Guardini, graine de star


Avec ses cinq victoires sur le Tour de Langkawi, Andrea Guardini avait effectué des débuts pro tonitruants en janvier. Puis il avait confirmé en s’imposant sur le Tour du Qatar, avant de laisser la place à ses aînés sur les premières grandes courses de mars. Mais le sprinteur de la Farnese Vini ne compte pas s’arrêter là : de retour à l’occasion de la Semaine Coppi et Bartali, qui démarre ce mardi, Guardini veut gagner. Encore, toujours. Il s’est confié à Velochrono juste avant la course.

Comparé à Cavendish avant même de passer pro

« Progresser ». Il n’a que ce mot à la bouche. Normal, quand on a 21 ans et que l’on n’est que néo-pro. Mais, malgré son jeune âge et son statut de rookie, Andrea Guardini aurait pu se sentir « arrivé ». En janvier dernier, il prenait le départ de sa toute première course parmi l’Elite, le Tour de Langkawi. Et levait les bras dès le premier jour. Quatre autres victoires d’étapes, en dix jours, allaient suivre sur l’épreuve malaise. Puis, dix jours tard, un sixième bouquet, cette fois sur le Tour du Qatar.

Ce sont des propos qui m’ont fait plaisir. Je crois que je suis d’accord avec eux.

Des débuts tonitruants qui ont surpris toute la planète cyclisme. Même l’Italie s’est étonnée. Pourtant, de l’autre côté des Alpes, Guardini n’est pas un inconnu. L’année passée, sa dernière saison chez les amateurs, le jeune sprinteur de Vérone s’était imposé à dix-neuf reprises. Suffisant pour faire de lui la nouvelle coqueluche italienne. La Gazzetta dello Sport lui dédie une pleine page en novembre. Quant à Luca Scinto et Angelo Citracca, les patrons de l’équipe Farnese Vini (ex-ISD-Neri), qui lui ont fait signé un pré-contrat en 2008 et l’ont fait passé pro cette saison, cela fait longtemps qu’ils vantent les mérites de leur protégé. « Andrea est un sprinter d’exception, assure ainsi Citracca. Il a une explosivité unique qui devrait rapidement le faire rivaliser avec les plus grands sprinters du monde. » Scinto, lui, n’hésite pas à le comparer aux plus grands noms du sprint actuel.

Des compliments que Gardini a accueilli avec humilité, mais avec aussi ce trait de confiance en soi qui caractérise les champions. « Ce sont des propos qui m’ont fait plaisir, confie-t-il à Velochrono. Je crois que je suis d’accord avec eux. Mais je vais encore essayer de progresser à leur côté. La page dans La Gazzetta dello Sport m’a fait plaisir, parce qu’elle signifie que j’ai déjà bien bossé chez les amateurs. Ca ne m’a pas mis la pression, ça m’a plutôt incité à faire encore mieux. Je sais que les propos de Luca et Angelo ne sont pas anodins, ils m’ont quand même comparé à Cavendish. Moi, je vais simplement chercher à faire ce que j’ai toujours fait : travailler, progresser. »

« Ca doit être le début de quelque chose, pas une fin »

En bon Italien, Andrea Guardini a commencé par le football. Un an et demi à s’ennuyer sur le terrain, puis son premier vélo, à 7 ans. Le plaisir est immédiat, les victoires aussi. Et, déjà, la vitesse. « J’ai toujours gagné au sprint », se souvient le jeune Véronais. Alors pourquoi en aurait-il été autrement chez les pros ? « Quand, en décembre, l’équipe m’a proposé de démarrer au chaud, pendant un mois, en enchaînant Malaisie, Qatar et Oman, j’ai tout de suite dit oui, même si je savais que ça allait être fatiguant et que j’allais être loin de chez moi pendant un moment, raconte l’Italien. Je suis bien meilleur quand il fait chaud. J’étais donc content de démarrer dans ces conditions. Et puis je savais que le Tour de Langkawi était à ma portée. Je pensais pouvoir ramener au moins un bouquet. Bien sûr, je ne m’attendais pas à gagner cinq fois… »

Après le Tour de Langkawi, j’ai lu beaucoup de critiques sur les sites italiens : mes adversaires étaient nuls, les étapes courtes, etc.

Une performance incroyable – qui a même fait arrêter de fumer son directeur sportif Stefano Giuliani, qui pensait bien ne jamais perdre ce pari – et tout simplement unique : un néo-pro qui gagne cinq fois sur ses dix premiers jours de course parmi l’Elite, d’une telle constance dès ses débuts, c’est du jamais-vu. Andrea Guardini le sait, tout comme il sait que ce n’est pas près de se reproduire de si tôt. « Ca fait très plaisir, les statistiques sont avec moi ! Mais ça doit être le début de quelque chose, pas une fin. Je n’en suis qu’à deux mois chez les pros, je sais pertinemment que je dois encore progresser. »

« Progresser », « migliorare » en version originale… Comme une ritournelle, ce verbe revient dans la bouche du perfectionniste transalpin. Ses cinq victoires au Langkawi auraient pu le rassasier. Mais il y avait encore le Qatar et Oman à se farcir. « Après le Tour de Langkawi, j’ai lu beaucoup de critiques sur les sites italiens : mes adversaires étaient nuls, les étapes courtes, etc », confie Guardini. Piqué au vif ? Ses débuts en péninsule arabique semblent donner raison à ses détracteurs. « La course était beaucoup plus difficile. Les premières étapes ont été vraiment compliquées pour moi, avec le vent, les bordures, j’ai fait gruppetto tous les jours, à vingt ou trente minutes des premiers. » Puis vient la dernière étape, à Doha. « Elle était plus facile, il y avait moins de vent, une arrivée en circuit, le classement général était joué… J’ai fait de mon mieux, j’ai même eu un peu de chance puisque dans les deux ou trois derniers kilomètres, j’ai dû me débrouiller seul, sans mes coéquipiers. Ca s’est passé mieux que je ne pouvais l’espérer… » Une sixième victoire, devant Francesco Chicchi, Theo Bos, Denis Galimzyanov, Heinrich Haussler, … Epatant. « C’est la plus inattendue, évidemment. »

« J’ai très envie de faire le Giro, mais je connais mes limites »

Après une telle démonstration, on pouvait s’attendre à voir Andrea Guardini enchaîner sur Tirreno-Adriatico et Milan-Sanremo. Mais les six victoires du petit prodige ne doivent pas faire oublier qu’il n’est qu’un néo-professionnel de 21 ans. Alors le staff de la Farnese Vini a décidé de ne pas l’aligner sur les deux courses World Tour. « C’est un choix que je partage, assure le sage Guardini. Après un mois aussi éreintant, c’était vraiment trop d’aller courir Tirreno-Adriatico. Je suis jeune, je connais mes limites. L’an dernier, j’ai démarré ma saison le 28 février. Cette fois, j’ai 22 jours de course au 28 février ! C’est énorme pour moi. J’avais besoin d’une période de repos. J’aurais bien aimé participer à Milan-Sanremo mais ça n’aurait été que pour l’expérience. J’aurais l’occasion de la courir l’an prochain. »

Je suis un sprinteur pur, plus un Cavendish qu’un Freire ou un Matthews. Mais je vais chercher à progresser en montée.

Résultat, ce n’est que ce mardi que Guardini va courir pour la toute première fois en tant que professionnel sur le sol italien, avec la Semaine Coppi et Bartali. Ambitieux et perfectionniste, Guardini veut y briller et sait déjà où. « Il y a deux étapes à ma portée : la toute première, mardi matin, et celle du lendemain. Je suis d’autant plus motivé que la course a lieu en Italie, et même en Vénétie, c’est-à-dire chez moi, il y aura mon tout nouveau fan-club. J’y vais pour gagner, c’est clair. » Un succès ou deux de plus pourrait décider l’équipe de Giovanni Visconti de l’aligner sur le Tour d’Italie, en mai. Pour l’instant, sa participation est « en réflexion ». « Je vais disputer le Tour de Turquie fin avril. Ensuite, nous prendrons une décision avec Luca Scinto, en fonction de mon état de forme. Ce qui est sûr, c’est que si je fais le Giro, je ne ferai que les dix ou douze premières étapes, ce qui me semble déjà très difficile, surtout avec le parcours proposé cette année. J’ai très envie de le faire, bien sûr. Mais je sais qu’il faut y arriver bien préparé. On verra. »

Très montagneux, ce Giro 2011 propose quand même quelques étapes plates dans sa première moitié. Et d’autres plus vallonnées, que Guardini juge encore trop dures pour lui. « Je connais mes limites, et pour le moment je suis un sprinteur pur. Plus un Cavendish qu’un Freire ou un Matthews. Mais je vais chercher à progresser en montée, pour pouvoir jouer la gagne sur des parcours où pour l’instant je ne fais pas le poids. » Progresser, toujours.


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  1. je reste persuadé qu’a niveau égal de forme, il ne se fera jamais une place avec les grands!

    Il gagne en malaysie avec que des asiatiques ( c’est pas le top niveau) et vient sur le tour du qatar avec une forme étinncelante d’ou sa victoire !

    Je serai plus amener a le voir l’année prochaine! Il veut gagner certes mais je pense que les gros lui laisseront pas que des miettes!


  2. Mardi 22 mars 2011 à 15:03 - seb | Thumb up 0 Thumb down 0