Delaplace, le « généreux »

Par Cedric Congourdeau
Vendredi 5 août 2011 - 17:09
Photo : Laurie Beylier
Plus jeune coureur français du Tour de France 2011, Anthony Delaplace a rallié Paris avec plusieurs échappées à ranger dans la musette « expérience ». Et a enchaîné avec une victoire, dimanche dernier, sur la Poly Normande. Sur ses terres. Pour le coureur de Saur-Sojasun, l’été est radieux. L’intéressé a conquis son team manager Stéphane Heulot, qui l’estime énormément. Ils en parlent à Velochrono.
« Un grand truc » à Saint-Martin-de-Landelles
« J’avais un peu peur de louper l’échappée, sachant que c’est une course où des fois, ça part assez tard, et d’autres fois, de bonne heure. Donc ce n’était pas évident de savoir quand il fallait sortir. Du coup, je me suis retrouvé, aux bout de vingt-cinq kilomètres, dans un groupe de seize coureurs. À trois tours de l’arrivée, on s’est retrouvés plus qu’à cinq. Arnaud Gérard ayant attaqué peu après le passage sur la ligne. On s’est tout de suite bien entendu tous les cinq. Derrière, ça n’a pas été le cas apparemment. Donc on a pris rapidement de l’avance. Et à un tour et demi, j’ai décidé d’attaquer dans la Côte de la Pigeonnière. Puis j’ai tout donné jusqu’à l’arrivée. J’ai réussi à aller au bout. » Ça, c’est le récit de sa victoire de dimanche sur la Poly Normande. Anthony Delaplace décrochait là son premier succès chez les professionnels affichant un mélange de qualités rares pour un garçon de 21 ans : la faculté à sentir les bons coups et la capacité à terminer le travail seul, en costaud.
Que cette performance ait été signée sur les terres du Normand est un détail, mais il compte pour le coureur de Saur-Sojasun. « C’est un rêve de gagner cette course, dit-il à Velochrono. Je cherchais une première victoire chez les pros, et elle arrive dans la Manche : c’est un souvenir inoubliable ! En plus, j’étais tout seul, donc j’ai eu le temps de savourer ma victoire dans les deux derniers kilomètres. J’ai fait un grand truc. Ça me laissera un grand souvenir… » Qui peut servir de déclic : attaquant rarement récompensé, comme l’a illustré le premier Tour de France de sa carrière, Anthony Delaplace concrétisait enfin, au pays de Daniel Mangeas. Exit les frustrations : Ça m’est arrivé plusieurs fois de me faire reprendre dans le final. Le pire ayant été à Sainte-Suzanne, aux Boucles de la Mayenne, à la mi-juin, où je me suis fait rattraper à cent cinquante mètres de la ligne… Sur la Polynormande, sachant que j’avais de bonnes jambes pendant la course, ça me démangeait d’attaquer, mais j’ai attendu le plus longtemps possible. Pour une fois, j’ai réussi. La chance était avec moi. Dans le final, j’ai repensé à toutes ces fois où je me suis fait reprendre dans les derniers kilomètres. »
Heulot : « Le voir monter comme cela, ça donne envie d’aller encore plus loin dans le vélo »
« Le mot qui décrit parfaitement Anthony, c’est : « générosité », témoigne Stéphane Heulot. Il est aussi un peu fougueux, mais je pense qu’il arrive à canaliser tout ça. Je suis très fier, parce qu’il sort quand même de notre centre de formation. On s’est tapé dans la main il y a un peu plus de quatre ans. Il a signé son contrat pro avec nous il y a deux ans après cette même course. Avant, il était chez Sojasun Espoirs. Et de le voir monter comme cela, ça donne envie d’aller encore plus loin dans le vélo. » « J’ai rejoint Stéphane à Supersport 35, à l’époque, se souvient Delaplace. J’ai fait mes deux premières années chez les espoirs là-bas. Je suis ensuite passé stagiaire chez Besson Chaussures-Sojasun. Puis je suis passé pro l’année d’après, au début 2010, chez Saur-Sojasun. J’étais encore espoirs 3. Je me plais bien dans cette équipe ! Je pense que j’ai bien progressé depuis deux ans. L’encadrement me ménage, ils font attention à ne pas trop me « cramer ». C’est une super équipe. Que ce soit pour l’ambiance ou pour le programme de course. » Et où le staff lui fait confiance. Stéphane Heulot avait des mots forts après le coup de la Poly : « Il n’a pas perdu les pédales dans les moments les plus tendus. Et c’est signe d’un grand coureur… »
L’intéressé se souvient pourtant de passages délicats. En première année espoirs par exemple : « On va dire que je n’avais pas fait grand chose, je n’avais gagné que deux « toutes catégories » et fait quelques places dans des courses élites. Après, en espoir 2e année, je n’ai pas non plus vraiment cassé la baraque, j’avais fait troisième de la course espoirs des Championnats de France à Vendôme (en 2009, ndlr), j’avais gagné une épreuve « toutes catégories », et fait plusieurs top dix dans des courses élites. Je n’ai jamais gagné de course élites avant de passer chez les pros, uniquement des places… » Le type de coureur métronome plus que winner, qui échappe souvent aux recruteurs. Son parcours est l’illustration de l’utilité des réserves amateurs, milieux où il est plus facile de saisir le potentiel d’un coureur, au delà de l’analyse pure de ses résultats. Delaplace a quand même une référence face aux jeunes : sa victoire d’étape au Tour de l’Avenir, l’an dernier, lors de sa première saison professionnelle. « Mon objectif cette année-là, c’était de gagner n’importe quelle course, que ce soit une classe 2 ou une Coupe des Nations Espoirs. J’étais super satisfait de cette victoire. »
« Il y a Delaplace pour gagner la Coupe de France ! »
La suite ? Une certitude, déjà : ce sera avec Saur-Sojasun. Anthony Delaplace a rempilé pour une nouvelle saison. Animé par des objectifs graduellement croissants : « J’espère gagner une course plus importante. Mais il ne faut pas s’enflammer. Une Coupe de France, c’est déjà bien. Après, ça va être difficile pour en gagner une à l’échelon supérieur… Il faut se fixer des objectifs. Une belle étape sur Paris-Nice, si on est invités, ou une course comme cela. Il y a de belles courses où j’aimerai bien figurer. On verra bien l’an prochain… Mais avant tout, l’objectif sera évidemment de gagner. Si je regagne une manche de Coupe de France, je ne vais pas me plaindre. Comme Paris-Camembert (l’autre classique normande, ndlr), que je rêve de remporter. » Et selon les invitations, le souhait serait de découvrir les Ardennaises en 2012 : « Liège-Bastogne-Liège, surtout, et la Flèche Wallonne sont des courses qui me font rêver. Je ne les ai pas disputées cette année. On a préféré me faire découvrir les classiques belges moins cotées, pour ne pas jouer sur les deux fronts en même temps. Mais l’an prochain, j’aimerai beaucoup découvrir ces courses là. De là à bien y figurer… Je sais que c’est un autre niveau donc on verra… Mais avant tout, j’ai envie de les découvrir et de m’y faire plaisir. »
Avant tout, il y a une saison à terminer. D’abord des vacances de trois semaines qui permettront de totalement récupérer du Tour de France. La reprise se fera le 21 août sur la Classic de l’Indre. Une manche de la Coupe de France. Il en est désormais quatrième à 27 points de Tony Gallopin. « Il y a Delaplace pour gagner », rigole-t-il. D’autant que Saur-Sojasun ne souhaite pas le faire énormément courir en cette fin de saison, alors il sera possible de se focaliser sur des semi-classiques pourvoyeuses de points. « Je vais sûrement faire le Tour du Doubs, le Grand Prix d’Isbergues, et je pense que je finirai ma saison au Tour de Vendée. On verra si j’ai remarqué des points d’ici-là. Je suis revenu en course pour le général, alors c’est un petit objectif que je me suis fixé pour la fin de saison. Après, il n’y a pas trop de courses qui me correspondent. À Châteauroux et à Isbergues, ça arrive souvent groupé. Gallopin va vite au sprint, donc ça sera dur pour moi de reprendre des points là-bas. Au contraire du Tour du Doubs, qui est dur, et qui peut me correspondre. Ainsi que le Tour de Vendée qui n’arrive pas toujours au sprint, il y a parfois des échappées qui vont au bout. C’est sûr que rien n’est perdu, mais ça va être compliqué de déloger Gallopin et Feillu. Il faut espérer… »







Pour moi c’est le futur Voeckler, attaquant dans l’ame et genereux dans l’effort… et tout ca a 21 ans… Quand il aura l’experience suffisante il va faire tres mal dans son style de baroudeur !
Tout à fait d’accord avec Stan. Et comme Voeckler, il fait l’effet d’un coureur très sérieux et rigoureux, en course comme dans sa prépa.