Pinot raconte son Critérium du Dauphiné


Pinot raconte son Critérium du Dauphiné

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Lundi 13 juin 2011 - 14:19
Photo : Laurie Beylier







Il a été l’un des coureurs français les plus en vue du Critérium du Dauphiné, à pourtant seulement 21 ans. Thibaut Pinot a terminé trois fois dans les sept premiers d’étapes de moyenne ou haute montagne. Encore mieux qu’en 2010, quand il était parvenu à se classer troisième à Grenoble. Il y a d’abord eu la septième place à Saint-Pierre-de-Chartreuse, lundi. « J’étais bien content d’être là, à ce classement, d’autant que j’avais été arrêté en début de montée à cause d’une chute dans un tunnel non éclairé », raconte-t-il à Velochrono. Il se retrouve alors dans le top 10 du classement général. Mais le lendemain, patatra ! Le coureur de la FDJ est pris dans une cassure et perd de précieuses minutes. Une grosse déception finalement encaissée au fil des jours. Le Franc-Comtois raconte avec le recul : « En fait, ça a cassé deux fois. La première fois, c’était avec Cadel Evans, Edvald Boasson Hagen, Bradley Wiggins… Puis je me suis trouvé enfermé en milieu de ce deuxième peloton. Et là, à nouveau, cassure. Pendant toute l’étape, je ne sentais pas de vent. Mais ça a pété quand même… J’aurais dû plus garder les roues de mes collègues. Si j’étais resté dans le dos de Sandy Casar, c’était bon. »

Depuis mai, je prépare pas mal le chrono. Celui-ci était dur, donc bien pour moi. Ce n’est que ma deuxième année pro, donc je vais encore progresser.

Le lendemain, à Grenoble, Thibaut Pinot est un très bon 32e du contre-la-montre individuel de 42 kilomètres. De quoi attiser ses regrets d’avoir flanché la veille. A froid, ce chrono est vu comme une bonne nouvelle pour l’avenir : « Depuis mai, je prépare pas mal le chrono. Celui-ci était dur, donc bien pour moi. Ce n’est que ma deuxième année pro, donc je vais encore progresser. L’année dernière, je n’avais pas trop bossé cet exercice mais là, on a eu de nouveaux vélos. A Grenoble, je termine à seulement une minute des Coppel et compagnie. » De quoi le remobiliser en vue des trois étapes de montagne de la fin de semaine. Le vendredi, le sourire revient : il est septième aux Gets. « Une étape assez dure. Il a fallu deux heures avant que l’échappée ne parte. Le final était assez roulant, alors je ne pouvais pas attaquer. Donc j’ai suivi… J’ai pu confirmer la performance de Saint-Pierre-de-Chartreuse. » Et prendre confiance pour le samedi et la redoutable montée du Collet d’Avellard. A mi-pente, il est dixième, avec Thomas Voeckler. A l’arrivée ? 29e. Défaillance.

« Au Collet d’Avellard, j’ai fini comme j’ai pu »

« Une bonne fringale, raconte-t-il. Le matin, je n’ai pas beaucoup mangé. J’avais passé une mauvaise nuit. Encore une fois, l’échappée a mis du temps avant de sortir. Un début d’étape très rapide qui m’a empêché de prendre le temps de m’alimenter. Et après c’était trop tard… J’ai fini comme j’ai pu. Je ne sais pas comment j’ai fait pour terminer. Il m’a fallu une demi-heure pour récupérer dans le bus de l’équipe. » Le soir venu, revisionner le profil de l’ultime étape permet à Thibaut Pinot de passer à autre chose. Objectif : prendre l’échappée matinale. « Je n’avais plus de pression pour le classement général, donc je me suis vite porté vers l’étape du dimanche, raconte-t-il. J’ai pu me glisser dans le bon coup et j’ai bien cru que ça irait au bout, car les Sky ne roulaient pas trop. Mais Katusha a pris ses responsabilités et dans les deux premiers kilomètres du Col du Glandon, on a perdu 1’30. Je n’ai pas hésité à attaquer car sinon on allait se faire reprendre, et notre effort n’aurait servi à rien. »

Au pied de la montée de la Toussuire, Robert Gesink m’a repris. Avec lui, on a fait la montée au train. J’ai pu le suivre dans trop de problèmes.

Après le sommet du col hors-catégorie, Thibaut Pinot est pris en chasse par son compatriote Thomas Voeckler. La jonction est inévitable. « Vu sa descente, peu de coureurs auraient pu le suivre, se dit le grimpeur. Au début, j’ai fait ma descente à mon allure. Arrivé dans le village, on m’a dit qu’il était derrière. J’ai attendu et récupéré un peu. La fin de descente était technique : je me suis dit que ça allait être dur de tenir. Et au pied de la montée de la Toussuire, Robert Gesink m’a repris. Avec lui, on a fait la montée au train. J’ai pu le suivre dans trop de problèmes. Une fois Voeckler repris, je ne voulais pas faire trop d’efforts. J’avais quand même fait beaucoup de chemin en solitaire… Le groupe maillot jaune a fini par rentrer mais j’avais encore de bonnes jambes. Je savais qu’à la fin, c’était moins dur. » Résultat, une deuxième place qui fait office pour lui de meilleure performance de la semaine.

« En France, on s’enflamme tout de suite, pour un rien »

Une étape presque parfaite, qui aura aussi eu le mérite de le mettre en valeur, seul face à la pente, aux yeux de millions de téléspectateurs. Pas toujours facile pour un coureur de son âge, d’avoir l’attention des suiveurs focalisé sur sa jeune personne. « Je suis habitué, et c’est aussi assez normal. En France, c’est un peu le problème… On s’enflamme tout de suite, pour un rien. Regardez Marvin Martin, en équipe de France de football, comparé en un seul match à Zinedine Zidane… De toute façon, je n’ai pas lu la presse pendant la course. » Ce qui a provoqué ce gain d’attention, outre ses performances, c’est aussi son statut dans l’équipe FDJ. Fer de lance l’espace d’une semaine, l’ancien pensionnaire du CC Étupes a fait l’expérience des grandes responsabilités. « Cela donne de la pression, ce qui est normal. Tous les médias m’ont annoncé comme le leader de la FDJ. Les collègues sont sympas, ils m’ont bien aidé. Ils savent que ce n’est pas facile à 21 ans. Après ma perte de temps liée à la cassure, Sandy Casar m’a dit que ça lui arrivait aussi quand il était plus jeune, que ce n’était pas non plus son gros point fort. »

Le Tour de France, je ne vais pas le courir, même si ce n’est pas encore du sûr sûr. J’ai quand même beaucoup couru depuis la fin avril.

Au final, l’objectif initial est presque rempli, malgré le couac de Lyon et la fringale du samedi. Inespéré. « Je voulais essayer de suivre les meilleurs, visant un top 15 au général, explique-t-il, finalement seizième le dimanche soir venu. Je ne pouvais pas trop cibler un classement plus élevé, car c’était ma première course de l’année avec de vrais cols. Et la première fois que j’affrontais les cadors. » Thibaut Pinot peut donc tirer un bilan plus que positif de son Dauphiné. De quoi lui ouvrir les portes du Tour de France ? Non. Et ça, il le savait depuis quelques temps. « Je ne vais pas le courir, même si ce n’est pas encore du sûr sûr. J’ai quand même beaucoup couru depuis la fin avril. Marc Madiot a une idée en tête mais la liste ne sera pas déterminée tout de suite. Il faudra sans doute attendre les Championnats de France. Si nous avions été invités au Tour d’Espagne, je l’aurais couru. Ce qui aurait été bien, car dans la foulée, la saison aurait été finie. Si tu fais le Tour, à mon âge, tu finis cramé… Et la saison est terminée dès la fin juillet. »

Pas de Tour de France, ni de Route du Sud : cap sur août et le Tour de l’Ain

« J’ai de belles courses en août, enchaîne-t-il. Avec notamment le Tour de l’Ain, où cette année, une arrivée est jugée au sommet du Grand Colombier (il y était passé en tête l’an dernier avant d’être rejoint dans la descente, ndlr). Je préparerai cette épreuve via le Tour d’Alsace ou le Tour de Wallonie. Et après, on sera trois semaines en Italie, jusqu’à la Semaine lombarde. » A plus court terme, pas de Route du Sud ? « Au début, il était prévu que j’y participe, mais je suis quand même bien fatigué mentalement. Même si ça aurait été certes intéressant car le parcours est difficile. Et puis les autres ont besoin de courir en vue des Championnats de France… Où nous aurons de l’ambition, surtout pour mes coéquipier, que ce soient Anthony Roux, Pierrick Fédrigo, Arthur Vichot ou Jérémy Roy. Il y a pas mal de coureurs qui seront bien sur ce circuit de Boulogne-sur-Mer. Cela fait un mois qu’ils m’aident à jouer le général, en Turquie (troisième, ndlr), au Rhône-Alpes Isère Tour (deuxième, ndlr), en Bavière (septième, ndlr). A mon tour de les aider. »


Twitter Velochrono


  1. D’un coté ce serait dommage qu’il ne fasse pas le Tour dès cette annee pour accumuler de l’expérience mais d’un autre c’est peut-etre la meilleure decision pour ne pas le cramer.
    De toute façon Thibaut Pinot est un coureur doté d’un talent hors du commun:Dans les prochaines annees il viendra sur le Tour pour faire un podium voire mieux.
    Forza Pinot


  2. Lundi 13 juin 2011 à 16:01 - Thomas | Thumb up 2 Thumb down 5

  3. il a l’air d’être intelligent et mature pour son âge ce p’tit gars!
    Espèrons qu’il ne fera pas les mêmes fautes que ses aînés (chavanel, Rolland, Lhotellerie et surtout Di gregorio!)


  4. Lundi 13 juin 2011 à 16:06 - wass | Thumb up 6 Thumb down 3

  5. je vais peut-être me prendre 40 pousses qui vont vers le bas, mais si un français gagne le Tour, il sera comme de par hasard adulé et non sifflé, pourtant tout ceux qui gagne et qui sont pas français, sont sifflés comme jamais. Belle mentalité de la France, comme partout. Les français sont les seul mulet a faire grève pour rien, alors que l’on nous impose pas un rythme de vie trop dur.


  6. Lundi 13 juin 2011 à 17:01 - Alex | Thumb up 11 Thumb down 8

  7. @ Alex, pour continuer dans le hors-sujet on ne fait pas plus grève en France qu’ailleurs regarde les chiffres de l’OCDE.

    Mais surtout @ wass: j’aimerai bien faire des fautes comme celles de Sy. Chavanel!


  8. Lundi 13 juin 2011 à 17:20 - Gael | Thumb up 2 Thumb down 9

  9. attendez avant de voir le jeune pinot sur 1 podium du tour,lorsqu’il sera leader il aura d’autres responsabilites que l’effet de surprise


  10. Lundi 13 juin 2011 à 17:36 - dondelli serge | Thumb up 4 Thumb down 2

  11. @Thomas : Ton idole-même le dit : « En France, on s’enflamme tout de suite, pour un rien »
    ;)


  12. Lundi 13 juin 2011 à 17:40 - Jimy | Thumb up 4 Thumb down 2

  13. Oui mon idole dit cela parce qu’il est modeste.


  14. Lundi 13 juin 2011 à 17:44 - Thomas | Thumb up 1 Thumb down 7

  15. Ou seulement patient et réaliste, au contraire de ses supporters, enfin ceux représentés ici…


  16. Lundi 13 juin 2011 à 18:00 - Jimy | Thumb up 1 Thumb down 1

  17. Thibaut a été somptueux. Il a du talent et un mental. Pour le reste, c’est l’avis de chacun.


  18. Lundi 13 juin 2011 à 18:03 - Cosnuau | Thumb up 5 Thumb down 1

  19. Bien dit Cosnuau.C’est sur Pinot possède une grande marge de progression,c’est dire si c’est un immense champion puiqu’il peut deja batailler avec les meilleurs.


  20. Lundi 13 juin 2011 à 20:12 - Thomas | Thumb up 0 Thumb down 2

  21. Thibaut et un pur champion dans l’ame et a son guidon il sera bientot le leader françait et adulé par tous il a du talent et sais l’utilisé la ou il faut. Allez thibaut t’est le meuilleur et ca c’est encor confirmé ces dernier jours. <3


  22. Lundi 13 juin 2011 à 20:13 - Jeremy | Thumb up 4 Thumb down 3

  23. Super d’accord avec toi Jeremy, enfin quelqu’un qui s’y connait!


  24. Lundi 13 juin 2011 à 20:42 - Thomas | Thumb up 1 Thumb down 5

  25. @ Gael: j’aime beaucoup Chavanel qui est (avec Voeckler) le meilleur français du moment, mais au début de sa carrière on le présentait comme un futur vainqueur du Tour, bon en montagne et rapide au CLM.


  26. Mardi 14 juin 2011 à 13:04 - wass | Thumb up 0 Thumb down 1