Chatelon : « De bons espoirs de médailles »
Pierre-Yves Chatelon était l’homme à la baguette quand, l’an dernier, l’équipe de France avait signé un retentissant triplé sur la course juniors des Championnats du monde de cyclo-cross. Il est aussi le sélectionneur qui a encadré la délégation lors des titres, sur route, de Johan Le Bon, Olivier Le Gac et Pierre-Henri Lecuisinier. Pourtant, cet homme de l’ombre de la Fédération française de cyclisme n’est pas connu du grand public. Velochrono est allé à son contact.
« C’est mon âme d’éducateur qui parle »
Expliquez-nous votre rôle à la Fédération, Pierre-Yves…
Mon titre, c’est celui d’entraîneur national. Je ne dirais pas qu’il est usurpé, mais plutôt décalé par rapport à la fonction réelle (rires). J’ai plutôt la casquette de sélectionneur, d’organisateur de la logistique. Je touche à la détection, à la formation, à l’encadrement. J’ai deux missions principales : les juniors sur route, depuis 2005 (avec trois titres mondiaux à la clé, ndlr) et le cyclo-cross l’hiver. Dans toutes les catégories : juniors, espoirs, dames, élites.
Travailler avec des cyclistes très jeunes, mais aussi avec des vieux de la vieille, c’est facile à gérer ?
Je peux garder un pied à tous les échelons et ça permet de comparer. De relativiser des choses, aussi. Je trouve souvent, et c’est mon âme d’éducateur qui parle, que c’est plus sympa de s’occuper des jeunes plutôt que des élites, auxquels il est vrai que l’on n’apprend pas tant que ça.
Et puis vous intervenir à la fois sur la route et en cyclo-cross… Un drôle de mélange des genres. Vous pratiquiez les deux disciplines par le passé ?
Parlons de ce week-end important à Coxyde. D’abord avec les élites. Le meilleur dans le sable, au sein de l’équipe de France, reste Francis Mourey ?
Jusqu’à preuve du contraire, oui. Si l’on se réfère aux derniers rendez-vous, aux Coupes du monde disputées ici, ça reste Francis. Tous ont progressé et travaillé à des degrés moindres. Mais ça reste difficile : le sable, ce n’est pas un élément naturel pour nous les Français. On tâche quand même de venir régulièrement, on essaye. Ce n’est néanmoins pas évident de gommer les lacunes.
« Le sable fait partie du paysage du cyclo-cross »
Quand il y a deux ans, vous avez appris que ces Mondiaux se disputeraient sur ce parcours si spécifique, le pessimisme vous a-t-il gagné ?
Non, quand même pas… On a mis en oeuvre des choses pour progresser. On a envoyé un maximum de monde sur les Coupes du monde disputées à Coxyde. L’an dernier, une manche du Challenge national proposait du sable, à Saint-Jean-de-Monts. L’idée, cet hiver, c’était d’y revenir pour travailler, mais cela n’a pas été possible, pour diverses raisons de choix d’organisateurs. Non, vraiment, on ne s’est pas dirigé vers ces Mondiaux en se disant que c’était perdu d’avance. On a travaillé. Le sable fait partie du paysage du cyclo-cross. Et chez les jeunes, on a quand même de bons espoirs de médailles.
Malgré les Néerlandais ?
En juniors et en espoirs, Mathieu van der Poel et Lars van der Haar sont les grandissimes favoris. Mais on a de quoi s’exprimer.
Chez les espoirs, Julian Alaphilippe et Arnaud Jouffroy sont les deux chances françaises.
Clément Venturini et Kevin Bouvard sortent des rangs juniors… On les a amenés parce qu’ils le méritent, pour l’expérience. Il y a aussi David Menut, qui est espoir deuxième année, et lui a montré de belles facultés dans le sable. Je suis convaincu que ce coureur a un gros potentiel et il pourrait créer une petite surprise. Mais les meilleures chances, ce sont bien Julian Alaphilippe, qui a su récupérer de son année blanche, et Arnaud Jouffroy, qui a beaucoup beaucoup travaillé mais demeure un point d’interrogation. Si c’est le Jouffroy des Championnats d’Europe, ça peut être un podium ou le titre. Mais cet hiver, hélas, il ne nous a pas habitué à enchaîner les bonnes performances. C’est quitte ou double. Je sens quand même qu’en bossant lors du stage, il a trouvé la motivation. Il ne faut pas l’enterrer.
Du côté des juniors ?
Le titre est plus jouable chez les juniors, pour une bonne raison : Mathieu van der Poel, aussi impressionnant que Lars van der Haar soit-il, reste un très jeune homme, capable de péter les plombs le jour j, non ?
Il est vrai qu’il est junior première année. Cet hiver, il n’a pas perdu beaucoup de courses. Si on peut le faire douter…
La course femmes pourrait voir Lucie Chainel monter sur le podium. Y croyez-vous ?
Le podium est jouable. Mais Lucie est quand même en perte de vitesse depuis décembre et surtout sa prestation à Namur. Elle passe cependant très bien le sable, ce qui est sans doute dû à son gabarit léger. En repérage et en stage, ça lui convenait. Le sable reste une technique à part et elle la possède. Il va falloir se battre mais la médaille est possible.






