« Il n’y a pas de système parfait »


« Il n’y a pas de système parfait »

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Vendredi 29 avril 2011 - 7:00
Photo : Unipublic


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Accession au World Tour, mode d’emploi. Ça, c’était mercredi. Le barème de l’UCI pour 2012 avait filtré et Velochrono essaie de tirer les choses au clair. Pas facile. En compagnie de Cédric Vasseur, ancien président du CPA, l’association des coureurs professionnels, nous avons décortiqué le système qui dictera les règles du cyclisme professionnel en vue de la saison prochaine. À mesure que l’instance internationale concrétise l’application de sa formule, les coureurs, équipes et sponsors vont devoir progressivement s’habituer aux conséquences de toutes ces nouveautés. Analyse (très) détaillée.

« Compliqué de préparer l’avenir si chaque année il y a une nouvelle donne »

« Il n’y a pas de système parfait, commence habilement Cédric Vasseur. C’est difficile de trouver quelque chose qui soit bon pour les organisateurs, les coureurs, les équipes et pour l’UCI. Ce qui me surprend, voire me choque, c’est que chaque année, on se penche sur un changement, un nouveau système. C’est inquiétant. On se rend compte, à chaque fois, que le système n’est pas adapté. Il faut qu’à un moment donné, un système, quel qu’il soit, soit maintenu. Et permette de travailler sereinement. Il est compliqué de préparer l’avenir si chaque année il y a une nouvelle donne. » Peut-on parler de stabilité sur une période de deux saisons ? En tout cas, l’UCI a semblé emprunter cette voie en délivrant aux équipes de première et deuxième division un précieux livret lors de la réunion de Bruxelles ayant fait suite à l’Amstel Gold Race. Il contenait les détails – très compliqués – du calcul de la hiérarchie sportive pour 2012, laquelle sert de base pour l’un des trois critères de délivrance des licences World Tour. Le critère sportif, grand frère des critères éthiques et financiers.

Ce fameux barème, il est donc connu depuis jeudi et c’est une certitude, c’est bien lui qui sera appliqué en fin de saison, pour effectuer le premier tri devant la commission des licences, à Aigle. Un simple coup d’œil suffit à comprendre qu’il n’y a rien de simple là-dedans. Que les programmeurs de logiciels ou les malades de chiffres se penchent sur le détail des points ; ce qui est davantage propice à l’analyse, ce sont quelques détails de prime abord secondaires. Très important : le capital points propre à une structure est calculé sur les quinze coureurs, au sein de l’effectif enregistré pour la saison suivante, qui en ont le plus à proposer. Les quinze « meilleurs », numériquement parlant. « Les 5-6 meilleurs d’une équipe, les leaders, pour eux, ça ne va pas changer grand chose, explique Cédric Vasseur. On ne les recrute pas pour leurs points mais pour leur valeur théorique et sportive. Ce qui va évoluer, par contre, c’est pour les dixième et quinzième meilleurs d’une équipe. C’est la catégorie intermédiaire. Des coureurs qui ne sont pas leaders, et pour lesquels le système va changer des choses. »

Qui veut de mes points ?

J’ai connu l’époque des points UCI. Cofidis payait aux points UCI. C’était vraiment chacun pour soi. Et ce n’est pas forcément le meilleur système… Il fallait s’adapter.

Pourquoi ? « Parce qu’ils vont devoir se montrer capables de prendre des points, parfois peut-être au détriment d’un travail collectif qu’ils pourraient assumer. Quand des équipes verront qu’arrivé au quinzième de leur effectif, ils n’auront pas assez de points pour être parmi les vingt premiers (la candidature de la 21e équipe n’est même pas étudiée, ndlr), elles verront que des coureurs sur le marché mettront à profit leur capital points, les vendront chèrement. Et il y aura une surenchère. » Vous voulez mes points ? Payez le prix fort ! « Quel que soit le système, c’est aux coureurs et aux équipes de s’adapter », affirme le Nordiste. Qui sort de ses souvenirs un exemple : « J’ai connu l’époque des points UCI. Cofidis payait aux points UCI. C’était vraiment chacun pour soi. Et ce n’est pas forcément le meilleur système… Il fallait s’adapter. » Les grosses armadas, par contre, n’auront pas vraiment à se creuser la tête. Leopard-Trek, l’année dernière, était première de la hiérarchie sportive à la seule base de son recrutement. Pour un projet comme celui des Australiens de GreenEDGE, acheter des coureurs de premier plan sera une obligation. « Il faut sortir le carnet de chèques, lâche Vasseur. Et cela implique d’avoir un budget entre douze et quinze millions d’euros. »

« C’est comme une sélection sur le Tour de France, enchaîne-t-il. Pour les 5-6 premiers de la sélection de neuf coureurs, il n’y a jamais de problèmes. Ce sont les autres places qui sont délicates à attribuer. Dans la hiérarchie des équipes, les premières sont celles qui gagnent des classiques, qui ont des leaders forts, qui jouent les premiers rôles sur le Tour de France. Et après, il y a une belle bagarre entre quinze structures et il faut jouer fin. Il ne faut pas tout axer sur un leader, mais demander à deux ou trois coureurs d’aller glaner des points. » C’est un constat : les formations françaises font partie de ce deuxième peloton, celui des structures qui non seulement sont près de leurs sous, mais doivent en plus de cela sortir la calculette pour s’assurer une place dans l’Elite. « Il n’y a plus qu’une seule équipe française dans le World Tour, AG2R La Mondiale, déplore l’ancien maillot jaune. J’espère bien que la FDJ, Cofidis et Europcar entendent le réintégrer… Mais s’ils ne recrutent pas, les points accumulés seront insuffisants. » Eric Boyer, pour prendre l’exemple de Cofidis, ne cache pas qu’il considère sérieusement le recrutement d’un gros coureur, capable de faciliter l’ascension vers le World Tour. C’est une condition sine qua non : il faut en passer par là !

« Jamais les équipes n’accepteront de dire qu’elles ont couru pour une place… »

Les règles de l’UCI pour 2012 ont quelque chose de positif : elles sont très proches de celles de 2011. Même si celles-ci n’ont pas été dévoilées à l’époque, les analogies sont certaines. Le premier jet a été amélioré, si bien que l’instance internationale a choisi d’en permettre sa révélation publique. Cette continuité, peu importe le système choisi, est un élément positif en soi. Une base de travail. Qui n’est toutefois pas sans impliquer des risques potentiels. « Ce qui est un peu plus surprenant, c’est que l’on se focalise aussi sur les points accumulés en 2010, s’interroge Cédric Vasseur. On va s’intéresser aux résultats de 2011, mais il faudra aussi tenir compte de ceux de l’année précédente. » Une hypothèse : un coureur va vers ses 35 ans, et sa saison 2011 a été celle d’un sérieux déclin. Il conserve néanmoins ses points de 2010, très nombreux. Le recruter présente donc un intérêt réel. « C’est assez pervers, on peut recruter un gars juste pour ses points, en sachant clairement qu’il ne donnera rien sur le plan sportif, rebondit le consultant de la RTBF. Pour les gars les plus âgés, ce sera aussi une opportunité pour continuer une carrière un an de plus à bon salaire. »

Mais le vrai problème, c’est l’influence qu’aura un tel barème sur les comportements en course. Jérôme Pineau, qui a une certaine légitimité car il évolue dans le World Tour depuis ses débuts, a récemment regretté dans les colonnes de Ouest France la passivité de nombreux favoris sur les classiques ardennaises. Cédric Vasseur est d’accord avec lui : « Quand on voit le final de Liège-Bastogne-Liège… Les frères Schleck ont collaboré avec Philippe Gilbert au lieu d’attaquer tour à tour dans Saint-Nicolas. Ils ont certainement voulu assurer les points, éviter que des coureurs rentrent de derrière. C’est ce à quoi Jérôme Pineau a fait référence ! Si les Schleck avaient voulu battre Gilbert, il fallait attaquer chacun leur tour jusqu’à ce que Gilbert en ait marre. Il en aurait laissé partir un. » Les deux Luxembourgeois ne se sont donc pas battus pour permettre à Leopard-Trek de faire le plein de points ? « Jamais les équipes n’accepteront de dire qu’elles ont couru pour une place… », conclut-il.

La rémunération en question, la transparence aussi

« Chez Cofidis, on préférait avoir trois coureurs dans les dix plutôt que de gagner, continue Vasseur. Si bien qu’au sprint, chacun jouait sa carte personnelle. C’est ce qui se passait à chaque fois ! On ne gagnait jamais parce que l’on avait des contrats individuels ! Et ce qui comptait, c’était de rester en première division. On ne voulait, pas au 31 octobre, être la 21e équipe, la première recalée. » La rémunération, sujet brûlant. L’ancien membre de la Quick Step explore le sujet et ses contradictions : « Pour qu’une équipe ne soit pas hors de ce top 20, il faudrait instaurer un système de rémunération spécifique. Un manager général d’une équipe qui ne fait partie des meilleures doit clairement réfléchir à comment inciter les coureurs à aller chercher des points. Par exemple, si un coureur signe un top 10, pourquoi ne pas attribuer un bonus, une prime, à toute l’équipe ? Il faut qu’une place ait des répercutions sur l’ensemble de l’équipe. Mais dans le cyclisme historique, on a toujours dit que ces systèmes-là poussaient au dopage… Les managers vont avoir tendance, de plus en plus, à mettre des primes aux coureurs qui ramènent des points. Et ce n’est pas le système idéal, qui plus est dans le cyclisme. Quand j’étais président du CPA, je me souviens que l’UCI était vigilante à ce sujet. Il ne fallait pas faire gagner de l’argent en fonction des résultats. »

Il faut être capable de faire des états des lieux trimestriels. C’est comme si dans une entreprise, on ne donnait pas les chiffres des ventes aux commerciaux et qu’on virait les moins bons à la fin de l’année.

Mais dans cette histoire, le point noir, c’est clairement la lisibilité. Le cyclisme est le sport dont les règlements sont les plus nébuleux. D’aucuns s’étonnent qu’en plus du classement par équipes du World Tour, et de ceux des circuits continentaux, se calcule désormais cette « hiérarchie sportive », qui finalement fait figure de classement référence pour l’attribution des licences. Ce flou est voulu par l’UCI. L’objectif, éviter que tout se monnaye points en tête ? Cela tend déjà à être le cas. Cédric Vasseur est partisan d’une transparence totale : « Les coureurs et les managers ont besoin, de la part de l’UCI, d’une publication mensuelle de ce classement par équipe. Il ne faut pas attendre septembre pour savoir que l’on est 25e… Ce serait bien de la connaître, cette situation. Savoir qui est borderline… Il faut être capable de faire des états des lieux trimestriels. C’est comme si dans une entreprise, on ne donnait pas les chiffres des ventes aux commerciaux et qu’on virait les moins bons à la fin de l’année. J’imagine que malgré tout, les équipes vont essayer de faire des calculs. Mais il y a plein d’inconnues… »

La venue des gros sponsors : facilitée, vraiment ?

« C’est compliqué, trop compliqué. Il faut avoir fait maths sup, surenchérit-il. Si j’étais encore coureur, je retiendrais qu’il faut avoir un certain nombre de points pour vendre ses services, au risque d’être éjecté si l’on est vieux, ou moins bien payés. Le cyclisme reste un sport individuel disputé en équipe, mais les coureurs dits intermédiaires auront de l’importance. Ce qui leur donnera l’obligation de penser aussi à eux. » Ainsi, les grands perdants sont aussi et surtout les suiveurs, qui n’y comprennent plus rien. Expliquer à un passionné de cyclisme, connaissant un minimum les arcanes de ce sport, ce qu’une équipe de deuxième division doit faire pour intégrer la première, cela devient un réel défi. Autrement plus difficile à relever que faire comprendre la règle du hors-jeu au moins fan de football de vos amis. Et les potentiels investisseurs, comment leur décrire le chemin vers le Tour de France de manière simple et convaincante ?

Ne soyons pas mauvaises langues : le système préconisé par l’UCI permet plutôt d’inciter les grandes sociétés à signer un gros chèque pour parrainer une structure. Il « suffit » de réunir un budget supérieur à dix millions d’euros et le World Tour, c’est quasiment dans la poche. « Ils peuvent avoir la garantie de courir le Tour de France, ce qui est quasi obligatoire pour un sponsor en terme d’exposition, développe Vasseur. C’est logique de vouloir disputer les courses les plus médiatiques ! Mais encore faut-il que le cyclisme demeure un sport attractif… Les sociétés peuvent aussi investir dans le football, le golf, le tennis. Il y a beaucoup de sports à bonne visibilité. Le vélo doit rester attractif, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’accumulation des scandales a freiné son attrait. Les scandales repoussent plus les investisseurs potentiels que la non-assurance de courir le Tour. Il faut de toute manière qu’un système soit valable cinq à six ans. Si durant une carrière de coureur, tout change plusieurs fois, ça ne va pas. Avec les sponsors, on signe généralement des contrats de trois ans. Si le système change avant même la fin des contrats, c’est embêtant. »


Pronostics cyclisme


  1. je vais passer pour un nostalgique mais j’aimais bien le système d1, d2 c’était simple et respectait la logique sportive mais bien sur avec un système comme ça léopard aurait du débuter en d2 ;-)


  2. Vendredi 29 avril 2011 à 10:20 - Raphaël | Thumb up 0 Thumb down 0

  3. moi je suis favorable au retour du Super Prestige Pernod…:o)


  4. Vendredi 29 avril 2011 à 10:49 - fabien | Thumb up 0 Thumb down 0

  5. T’es surtout favorable au Pernos, fab !


  6. Vendredi 29 avril 2011 à 10:58 - Alexandre Philippon | Thumb up 1 Thumb down 0

  7. en effet, un classement qui récompense les descendeurs…


  8. Vendredi 29 avril 2011 à 12:19 - fabien | Thumb up 1 Thumb down 0