« L’erreur n’est pas permise »


« L’erreur n’est pas permise »

Par Alexandre Philippon
Dimanche 18 décembre 2011 - 20:06


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Carnet d’Alexandre Blain, deuxième volet. Le coureur français de l’équipe britannique Endura Racing se confie tous les mois, en long et en large, sur Velochrono. Ce dimanche, le Niçois revient sur la préparation hivernale. 

« L’hiver est une période très importante »

Après plus de dix ans de travail en commun, mon frère sait désormais exactement comment me pousser à la limite.
18 décembre ! Pour beaucoup, ça sent les fêtes et les vacances pour beaucoup. Mais pour nous, les cyclistes, c’est surtout la dernière ligne droite de la préparation hivernale. Celle où l’erreur n’est pas permise. Encore plus pour des coureurs de mon profil, plutôt « classiques », chasseurs de courses du début de saison et du printemps. Je sais d’ores et déjà que je devrais une nouvelle fois marquer les esprits d’entrée de jeu sur un terrain qui m’est plutôt favorable. Dès le mois de février, ce sera parfait, même si cette année, les dénivélations des compétitions de février ne seront pas tant ouvertes que ça à mon gabarit. Mais bon, il faudra quand même être là et se battre pour finir d’aiguiser les lames. Avec mon entraîneur, qui est aussi mon frère, l’hiver est donc une période très importante : il faut perpétuellement se poser les bonnes questions pour ne pas s’égarer ou s’endormir, ne serait-ce qu’une semaine. La difficulté est aussi dans l’innovation, pour ne pas reproduire tous les hivers la même chose – même si cela a marché l’année précédente. Toujours rechercher une forme de progressivité permettant d’améliorer encore et encore les capacités.

La relation fraternelle est très importante pour ce genre de dilemmes à résoudre. Elle simplifie un peu la tache. Cela fait déjà deux mois que l’on s’appelle ou s’écrit quotidiennement, même si nous sommes aux extrémités de la France, lui vivant à Lille, moi à Nice. J’essaye ainsi de lui donner tous les ingrédients indispensables pour qu’il me serve la recette idéale. Et dans l’art de manier la souffrance, c’est un expert, croyez-moi ! Après plus de dix ans de travail en commun, il sait désormais exactement comment me pousser à la limite, pour passer chaque année un petit cap durant ces trois mois d’hiver. Mes retours sont aussi plus francs et sans retenue, lui permettant de s’adapter au jour le jour quand de mon coté, mes sensations subjectives, bonnes ou mauvaises, parasitent mon implication directe. C’est donc son rôle de grand frère qui s’est implanté entièrement dans la planification que je suis et écoute les yeux fermés, confiant et sur de son regard extérieur objectif.

« Endura Racing essaye de responsabiliser au maximum leurs coureurs »

Ils ont mis en place un système de contact, via skype et blackberry, qui permet de rester « in touch » et de se joindre immédiatement quand il le faut.
Pour se faire, il faut aussi le bon vouloir de mon équipe qui a appris à connaître et reconnaître le travail de mon entraîneur de frère. Eux aussi lui ont donc fait confiance à 100 % et lui ont laissé les clefs de ma préparation. Surtout qu’à cette période de l’année, nous sommes forcément un peu plus éloignés du staff que durant la saison. Chez Endura Racing, les DS et manager essaient de responsabiliser au maximum leurs coureurs, leur laissant libre champ pour leur préparation. Pour imager ironiquement : si t’as besoin de faire du ping-pong pour gagner des courses, et bien fait du ping-pong, on t’achète la raquette ! Bien évidemment ils sont à l’écoute, si besoin est, et essaient d’avoir un regard régulier – hebdomadaire – sur nos évolutions. Ils ont mis en place un système de contact, via skype et blackberry, qui permet de rester « in touch » et de se joindre immédiatement quand il le faut.

Cette responsabilisation sauce british me correspond parfaitement, car cela démontre la grande confiance qu’ils ont en leurs coureurs. Ils nous disent : on sait ce que tu vaux, où tu peux aller, on t’a recruté pour ça. Ton objectif est là, ne t’inquiète pas. On est avec toi. Fais comme tu sais le faire. Montre nous ! Et ça, c’est ce que j’aime dans le sport de haut-niveau. Que l’on te fasse confiance jusqu’au bout, que l’on ne change pas les plans toutes les trente secondes, jugeant les gens quand le rideau se baisse, et non pas avant. Après, quand ça ne marche pas, il faut rendre des comptes, mais au moins, tout le monde reste droit dans ses bottes. Tout le monde se regarde en face sans souci.

« Les problèmes de planifications rongent quotidiennement les cerveaux des entraîneurs »

J’ai pris la deuxième place au triathlon d’hiver de la St-Sylvestre, à Antibes, avec une natation et une course à pied de folie pour l’enclume et le bourrin que je suis.
Dans cette façon-là de procéder, et vu que le noyau principal de l’équipe est resté intact, Endura Racing a décidé de programmer cette année son stage de préparation, ou plus précisément de finalisation, fin janvier. Juste avant de prendre part au Challenge de Majorque. Tous les coureurs connaissent déjà leur programme de course jusqu’aux championnats nationaux. Tout le monde devrait s’y tenir, sauf blessure ou maladie. Ce qui permet de simplifier grandement ce problème de planification qui ronge quotidiennement les cerveaux des entraîneurs, et ce très souvent dans le cyclisme. La présentation de l’équipe se fera le 14 janvier. Ensuite, tout le monde se rejoindra pour plus de trois semaines ensemble, pour finir de souder un groupe déjà théoriquement proche de la forme optimale. Ce seront donc juste des réglages et des longues sorties joyeuses, comme c’est souvent le cas en vélo.

Ce petit report de stage habituellement fait début janvier m’a donc obligé à m’adapter un peu, à avancer une phase de spécification avec beaucoup d’intensités plus précoces cette année. Elles ont déjà débuté il y a deux semaines, laissant la longueur pour plus tard. Il faut mixer la phase de fin de préparation physique générale, avec du travail intensif qui sera plus difficile à faire en stage, où le jeu prend souvent le dessus sur le strict contrôle de sa puissance. Mais à trente ans, les bases sont désormais bien consolidées… La connaissance de ses possibilités permet d’être plus réactif et imaginatif face à ce genre de chamboulement. Et oui, même si ca me fait mal de dire ça, l’expérience permet de remplacer la fougue… Ou plutôt, dans mon cas, l’expérience s’additionne encore mieux à la fougue. J’ai pu récemment me régaler sur deux cyclocross sympathiques, me tirant la bourre avec mes potes Martial Ricci-Poggi et Eric Berthou. J’ai même fini sur une bonne note cette période ludique avec une deuxième place au triathlon d’hiver de la St-Sylvestre, à Antibes, avec une natation et une course à pied de folie pour l’enclume et le bourrin que je suis. Un vrai régal, une course de guerrier comme je les aime, avec l’eau à treize degrés, la pluie et la neige qui s’invitent à la fête. Je boucle ce week-end un peu nostalgique. Dès demain, il n’y aura plus vraiment la place pour un petit footing ou une séance de natation, avec ma compagne, adepte du triple effort.

Amour et efforts

Son esprit de compétition, son goût pour l’effort, sont pour moi des moteurs.
Magalie, la compagne d’Alexandre Blain, est une spécialiste du triathlon. Elle livre son sentiment sur cette période hivernale qui est forcément particulière à ses yeux : « Ça me permet d’avoir mon cycliste rien que pour moi ! Ses séances de reprise de la préparation générale lui offrent la possibilité de varier les exercices, pouvant ainsi à mon plus grand bonheur partager ma passion, le triathlon. Un sport qui finalement s’adapte plutôt bien au cyclisme, au tout du moins à Alexandre, vu qu’il s’y essaye désormais depuis trois ans avec réussit et bienfaits partagés. Il s’y est mis rapidement, ce qui nous permettait de partager les entraînements, les éventuelles compétitions et surtout la vie d’un club associatif dans lequel il s’implique avec passion. Certes, à mon niveau, les séances se partagent partiellement, mais sa présence me booste beaucoup. Son esprit de compétition, son goût pour l’effort, sont pour moi des moteurs. J’ai tendance à lui faire vivre les choses du côté sport convivial, détente. Ce qui lui permet de décrocher un peu de cette pression continuelle. L’attrait pour le sport est sans aucun un vrai fil rouge dans le choix de nos vacances, de nos week-end, et finalement de notre mode de vie. »









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