Gilbert : « Je ne connais pas mes limites »


Depuis deux ans, c’est « Monsieur Classiques ». Vainqueur du Tour de Lombardie et de l’Amstel Gold Race l’an passé, il a été élu meilleur puncheur de la saison 2010 par notre rédaction. A 28 ans, Philippe Gilbert veut passer la vitesse supérieure et gagner les quatre monuments qui lui manquent encore : Milan-Sanremo, Tour des Flandres, Paris-Roubaix et Liège-Bastogne-Liège. A quelques jours de sa reprise, le champion belge a répondu aux questions de Velochrono. Les classiques, l’hypothèse grands tours, les Mondiaux, l’arrivée de Greipel, ses rêves et ses défis : il n’élude aucun sujet dans un entretien instructif.

Avant de démarrer votre saison début février sur le Challenge de Majorque, vous êtes déjà dans les Baléares, pour un stage avec votre équipe, Omega Pharma. Comment se passe la préparation ?

Très bien. Ici, on est plutôt en phase de construction. On travaille sur la distance, et en groupe. On fait de belles sorties de quatre ou cinq heures, voire plus. Sur le plan personnel, je pense que je suis un peu mieux que l’an passé à la même époque. Mais c’est toujours difficile de se prononcer avant la première course.

Après Majorque, quel sera votre programme de course ?

Il n’est pas encore totalement établi, mais ce qui est sûr, c’est que je vais participer au Het Nieuwsblad (26 février), aux Strade Bianche (5 mars), à Tirreno-Adriatico (9 au 15 mars) et à Milan-Sanremo (19 mars). Ensuite, je vais faire des courses pavées, mais je ne sais pas encore lesquelles, en vue du Tour des Flandres (3 avril). Puis il y aura la Flèche brabançonne (13 avril) et les Ardennaises.

Contrairement à d’habitude, vous n’allez donc pas disputer les Tours de Qatar et d’Oman, où votre équipe n’a pas été conviée. Est-ce un handicap ?

Pour moi, non. Mais ça change pas mal de choses pour l’équipe. Beaucoup de coureurs vont se retrouver en manque de compétition en février-mars, et on risque de le payer. Bien sûr, dix jours de course de plus ou de moins, ce n’est pas grand chose à la fin de la saison. Mais en tout début d’année, ça fait une différence énorme entre ceux qui ont disputé ces épreuves, et ceux qui ont dû se contenter des courses d’un jour.

« Les qualités pour remporter la Doyenne, je les ai sans problème »

Ensuite il y aura les Flandriennes, puis les Ardennaises. Et notamment l’Amstel Gold Race. Vous en êtes le tenant du titre et cette épreuve semble taillée pour vous. Pensez-vous pouvoir la gagner plusieurs fois ?

Liège, c’est la course qui me fait le plus rêver.
C’est vrai que si l’on arrive groupé au pied, je crois avoir beaucoup de chances. J’ai vraiment de grandes chances de m’imposer si l’on parvient à bien cadenasser la course jusqu’au pied du Cauberg (la bosse finale, ndlr). S’il y a des coureurs échappés, c’est plus compliqué, mais pour nous, le schéma idéal de la course est relativement simple : un petit groupe s’en va, on lui laisse une dizaine de minutes et puis on revient gentiment.

En revanche, vous n’avez pour l’instant pas gagné la Flèche wallonne ou Liège-Bastogne-Liège. Qu’est-ce qui vous manque sur ces courses-là ?

En ce qui concerne la Flèche (sixième l’an passé, ndlr), je pense que tant que l’arrivée sera jugée en haut du mur de Huy, ça sera très compliqué pour moi. C’est vraiment une arrivée pour les purs grimpeurs, et je n’en suis pas là. J’essaierai quand même chaque année, parce que je peux toujours espérer des circonstances de course favorables, mais bon… Pour Liège (troisième l’an passé, ndlr), en revanche, il ne me manque que de la réussite. Je n’ai pas encore connu les conditions de course me permettant de gagner, mais j’avais la condition physique nécessaire ces deux dernières années. Les qualités pour remporter la Doyenne, je les ai sans problème. Et si je devais n’en gagner qu’une cette année, ce serait celle-là. Sans hésitation. C’est la course qui me fait le plus rêver, c’est là d’où je viens… Avec la Lombardie, c’est une des plus belles classiques.

Liège-Bastogne-Liège fait partie des cinq « monuments ». Tous les gagner avant la fin de votre carrière, c’est un objectif ?

Oui, j’aimerais vraiment. Je pense que Paris-Roubaix, par exemple, c’est presque la grande course la plus facile à gagner, parce que c’est là qu’il y a le moins de grands coureurs au départ. Au maximum, il y a dix ou douze coureurs du top 50 qui prennent le départ. Paradoxalement, c’est une des courses les moins relevées en terme de participation. Sur le Tour des Flandres ou Liège-Bastogne-Liège, tous les bons sont là. Je passe très bien le pavé et je vais vite au sprint : j’ai les qualités pour remporter Paris-Roubaix. En revanche, il y a un fort risque de chute. C’est pour ça que je mets cette course-là de côté pour le moment. Je ne la disputerai pas cette année : c’est le dernier chapitre, on verra plus tard.

Mais est-ce qu’il est possible de jouer la gagne, la même année, sur Milan-Sanremo, le Tour des Flandres et Liège-Bastogne-Liège ? Ne faut-il pas plutôt faire un choix ?

Paris-Roubaix, c’est le dernier chapitre, on verra plus tard.
Je suis persuadé que c’est possible. Ca a déjà été fait par le passé, même si le cyclisme a beaucoup évolué depuis. Je crois aussi que je suis un des seuls coureurs du peloton actuel à pouvoir le faire. Il y a peut-être Cancellara aussi, encore que je pense qu’il sous-estime très largement la difficulté de Liège-Bastogne-Liège. Si c’est possible, c’est aussi parce que je n’arrive jamais sur Milan-Sanremo à 100 % de mes capacités. Et que je ne fais pas de préparation spéciale en vue de cette course. Je ne pense d’ailleurs pas que j’en ferai un jour.

Pour l’instant, des cinq monuments, vous n’en avez gagné qu’un : le Tour de Lombardie, en 2009 et 2010. Vous marchez toujours très bien en fin de saison, puisque vous avez aussi déjà remporté deux fois Paris-Tours. Comment l’expliquez-vous ?

Je ne sais pas trop, mais c’est vrai que j’ai toujours été bon en fin de saison, depuis les cadets. C’est quelque chose de naturel. Biologiquement, certains sont forts en mars, d’autres en juillet. Moi c’est en fin de saison. Chacun à sa période où il se sent mieux. En automne, je me sens toujours bien.

« Quand on fait des erreurs et qu’on gagne, personne n’en parle ! »

Il y a une autre grande course en automne : les Mondiaux. Ceux de l’an passé doivent vous laisser un goût amer…

Non, je ne regrette rien. J’ai tout fait pour réussir, donc il n’y a rien à regretter. Il faut juste passer à autre chose, et c’est ce que j’ai réussi à faire très rapidement puisque je gagne le Tour de Lombardie deux semaines plus tard. Ce Mondial restera une belle expérience. Je sais que des observateurs comme Eddy Merckx ont dit que j’avais mal couru, mais il y aura toujours des gens pour dire que vous avez mal couru, que vous vous êtes trompé… Quand on fait des erreurs et qu’on perd, tout le monde les retient. Quand on fait des erreurs et qu’on gagne, personne n’en parle !

Pensez-vous déjà aux prochains Mondiaux, à Copenhague ?

Honnêtement, c’est loin. Pour l’instant, je prépare ma nouvelle saison calmement. Le reste, on verra en temps voulu. Je pense qu’il est trop tôt pour parler du parcours.

L’arrivée d’André Greipel au sein de l’effectif d’Omega Pharma, est-ce que ça ne limite pas votre champ d’action ?

Le Classement mondial UCI n’est pas représentatif.
Non, ce n’est pas un problème. Avoir un grand sprinteur dans l’équipe, ça a un gros avantage : à chaque course, les coéquipiers restent motivés et travaillent. Or c’est en travaillant en tête de peloton qu’on s’améliore. Je crois vraiment que tout le groupe va en tirer bénéfice. Quand on tire des grands bouts droits pendant 200 bornes, le soir, on est crevé, mais une semaine plus tard, on est beaucoup plus fort.

Est-ce que son arrivée peut permettre à votre équipe de terminer numéro une mondiale à la fin de l’année ?

Je ne sais pas si ça fait partie de leurs ambitions. Il faudrait se battre après le classement, et on ne l’a jamais fait. On ne court pas après les points. Il n’y a aucun intérêt à cela : ni prime, ni bonus pour l’équipe si jamais on gagne. Tant qu’on reste dans les dix premiers et qu’il n’y a pas de risque de redescendre en catégorie inférieure, tout va bien.

Et sur le plan individuel, gagner le Classement mondial UCI, c’est un objectif ?

Pas vraiment. Ce n’est pas représentatif comme l’ancien classement UCI. Je ne suis pas sûr que ça ait une valeur aux yeux des gens ou des sponsors. Je serais très heureux d’y parvenir : l’an dernier, j’en ai été le leader pendant une semaine après Liège-Bastogne-Liège, et j’étais vraiment très content de ça. Mais ce ne serait qu’une fierté personnelle : à côté de ça, ce n’est pas grand chose.

« J’adore trop les classiques pour les délaisser »

De grands anciens comme Eddy Merckx ou Bernard Hinault ont publiquement déclaré qu’ils vous pensaient capables de jouer la victoire finale sur un grand tour, si vous travailliez en ce sens. Sur Velochrono, Cédric Vasseur a abondé en ce sens. Est-ce que vous y pensez ?

Je prends ces commentaires comme un honneur. Ca me fait vraiment plaisir qu’ils pensent ça de moi. Mais je n’ai jamais trop répondu à ces déclarations parce que pour l’instant, ce n’est pas dans mon esprit. Je ne pense pas du tout comme un coureur de trois semaines, qui prépare sa saison très différemment. De nos jours, ce n’est plus possible de faire toutes les classiques et de viser un classement général sur un grand tour. Pour le moment, ça me semble donc difficile. Bien sûr, on ne sait jamais, mais il n’y a vraiment rien d’officiel, je n’ai pas la moindre ambition de ce genre pour l’instant. Par contre, c’est vrai que je ne connais pas mes limites. Je n’ai jamais forcé sur trois semaines, donc je ne sais pas si c’est possible ou pas. Pour l’instant, j’adore trop les classiques pour les délaisser. Plus tard, peut-être…

C’est donc dans votre rôle habituel de puncheur que l’on vous verra sur le Tour de France en juillet ?

Mûr-de-Bretagne peut vraiment me convenir. Super Besse ? S’il y a un petit vent de face…
Je dois déjà décider si j’y participe ou pas ! Je ferai mon choix avant les classiques. Je vais peut-être privilégier la Vuelta, afin d’arriver en condition optimale aux Mondiaux et au Tour de Lombardie. Ces courses me font presque plus rêver que le Tour. J’ai vraiment envie de me donner tous les moyens pour y briller, et sans passer par la Vuelta, c’est vraiment compliqué d’y faire des résultats…

Vous avez quand même regardé un peu le parcours du Tour ? Il y a des étapes que vous avez dû cocher ?

L’arrivée à Mûr-de-Bretagne peut vraiment me convenir. Un peu plus loin, il y a Super Besse, mais je pense qu’il faudrait vraiment que je soit à 100 % de mes moyens pour espérer m’y imposer. Un petit vent de face freinant les ardeurs des grimpeurs serait idéal.

Aux côtés de Greipel et de Van den Broeck, quel serait votre rôle tout au long des trois semaines ?

Je ne sais vraiment pas. Le maillot vert ? Je n’ai jamais pensé à cette possibilité. Pour l’instant je suis vraiment concentré sur mon début de saison, et je ne veux pas penser à autre chose d’ici Liège. Ensuite, je regarderai plus attentivement les différents parcours, ce qu’il y a à faire, et je me déciderai.



  1. Merci pour cette interview de notre champion belge ! Je trouve P Gilbert un peu trop sûre de lui et manquant un peu d’humilité sur certaine chose ! Il prétend que Paris-Roubaix est la grande classique la plus facile à gagner , il n’y a pourtant jamais mis les pieds et ne sait donc pas ce que c’est que d’avaler tout ces pavés ! ce n’est pas pour rien qu’on l’appele l’enfer du nord ! Quand on voit le palmarès de cette course il n’y a que des grands noms c’est dire qu’il avoir des qualités et du talent pour vaincre les pavés de Roubaix !

    Allez-vous faire aussi une interview comme celle là de Tom Boonen ? Ca serait sympa aussi !


  2. Samedi 15 janvier 2011 à 16:43 - pat | Thumb up 1 Thumb down 0

  3. Si pas d’interview de Boonen au moins quelques infos à son sujet ce serait chouette ! La saison va commencer et on ne sais rien à son sujet son programme , ses objectifs , son état de forme , son genou aucune info ! Pourtant tout comme l’équipe Oméga à Majorque la quick step à Calpe à également reçu la presse !


  4. Samedi 15 janvier 2011 à 17:12 - pat | Thumb up 1 Thumb down 0

  5. Je n’ai rien trouvé au sujet de Boonen depuis pas mal de temps.. Si vous avez quelque chose, n’hésitez pas à faire suivre. Ce n’est pas volontaire, si nous parlons peu de Boonen. Il est médiatiquement assez discret cet hiver…


  6. Samedi 15 janvier 2011 à 17:43 - Alexandre Philippon | Thumb up 0 Thumb down 0

  7. Je sais que vous faites tout ce que vous pouvez pour nous donner un maximum d’info sur tout et tout le monde au niveau du cyclisme ! Je pense que le 21 janvier doit avoir lieu la présentation de quick step nous aurons plus d’info à ce moment là sûrement ! Mieux vaut être médiatiquement discret l’hiver et bien présent pendant la saison que le contraire ! Merci d’être à l’écoute de vos lecteurs et lectrices c’est très sympa !


  8. Samedi 15 janvier 2011 à 20:07 - pat | Thumb up 0 Thumb down 0







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