là à se retrouver aux trois premières places… Ainsi toutes les photos prises à cet instant précis ont toutes chances de faire date. D’être ressorties des archives dans les années à venir. Ce championnat est sans doute un événement fondateur pour les principaux intéressés, autant qu’il constitue un véritable électrochoc pour le sprint français. Certains pensaient trouver là l’occasion inespérée de remporter un titre national, chose rare pour les « bolides » tant les parcours régulièrement proposés par la FFC ont tendance à favoriser les attaquants. Ils ont tous perdu face à trois types à l’expérience pourtant aussi faible que leur talent et leur potentiel semblent grands.
Encore amateurs il y a deux ans
Il y a deux ans, Adrien Petit commençait seulement à exprimer ses qualités de sprinteur. Quelques mois plus tôt, il n’était pas convaincu que c’était sa spécialité. Arnaud Démare, son coéquipier à Nogent-sur-Oise, était espoir première année, sortait d’une deuxième place aux Championnats du monde juniors et faisait face à un intimidant challenge : confirmer à l’étage supérieur, bien loin alors de penser qu’il se retrouverait champion du monde en 2011, professionnel en 2012. Pour Nacer Bouhanni, la trajectoire est beaucoup plus folle. Membre du petit club de Sarreguemines, le Vosgien était gendarme et courait également certaines courses avec le maillot des militaires. En 2010, sur une étape du Tour de Gironde, il s’imposait pour la première fois à l’échelle du calendrier UCI. Cette année là, Velochrono tirait déjà le portrait de chacun d’eux (Nacer Bouhanni, du punch et de l’avenir, Arnaud Démare dans le grand bain, Adrien Petit : « J’ai pris confiance en moi »). Nous étions cependant loin d’imaginer qu’ils monteraient tous trois sur le podium d’un Championnat de France dès 2012.
Cette prise de pouvoir, aussi doit-elle être confirmée au delà de cette journée très spéciale, Arnaud Démare doit la vivre d’une manière particulière. Il court avec Nacer Bouhanni et a couru avec Adrien Petit. Il est indéniable que la réussite précoce du Picard est pour quelque chose dans l’avènement de cette génération. Champion du monde à Copenhague, il a attiré tous les regards, de cela naissant une pression énorme qui l’a toutefois aidé à rapidement se construire en tant que coureur de haut-niveau. Ses succès répétés ont montré la voie aux gars de son âge. Nacer Bouhanni a pu égaler son capital victoires puis le dépasser. Adrien Petit, lui, n’a toujours pas levé les bras mais est l’auteur de performances significatives qui ne laissent pas place au doute quand à son explosion prochaine.
Moustache et coup de chapeau
Autant dire que l’on risque de retrouver Nacer Bouhanni, Arnaud Démare et Adrien Petit tout en haut de l’affiche, au moins à l’échelon national, pendant pas mal de temps. Ils ont encore dix bonnes années de carrière devant eux et n’ont guère de chances de se perdre en route. On ne parle plus là d’espoirs fondés sur des performances réalisées dans les catégories de jeunes. Ils sont passés à autre chose et ont battu les sprinteurs français d’expérience, sur une distance de près de 260 kilomètres, sachant efficacement maîtriser les paramètres techniques et mentaux propres à une course de cet enjeu. Le plus intéressant, c’est de voir les deux battus afficher leur déception, certes logique, après avoir été battus par Nacer Bouhanni. Sur le podium, Arnaud Démare ne cessait de jeter des coups d’oeil au grand écran, regardant attristé les images de sa défaite. Adrien Petit, plus tard, ne cachait pas son envie d’être à son tour le vainqueur et non le vaincu. Ces jeunes hommes auraient pu faire de leur podium une grande fête : deux d’entre eux avaient avant tout les boules, et c’est plutôt positif car c’est un signe d’ambition.
Mais que dire de ces coureurs installés depuis longtemps dans le gotha du sprint français ? Que cela doit faire drôle de voir des gars de 5, 10 voire 15 ans de moins truster les trois premières places. Quel coup de chapeau tirer, aussi, aux expérimentés de la formation FDJ-BigMat. Les dirigeants avaient fait de leurs deux petites bombes les leaders désignés, avaient prié l’ensemble de leurs coéquipiers de se plier en quatre pour eux. Tous l’ont fait sans rechigner. Chacun avait son poisson-pilote attitré, avec la mission d’être présent dans les deux vagues que pouvait dessiner un tel sprint. Arnaud Démare était à droite de la chaussée, Nacer Bouhanni à gauche. Ils font premier-deuxième : le coup parfait. Au bus de son équipe, Marc Madiot trinquait à la santé du collectif, pendant que Nacer Bouhanni goûtait au déconcertant plaisir d’une intervention dans Stade 2. En l’attendant, tous ses coéquipiers coupaient un à un des poils de la moustache de leur coach mental, l’ancien entraîneur de football Denis Troch. L’imminente annonce de leur sélection pour le Tour de France n’avait plus aucune importance.








Je tiens à préciser que Démare n’avait pas son poisson pilote : Delage qui a été interdit de course.
Sinon article très intéressant !
Je ne veux pas doucher l’optimisme ambiant autour de ce beau podium mais après avoir félicité ces 3 jeunes coureurs prometteurs et s’être réjoui du renouveau tricolore dans le domaine, il faut aussi replacer les choses dans leur contexte et souligner la faiblesse de la concurrence.
Dans le Top 10 on trouve quand même Flahaut, Bacquet et Le Montagner qui sont plutôt habitués à s’illustrer dans des classe 2, Turgot qui n’a jamais remporté un sprint massif de sa carrière, Simon qui n’est pas un sprinteur, Feillu qui est tellement hors de forme qu’il s’est lui même exclu de sa sélection pour le Tour et enfin Casper qui est sur la pente descendante depuis un moment (zéro podium cette saison).
Alors oui ce podium U23 est une bonne nouvelle et semble augurer d’un regain de forme du sprint français mais il va maintenant falloir confirmer, au niveau World Tour pour Démare et Bouhanni, et déjà en remportant sa première victoire pro pour Petit.
Les Sagan, Kittel, Degenkolb, Matthews, Guardini, Viviani ne sont pas beaucoup plus vieux et ont déjà tous gagné en WT (pendant leur 1ère saison pro pour les 4 premiers, lors de la 2ème pour les deux italiens).
Bref c’est bien parti pour nos jeunes (ne pas oublier Gallopin qui est un poil plus vieux mais qui aurait pu être la quatrième roue du carrosse) mais il y a encore du boulot à faire car ce serait dommage de s’arrêter en si bon chemin.
@PinKou L’article traite avant tout de l’échelon national et je précise bien qu’il va falloir confirmer.
Respect pour Adrien Petit mais au vue de votre article sur lui en novembre 2010, je constate que ça fait donc 2 ans qu’il dit qu’il « commence à prendre confiance en lui « .
C’est bon maintenant, il est en confiance ?
Roy aurait pu gagner si il avait pas chuter deux fois et qu’il était pas FDJ. Pas au sprint, mais vu sa forme dans ce championnat, une attaque au kilomètre ou même à 5 bornes aurait pu le faire
beau podium! ça c’est vraiment super!
Je comprends que Démare et Petit soit déçu : on ne parle pas seulement d’une belle épreuve, mais d’un championnat, avec donc un maillot distinctifs pendant un an
Adrien Petit manque peut-être de résultats face aux grands noms du sprint mais à la base est ce vraiment sa spécialité ? et puis il a déjà fait de bonnes choses sur les Flandriennes. Bouhanni et Démare ont prouvé qu’ils peuvent gagner face aux meilleurs sprinteurs mondiaux et n’ont rien à envier à Matthews ou Viviani.
Pas de stress le WT viendra bientôt. Le Tour de Pologne est WT, le Tour de la Banlieue de Pekin aussi.
On a une super génération de sprinteurs(Lamoisson fera aussi un bon sprinteur). Ne boudons pas notre plaisir.
Et puis R. Feillu n’est pas mort mais juste pas au top et il a du se débrouiller seul dimanche. Ca ira mieux pour lui l’an prochain dans une équipe Française
@Pinkou Si bouhanni et demare gagnent sur le tour de catalogne face a allan davis et sam sanchez ou sur le romandie face a sanchez leon et wiggins ils auront confirmé? n importe quoi! Bouhanni a deja fait ses preuves a OMAN et sur le circuit de lorraine sur des etapes tres difficiles et demare a deja gagné au qatar sur un vrai plateau de sprinteurs! Ce gene de choses, on ne l avait pas vu depuis un moment!
PS: Simon est bien plus sprinteur, que grimpeur ou puncheur. Ou alors, c est un puncheur, tres tres moyen. A part dans une longue échapée , il n a aucune chance de gagner sur le Tour.
@eew peut tu me dire pourqoi cette haine envers saur sojasun?
eew, simon pas un puncheur t’as rien compris au vélo.