Expatriés, pourquoi ? (1/2)

Par Jeremy Proux
Mercredi 2 mars 2011 - 12:00
Photo : Slipstream - Flickr
Ces dernières années, la mondialisation du cyclisme a eu pour conséquence directe l’arrivée, dans les formations hexagonales, de coureurs issus des « nouvelles nations » de la petite reine. Italiens, Espagnols ou Belges ne sont plus les seuls à venir garnir – quantitativement mais aussi qualitativement – les équipes françaises. A l’inverse, qu’en est-il de l’évolution de la diaspora tricolore ? Les Français n’hésitent pas à faire leurs valises et sont de plus en plus nombreux à franchir le pas depuis la création du Pro Tour, en 2005. Les raisons personnelles qui expliquent cette émigration sont en revanche loin d’être identiques. Velochrono s’est entretenu avec plusieurs coureurs concernés. Premier volet ; le second jeudi.
10 en 2005, 29 en 2011
Fin 2004, l’ancien coureur de la Française des Jeux tenta l’aventure au sein de la formation Saunier Duval, au sein de laquelle courut également Christophe Rinéro, meilleur grimpeur du Tour de France 1998. « J’étais cependant excité à l’idée de découvrir une nouvelle équipe après cinq ans à la Française des Jeux, en même temps qu’un nouveau pays. Nous n’étions d’ailleurs à l’époque que deux Français à évoluer dans une équipe Pro Tour basée à l’étranger, avec Nicolas Jalabert (alors chez Phonak, ndlr). » Les choses ont aujourd’hui bien changé et le départ chez Quick Step, fin 2008, de l’un des chefs de file du cyclisme hexagonal qu’est Sylvain Chavanel n’y est peut-être pas étranger. D’une dizaine en 2005, le nombre de coureurs français courant à l’étranger s’est porté à 29, pour cette saison 2011. Une évolution en grande partie justifiée par cette mondialisation du cyclisme qui a par ailleurs suscité la tentation, pour les Espagnols, Italiens ou autres, de frapper à la porte des groupes tricolores.
Pour certains, « un choix par défaut », mais pas que
Même son de cloche du côté de l’ancien coureur de Saunier Duval. « Mon année 2004 a été marquée par une mononucléose qui a contrarié une bonne partie de ma saison. Je n’ai retrouvé la forme qu’en septembre, finissant septième de Paris-Bourges. Signer en Espagne était à la fois un choix par défaut et une volonté de ma part, puisque Mauro Gianetti (alors manager de l’équipe, ndlr) a été la première personne que j’ai sollicitée. J’étais excité à l’idée de découvrir une nouvelle équipe en même temps qu’un nouveau pays. » A aucun moment, en tout cas, les deux ne regrettent ce choix, même si l’aventure chez les pros à touché à son terme après avoir quitté la mère-patrie. « J’ai certes achevé prématurément ma carrière professionnelle, mais c’était principalement dû à une mauvaise saison de ma part, explique Fritsch. C’est la vie d’un sportif professionnel ! Ces deux années chez Saunier Duval m’ont toutefois permis de rencontrer des personnes enrichissantes humainement parlant, y compris certaines très décriées par la suite… »
Un moyen de passer pro
« Le plus dur dans ce métier, c’est de signer son premier contrat professionnel, reconnaît Fabien Bacquet, le sprinteur de BigMat-Auber 93. Je n’avais pas d’autres possibilités, pour passer pro, que de signer chez Skil-Shimano en 2007. Ils cherchaient un rouleur, un grimpeur et un sprinteur français. » David Deroo, Clément Llothellerie et lui seront les heureux élus. Si le Bichancourtois est à présent l’un des piliers de la formation dirigée par Stéphane Javalet, ses deux coéquipiers de l’époque ont aujourd’hui disparu des pelotons professionnels, au terme de trajectoires cependant diverses. Beaucoup d’autres ont subi la même déception. Sur les 28 coureurs français passés professionnels à l’étranger depuis 2005, douze n’apparaissent plus parmi les effectifs des équipes professionnelles pour 2011.
Toujours parmi ces 28 expatriés, seulement cinq, dont Fabien Bacquet, ont pu bénéficier par la suite de l’embauche d’une équipe française. Courir à l’étranger et plus encore y débuter sa carrière, est-ce ainsi tourner le dos définitivement aux structures tricolores ? « Je ne pense pas que le fait de ne pas courir en France induise une forme d’exclusion de la part des dirigeants de nos équipes pros, tempère Nicolas Fritsch. Toutes les équipes participent aux mêmes courses. Seule l’absence de résultats peut avoir des conséquences. J’ai plutôt ressenti une certaine forme de curiosité et d’intérêt. »







