Il y a un an, seuls trois hommes avaient existé sur Liège-Bastogne-Liège. Philippe Gilbert avait dominé au sprint Frank et Andy Schleck, et le reste du peloton n’était peuplé que de figurants. Ce dimanche, le trio aborde la Doyenne dans des dispositions très différentes. Le même scénario est tout bonnement impossible. Mais un des trois peut-il gagner ?
La folle semaine de Gilbert
Il y a sept jours encore, il ne jurait de rien. Mais il a terminé sixième sur le Cauberg, troisième sur le mur de Huy, et aux jambes revenus s’est adjoint l’appétit.
Que peut bien se dire Philippe Gilbert quand il repense à ce qu’il était voilà un an ? Mystères de l’état de grâce. Intouchable sur l’Amstel Gold Race, ahurissant sur la Flèche wallonne, rien ne pouvait résister à lui, le Liégeois, sur la dernière classique ardennaise. Et ce qui devait arriver arriva, grâce aussi, il faut bien le dire, à un sacré coup de main des frères Schleck, qui lui avaient offert le sprint sur un plateau.
« J’étais au sommet, se souvient le champion de Belgique.
J’étais quasi certain de gagner. C’était presque simple. » Comme le reflet d’un miroir déformant, sa saison 2012 a longtemps ressemblé à une longue traversée du désert avant de redevenir un peu plus conforme à son statut, depuis le début de la semaine. Il y a sept jours encore, le coureur de BMC ne jurait de rien, et surtout pas de pouvoir peser sur ces Ardennaises. Mais il a terminé sixième sur le Cauberg, troisième sur le mur de Huy, et aux jambes revenues s’est adjoint l’appétit.
« Ma forme est suffisante pour jouer la gagne, jure-t-il.
Je suis revenu juste à temps à un très bon niveau, et j’espère bien mettre la barre encore plus haut que sur la Flèche wallonne. » Pas de forfanterie ? Les bookmakers s’en chargent pour lui : ils ont fait de lui leur favori. Par défaut, à vrai dire. Parce que Gasparotto et Rodriguez, les deux premiers vainqueurs de la semaine, ne sont pas des assurances tout risque. Parce que Sanchez n’a jamais gagné de classique, parce que Valverde n’a rien montré. Et… parce que les frères Schleck n’inspirent pas beaucoup confiance.
Frank Schleck est « prêt », mais…
Deuxième l’an passé, troisième en 2007 et 2008, septième en 2006, il tourne autour depuis toujours. En sera-t-il jamais autrement ?
Dans une tactique improbable consistant à disputer la victoire au sprint à Gilbert, Frank Schleck avait, l’an dernier, obtenu sa meilleure place sur Liège-Bastogne-Liège. Mais c’était la deuxième, et depuis sa belle et audacieuse victoire sur l’Amstel Gold Race 2006, le Luxembourgeois n’a toujours pas gagné la moindre classique. Aux Pays-Bas, dimanche dernier, il a pris la douzième place d’une course au déroulement peu favorable – bien qu’il n’ait pas tenté d’en changer le cours. Mercredi, en revanche, il clairement joué de malchance en crevant en plein milieu de l’avant-dernière bosse, et sa vingtième place à l’arrivée cache probablement bien mieux.
« J’avais d’excellentes sensations », confirme d’ailleurs l’aîné de la fratrie, qui jure pouvoir gagner à Liège.
« Quand je nous revois, Andy et moi, sur le podium de l’an dernier, j’en frissonne. Mais nous voulons faire mieux, ce n’est pas terminé. Je suis prêt. » À se battre, oui, mais à gagner ? Frank Schleck est clairement à créditer d’un comportement très offensif sur la Doyenne, qu’il a plus que la plupart des autres favoris de ce dimanche animé par le passé. Mais sa pointe de vitesse reste un gros problème, et ce n’est pas un hasard s’il a remporté l’Amstel Gold Race en solitaire, voilà six ans. Deuxième l’an passé, troisième en 2007 et 2008, septième en 2006, il tourne autour depuis toujours. En sera-t-il jamais autrement ?
Andy noie le poisson
Depuis trois mois, Andy Schleck traîne sa misère – 91e de l’Amstel, 81e de la Flèche – tout en oscillant entre fatalisme et procrastination.
Frank rêve en fait d’imiter la démonstration de son frère Andy, en 2009. Son frère s’était envolé dans la côte de la Roche aux Faucons et avait réalisé un numéro de soliste bluffant. Qui était-il alors ? Un jeune homme de 23 ans qui venait de terminer deuxième de la Flèche wallonne et dixième de l’Amstel Gold Race, qui avait éclos deux ans plus tôt en terminant deuxième du Giro, et qui avait terminé onzième et meilleur jeune de son premier Tour l’année d’avant. Qu’a-t-il fait depuis ? Trois fois deuxième de la grande boucle à la pédale, mais deux fois deuxième et une fois premier sur tapis vert ; et jamais aussi bien sur les classiques. Seule la Doyenne semble encore trouver grâce à ses yeux depuis 2009, puisqu’il a terminé cinquième en 2010 et troisième l’an passé. Cette année, ce serait déjà pas mal de faire aussi bien. Car depuis trois mois, Andy Schleck traîne sa misère – 91e de l’Amstel, 81e de la Flèche – tout en oscillant entre fatalisme et procrastination. Dans la même phrase, il est capable de dire qu’il n’est
« pas à 100% à cause d’un début de saison difficile, entre la grippe et la neige » et… qu’il a
« un programme totalement axé sur le Tour de France, [son] grand objectif de la saison ». Qu’il ne sera
« pas sans ambitions » sur Liège-Bastogne-Liège et… que son équipe
« a Frank en leader 5 étoiles, et Chris Horner en leader 4 étoiles ». Bref, il ménage la chèvre et le chou pour ne pas dire qu’il s’en fout. Alors qu’en fait, on dirait bien que si.
Bon article.
Toutefois, il manque le mot « an » dans la première phrase.
mr bouthier vous y aller un petit peu fort envers andy de la a dire qu »il s’enfout complétement de ce liége bastogne liége… alors que c’est sa 2éme course préféré a ses yeux j’y crois pas une seconde.
Je vous parie qu’un Schleck va gagner la Doyenne, on en reparle dans 6 heures. Vous verrez.
les trois étaient au dessus du lot l’an passé, et meme andy schleck et gilbert l’étaient en 2009, cette année la concurrence sera plus rude avec rodriguez, cunego, sanchez, et pourquoi pas voeckler qui seront au nniveau pour leur contester la victoire, attention a vanendert aussi, quant a valverde c’est la grosse énigme du jour, quoi qu’il en soit cette classique a toujours un plateau de choc, ne manque que evans finalement cette année
Je vois bien une attaque d’Andy dans la redoute pour tout faire explosé et permettre à son frère de jouer la gagne, mais j’en vois aucun gagner. Contrairement à Gilbert, que je vois bien gagner une seconde fois.
« Quand je nous revois, Andy et moi, sur le podium de l’an dernier, j’en frissonne. »
Il frissonnait de quoi à votre avis ?
Bonjour à tous,
M. Bouthier, j’ai juste une question à vous poser: pourquoi Andy Schleck a tant de mal à faire des résultats ailleurs que sur le Tour de France et Liège-Bastogne-Liège? Il faut dire qu’il était considéré comme le coureur le plus talentueux de sa génération il y a deux ou trois ans et beaucoup de personnes lui prédisaient une carrière dorée, faite de multiples victoires sur les grands tours et les classiques. Mais depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et j’ai l’impression qu’il a un peu stagné depuis qu’il a quitté la Saxo-Bank. Merci d’avance
@Isaak Pereira : Il n’y a pas vraiment d’explication. Certains coureurs aiment briller toute l’année, d’autres ne se focalisent que sur une ou deux courses. Andy Schleck fait clairement partie de la 2e catégorie, et ce depuis des années. C’est dommage, mais c’est comme ça …
@Baptiste Bouthier : Il y a vouloir briller et pouvoir briller. Certains coureurs arrivent à briller toute l’année et d’autres non. Pas forcément parce qu’ils ne le veulent pas, mais parce qu’ils ne peuvent pas. Chaque coureur est différent et a ses propres caractéristiques.
Sauf que si tu peux gagner LBL, tu peux faire top 10 trois jours plus tôt sur la Flèche. Enfin bon…
Par forcément, il a utilisé pas mal de force avant le final. Donc non, tu n’est pas obligé de faire un top sur la Flèche pour espérer gagner LBL.
Pas forcément*