Sohrabi : « Prêt pour de nouveaux challenges »

Par Jerome Christiaens
Dimanche 4 décembre 2011 - 20:04
Photo : Michael Chick
Annoncé chez AG2R La Mondiale, puis chez Geox, Mehdi Sohrabi a finalement atterri du côté de Lotto-Belisol. L’Iranien effectuera en 2012 ses grands débuts sur le sol européen. Une arrivée qui s’explique par le fort capital de points UCI dont il jouissait, mais aussi par la réputation de gagneur qu’il a construit sur les courses de son continent. Celui qui sera l’année prochaine l’attraction des pelotons répond en exclusivité à Velochrono, dévoilant ses traits de personnalité et ses principaux objectifs. Découverte.
Mehdi, comment se passe votre hiver ?
J’ai fini ma saison sur une victoire : je suis content ! D’ordinaire, l’hiver, je passe du temps à faire du trekking, mais aussi à grimper dans les montagnes, en plus de faire de la musculation. La saison dernière, j’avais passé plus de temps sur la piste, en raison de mes obligations avec l’équipe nationale. J’avais participé aux Jeux asiatiques.
On vous a d’ailleurs vu récemment à Astana, pour la Coupe du monde…
L’Iran est la nation la mieux placée aux classements du continent asiatique. Nous avons déjà assuré notre place pour la course en ligne des Jeux olympiques 2012. Mais nous avons aussi une bonne chance de nous qualifier pour l’omnium, sur la piste. J’étais allé à Astana pour défendre notre position face aux autres compétiteurs asiatiques. Mais après une si longue saison, je n’étais pas forcément dans la meilleure des formes… Je n’ai pas non plus eu la chance de faire des exercices d’entraînement spécifiques à cause de chutes de neige à la maison. J’étais donc allé là-bas plutôt tranquillement.
« J’ai rencontré plusieurs fois Eddy Merckx et c’est un vrai gentleman »
Vous avez surtout fait parler de vous, en cette fin d’année, grâce à l’intérêt que de nombreuses équipes vous ont manifesté !
Initialement, j’avais été approché par AG2R La Mondiale, via ma fédération nationale. Puis Geox est venu vers moi via un agent. J’ai étudié mes choix, puis mon sponsor équipementier m’a demandé si je ne voulais pas, finalement, plutôt aller chez Lotto…
Alors pourquoi Lotto et non pas Geox ?
Quel type de coureur êtes-vous en Asie ? Et quel type de coureur serez-vous en Europe ?
On m’a toujours dit que j’étais un gros rouleur, et que mon style de coureur se prêtait mieux aux courses européennes. Je suis toutefois content d’avoir toujours su m’adapter aux besoins de mon équipe. Je pense que tout dépend du rôle que l’on me confie.
À votre avis, quelles sont les différences entre le cyclisme asiatique et le cyclisme européen ?
Je m’attends à des moyennes horaires plus fortes. Je sais aussi que les pelotons seront plus grands et que l’on pédalera sur des routes plus techniques. Il y a aussi les températures… Elles seront moins élevées que ce à quoi je suis habitué en Asie. Mais ça m’ira… Je sais que je vais devoir progresser et que pour cela, je dois courir contre des coureurs meilleurs, dans des conditions plus difficiles.
« Je me sens fort ! »
Vous avez dit, précédemment, que la fédération iranienne vous soutenait. De quelle manière ?
Leur budget annuel est moins élevé que celui d’une équipe pro. Ils doivent en plus des élites s’occuper des espoirs, des juniors, aussi bien sur la route qu’en VTT et sur la piste. Ils ont aussi leur équipe féminine. Malgré des ressources limitées. Mais avec moi, ils ont quand même toujours fait leur possible.
Comment résumez-vous votre saison 2011 ?
J’ai démarré aux Jeux asiatiques, où j’ai participé à la poursuite par équipes et à la course aux points, en plus de la course en ligne. Puis l’Asia Tour a démarré et au total j’ai couru 90 jours, dont plusieurs courses par étapes d’environ dix jours.
Et vos résultats ont été excellents : une victoire d’étape sur le Tour du Lac Qinghai (2.HC), le succès final au Tour d’Azerbaïdjan, au Jelajah en Malaisie, ainsi qu’au Kerman Tour, en Iran, où vous gagnez les cinq étapes. Vous attendiez-vous à tant de réussite ?
Votre plus grande victoire en 2011 ? Racontez…
J’ai eu beaucoup de grandes victoires, mais ma préférée, c’est celle de la deuxième étape du Tour de Taiwan : c’était le jour de l’anniversaire de ma fiancée Zara. Je ne pouvais être à ses côtés, alors je voulais gagner cette étape pour elle. Je l’avais annoncé et je l’ai fait !
Et le plus beau souvenir de votre carrière ?
C’était en 2006, lors des Jeux asiatiques. J’avais gagné trois médailles : l’argent sur la course en ligne et en poursuite par équipes, le bronze sur l’Américaine.
Vous avez trente ans, vous n’êtes pas tout jeune. Comment appréhendez-vous, à cet âge, votre arrivée en Europe ?
Je me sens fort ! Tant physiquement que mentalement. Je suis prêt pour de nouveaux challenges, avec l’aide de mon équipe. Je suis sûr que je serai capable de leur apporter une contribution intéressante.
Votre venue en Europe s’accompagne-t-elle de projets d’avenirs, comme la création d’une équipe iranienne sur le vieux continent, à terme ?
Les règles UCI permettent aux équipes asiatiques de courir des épreuves de classe 1. Mais l’année passée, mon équipe Tabriz Petrochemical, alors qu’elle y était invitée, n’a pu courir la Semaine lombarde. Il y avait des lenteurs pour l’obtention d’un visa… La saison précédente, nous avions réussi à prendre part à une course espagnole de classe 2, et nous avons pris la deuxième place au classement par équipes. Nous espérons tous qu’il y ait de plus en plus d’équipes asiatiques concourant en Europe dans le futur.
« J’aimerais m’aligner au départ du Tour des Flandres »
Quel est votre objectif principal pour 2012 ?
Je veux m’installer en tant que membre de valeur dans mon équipe. Et faire de mon mieux pour elle. L’aider à atteindre ses objectifs. Si à la fin de la saison, mon équipe est heureuse de ma performance d’ensemble, je pourrais dire que j’ai rempli mon objectif.
Quelles sont les courses que vous rêvez de courir ?
Je pense que tous les coureurs rêvent de participer au Tour de France, mais moi, j’aimerais aussi m’aligner au départ du Tour des Flandres.
Pouvez-vous nous parler de votre participation au Championnats du monde de Copenhague ?
Sur le Tour d’Azerbaïdjan, vous avez gagné une étape devant des gars comme Davide Rebellin ou Stefan Schumacher.
Faire venir des coureurs de ce calibre au Moyen-Orient est très intéressant. J’espère que ça continuera dans un avenir proche. Une victoire, c’est toujours exaltant. Plus une compétition est difficile, plus la joie d’avoir gagné est grande. Je pense que Rebellin et Schumacher ont été un peu surpris par la force de mon équipe : mes coéquipiers ont fait un travail fantastique lors de cette course.
Quels sont vos hobbys quand vous n’êtes pas en course ?
Je participe à beaucoup de courses. Donc autant de fois que je le peux, j’en profite pour passer un maximum de temps avec mes amis, tout simplement…
Vous devez énormément voyager pour courir. Comment le vivez-vous ?
J’ai l’habitude… Mais pour être honnête, je m’impatiente vite si je viens à rester trop longtemps au même endroit…
Vous allez débarquer en Belgique et vous êtes pour beaucoup le Philippe Gilbert d’Asie : il y a beaucoup d’attentes autour de vous…
Philippe Gilbert est un coureur incroyable. C’est l’un des plus grands dans le peloton. Moi, j’ai à peine couru une seule course au niveau Pro Tour. Toute comparaison, aussi flatteuse soit-elle, je ne la prends pas au sérieux… Mais j’aime les attentes et les challenges. J’ai l’habitude de m’en servir comme d’une force pour progresser.
Pouvez-vous nous expliquer comment vous êtes devenu coureur cycliste professionnel ?
Quand la première équipe iranienne s’est créée, j’étais déjà l’un des meilleurs coureurs de mon pays. J’ai alors reçue une proposition pour rejoindre cette nouvelle formation, le Team Paykan.
« Ma famille ? Ils ont l’habitude de me savoir à l’étranger »
Et vous aviez alors une idole ?
Les grands noms du cyclisme mondial, vous allez bientôt les affronter.
J’en suis très excité. Bientôt, je rencontrerai mes prochains coéquipiers. J’ai hâte de faire leur connaissance. Ensuite, je veux rapidement apprendre les pièges de ces courses européennes…
Quel coureur européen vous a le plus impressionné ?
André Greipel. En 2010, il avait remporté le plus grand nombre de courses dans le monde et il s’est sacrifié sur beaucoup de courses pour le bénéfice de l’équipe, en aidant les autres à gagner. J’ai hâte de le rencontrer…
Tout le monde a parlé de vos points UCI. Est-ce qu’ils vous ont offert assez de crédibilité pour enfin venir en Europe ?
Votre arrive en Europe est l’apogée de votre carrière ?
Je ne vois pas ça comme le top de ma carrière… Mais c’est vraiment une étape très positive en ce sens.
Et qu’en pense votre famille ?
Ils ont l’habitude de me savoir à l’étranger. Soit je suis en course, soit je suis en stage. Mon arrivée en Belgique ne changera pas grand chose…
Avez-vous des remerciements à adresser à quelqu’un ?
J’aimerais remercier mon ancienne équipe Tabriz Petrochemical. Ainsi que les cycles Ridley, qui me permettent de rouler sur les vélos les plus rapides du monde. Les uns comme les autres m’ont aidé à gagner de nombreuses courses ainsi que l’Asia Tour. Je remercie aussi Jochim Aerts (le fondateur de Ridley, ndlr) pour m’avoir fait entrer dans ma nouvelle équipe, Lotto-Belisol, qui me donne la chance de courir au plus haut niveau et m’offrira la meilleure des préparations. Ils me soutiennent déjà, avant même que je pose un pied en Belgique. J’espère pouvoir leur rendre leur confiance avec les jambes, sur les courses de 2012.








Il a l’air humble, réaliste mais ambitieux; j’espère pour lui mais également pour tous les cyclistes asiatiques qu’il s’adaptera vite et qu’il pourra exprimer tout son potentiel.
Le mec il fait de la pub toute les deux secondes ! ^^
C’est hors-sujet, mais Lotto a dévoilé son maillot 2012. C’est un Fukushima ésthétique.
Bonne chance à lui,ça serait sympa qu’on le voit aux avant-postes durant la saison.
Excellente interview !
J’aime particulièrement ces réponses :
« la force de mon équipe : mes coéquipiers ont fait un travail fantastique lors de cette course. »
« Je n’idolâtre personne mais je suis toujours très impressionné par ces coureurs qui savent combiner la compétition et l’éducation quand ils descendent du vélo. »
« véritable gentleman lui aussi ! »
« En 2010, il avait remporté le plus grand nombre de courses dans le monde et il s’est sacrifié sur beaucoup de courses pour le bénéfice de l’équipe, en aidant les autres à gagner. »
Le genre de coureur qui fera du bien à l’équipe Lotto, au moins par sa bonne mentalité et ses valeurs humaines.
Après, pour ses performances sportives en Europe, il faudra attendre les courses 2012 pour voir la confirmation de sa valeur au niveau asiatique.
En tous cas, pour l’instant, dans ce qu’il dit, je retiens son humilité et son envie de bien faire. Donc bonne impression.
dommage qu’Askari & Mizbani soient trop vieux pour tenter leurs chances en Europe parcequ’avec Zargari, Poor Seiedi, Nateghi
y’a du coureur iranien qui ont leur places en Europe, & faire des coureurs d’un niveau plus qu’honnête.