Expatriés, pourquoi ? (1/2)


Expatriés, pourquoi ? (1/2)

Par Jeremy Proux
Mercredi 2 mars 2011 - 12:00
Photo : Slipstream - Flickr







Ces dernières années, la mondialisation du cyclisme a eu pour conséquence directe l’arrivée, dans les formations hexagonales, de coureurs issus des « nouvelles nations » de la petite reine. Italiens, Espagnols ou Belges ne sont plus les seuls à venir garnir – quantitativement mais aussi qualitativement – les équipes françaises. A l’inverse, qu’en est-il de l’évolution de la diaspora tricolore ? Les Français n’hésitent  pas à faire leurs valises et sont de plus en plus nombreux à franchir le pas depuis la création du Pro Tour, en 2005. Les raisons personnelles qui expliquent cette émigration sont en revanche loin d’être identiques. Velochrono s’est entretenu avec plusieurs coureurs concernés. Premier volet ; le second jeudi.

10 en 2005, 29 en 2011

On avait l’image d’un coureur surprotégé, jamais content et plaintif… finalement, comme le Français en général. (Fritsch)
Il semble terminé le temps où les coureurs français agaçaient leurs aînés par leur manque de perspectives professionnelles. Force était alors de constater que Richard Virenque et Laurent Jalabert, les deux coureurs tricolores ayant marqué le plus les esprits ces quinze dernières années, avaient terminé leurs carrières respectives dans une équipe étrangère. Il a pourtant fallu attendre 2006 pour voir – enfin – quelques effectifs d’écuries étrangères se franciser ici ou là. Et encore ! Cette année-là, si le contingent d’expatriés grossit quelque peu, c’est en grande partie en raison du fait que la Caisse d’Epargne soit passée sponsor principal de la structure d’Euzebio Unzue, ex-Banesto et Iles Baléares. Une équipe à la licence ibérique, mais au sponsor bien de chez nous, qui réclame bien évidemment la présence d’un petit noyau de coureurs du cru. Le dépaysement n’est alors guère assuré, mais qu’importe : le changement de mentalité, lui, est en cours. « Honnêtement, avant cela, les Français n’étaient pas particulièrement appréciés à l’étranger. On avait l’image d’un coureur surprotégé, jamais content et plaintif… finalement, comme le Français en général », explique Nicolas Fritsch à Velochrono.

Fin 2004, l’ancien coureur de la Française des Jeux tenta l’aventure au sein de la formation Saunier Duval, au sein de laquelle courut également Christophe Rinéro, meilleur grimpeur du Tour de France 1998. « J’étais cependant excité à l’idée de découvrir une nouvelle équipe après cinq ans à la Française des Jeux, en même temps qu’un nouveau pays. Nous n’étions d’ailleurs à l’époque que deux Français à évoluer dans une équipe Pro Tour basée à l’étranger, avec Nicolas Jalabert (alors chez Phonak, ndlr). » Les choses ont aujourd’hui bien changé et le départ chez Quick Step, fin 2008, de l’un des chefs de file du cyclisme hexagonal qu’est Sylvain Chavanel n’y est peut-être pas étranger. D’une dizaine en 2005, le nombre de coureurs français courant à l’étranger s’est porté à 29, pour cette saison 2011. Une évolution en grande partie justifiée par cette mondialisation du cyclisme qui a par ailleurs suscité la tentation, pour les Espagnols, Italiens ou autres, de frapper à la porte des groupes tricolores.

Pour certains, « un choix par défaut », mais pas que

J’avais fait des études où l’anglais prenait une grande place et j’avais toujours rêvé de m’expatrier. L’occasion s’est présentée et j’ai foncé ! (Patour)
En janvier dernier et après six ans passés chez Cofidis, Amaël Moinard nous confiait avoir ressenti « l’envie de voir autre chose », au même titre que Sylvain Chavanel et Jérôme Pineau fin 2008. Une envie, c’est-à-dire un choix ; celui de découvrir une autre approche du cyclisme. Un choix rendu possible par la carte de visite de l’intéressé. Mais pour d’autres, c’est bien l’absence de résultats qui a justifié la sollicitation de formations étrangères. Émigrer devient alors la solution pour poursuivre une carrière professionnelle jalonnée de hauts et de bas. Pour Nicolas Fritsch comme pour Kilian Patour, ancien membre de l’équipe Slipstream, devenue Garmin en 2008, cette dimension contrainte ne fût cependant pas incompatible avec un certain désir, celui de découvrir une autre culture et une autre conception du métier. « A l’époque, je sortais d’une mauvaise saison et j’avais besoin de changer d’air, explique le second, passé professionnel au Crédit Agricole. J’avais fait des études où l’anglais prenait une grande place et j’avais toujours rêvé de m’expatrier. L’occasion s’est présentée et j’ai foncé ! »

Même son de cloche du côté de l’ancien coureur de Saunier Duval. « Mon année 2004 a été marquée par une mononucléose qui a contrarié une bonne partie de ma saison. Je n’ai retrouvé la forme qu’en septembre, finissant septième de Paris-Bourges. Signer en Espagne était à la fois un choix par défaut et une volonté de ma part, puisque Mauro Gianetti (alors manager de l’équipe, ndlr) a été la première personne que j’ai sollicitée. J’étais excité à l’idée de découvrir une nouvelle équipe en même temps qu’un nouveau pays. » A aucun moment, en tout cas, les deux ne regrettent ce choix, même si l’aventure chez les pros à touché à son terme après avoir quitté la mère-patrie. « J’ai certes achevé prématurément ma carrière professionnelle, mais c’était principalement dû à une mauvaise saison de ma part, explique Fritsch. C’est la vie d’un sportif professionnel ! Ces deux années chez Saunier Duval m’ont toutefois permis de rencontrer des personnes enrichissantes humainement parlant, y compris certaines très décriées par la suite… »

Un moyen de passer pro

Le plus dur dans ce métier, c’est de signer son premier contrat professionnel. Je n’avais pas d’autres possibilités, pour passer pro, que de signer chez Skil-Shimano en 2007. (Bacquet)
Rudy Lesschaeve, Cédric Gaoua, Gael Le Bellec… Des noms qui pour le grand public, habitué à suivre l’événement cycliste avec un grand E qu’est le Tour de France, n’évoquent rien. Tous trois, comme bien d’autres encore, ont pourtant un point commun avec leurs aînés aux noms plus ronflants, que sont Sylvain Chavanel, Brice Feillu ou Christophe Le Mével : tous évoluent en tant que coureurs français au sein d’une formation étrangère. Encore jeunes, ils sont à la fois acteurs et victimes de cette mondialisation du cyclisme : du fait de l’arrivée de nombreux étrangers dans les équipes françaises, le nombre de places destinées aux coureurs issus de l’Hexagone s’y est réduit assez sensiblement. A cela viennent s’ajouter la disparition du Crédit Agricole fin 2008 et d’Agritubel en 2009, ainsi que les rétrogradations massives à l’échelon Continental Professionnel subies par les structures professionnelles tricolores, ce qui induit mécaniquement une baisse quantitative des effectifs.

« Le plus dur dans ce métier, c’est de signer son premier contrat professionnel, reconnaît Fabien Bacquet, le sprinteur de BigMat-Auber 93. Je n’avais pas d’autres possibilités, pour passer pro, que de signer chez Skil-Shimano en 2007. Ils cherchaient un rouleur, un grimpeur et un sprinteur français. » David Deroo, Clément Llothellerie et lui seront les heureux élus. Si le Bichancourtois est à présent l’un des piliers de la formation dirigée par Stéphane Javalet, ses deux coéquipiers de l’époque ont aujourd’hui disparu des pelotons professionnels, au terme de trajectoires cependant diverses. Beaucoup d’autres ont subi la même déception. Sur les 28 coureurs français passés professionnels à l’étranger depuis 2005, douze n’apparaissent plus parmi les effectifs des équipes professionnelles pour 2011.

Toujours parmi ces 28 expatriés, seulement cinq, dont Fabien Bacquet, ont pu bénéficier par la suite de l’embauche d’une équipe française. Courir à l’étranger et plus encore y débuter sa carrière, est-ce ainsi tourner le dos définitivement aux structures tricolores ? « Je ne pense pas que le fait de ne pas courir en France induise une forme d’exclusion de la part des dirigeants de nos équipes pros, tempère Nicolas Fritsch. Toutes les équipes participent aux mêmes courses. Seule l’absence de résultats peut avoir des conséquences. J’ai plutôt ressenti une certaine forme de curiosité et d’intérêt. »









Agenda Cyclisme

actu cyclisme  Vidéo - Bouhanni ouvre le bal en Lorraine
actu cyclisme  La Ronde de l’Isard a encore de l’avenir
actu cyclisme  Vidéo - A Clovis, Sagan poursuit son règne
actu cyclisme à ne pas louper  Giro : Le parcours de la 12e étape
actu cyclisme  Vidéo - Ferrari tire son épingle du jeu
actu cyclisme  Turgot, ça fait trop
actu cyclisme à ne pas louper  Ferrari vous salue bien
actu cyclisme à ne pas louper  Bardet, un Auvergnat en Californie #2
actu cyclisme à ne pas louper  En passant par la Norvège… et la Lorraine
actu cyclisme  Vidéo - Sagan vainqueur à Livermore
actu cyclisme  Sagan, mangeur d’enfants
actu cyclisme  Circuit de Lorraine : La liste des partants
actu cyclisme  Vidéo - Rodriguez fait coup double à Assise
actu cyclisme  Tour de Norvège : La liste des partants
actu cyclisme à ne pas louper  Giro : Le parcours de la 11e étape

Agenda Cyclisme

  Tour d'Italie - 5 au 27 mai
    www start list parcours video
    #1 T. Phinney - #2 M. Cavendish - #3 M. Goss
   #4 Garmin-Barracuda - #5 M. Cavendish
- #6 M. Rubiano
    #7 P. Tiralongo - #8 D. Pozzovivo - #9 F. Ventoso

    #10 J. Rodriguez - #11 R. Ferrari - #12 L. Bak

  Tour de Californie - 13 au 20 mai
    www start list parcours video
    #1 P. Sagan - #2 P. Sagan - #3 P. Sagan - #4 P. Sagan

  Tour de Norvège - 16 au 20 mai
    www start list
    #1 J. Ahlstrand

  Circuit de Lorraine - 16 au 20 mai
    www start list
    #1 N. Bouhanni

calendrier du mois



Transferts cyclisme



forum cyclisme

 Turgot, ça fait trop (32)
 Giro : Le parcours de la 12e étape (32)
 Tour d’Italie : La liste des partants (65)