Visconti : « Cette saison est importante pour moi »

A 27 ans, Giovanni Visconti en est à sa sixième année au sein du peloton professionnel. Le puncheur italien, champion national en 2007, court à présent dans l’équipe continentale ISD-Neri, après notamment deux saisons chez Quick Step, où il s’est révélé. En rose sur le Giro 2008, il a remporté l’Europe Tour en 2009, et espère à nouveau connaître les honneurs en 2010. Vainqueur de la Classique Sarde fin-février, il s’est montré discret sur Tirreno-Adriatico, mais aborde maintenant Milan-Sanremo, une des classiques qu’il préfère, avec de l’ambition. Et un statut de leader qu’il revendique. Entretien à bâtons rompus, en exclusivité sur Velochrono.

Tu as abandonné lors de la sixième étape de Tirreno-Adriatico. Peux-tu nous donner des nouvelles ?

J’ai une inflammation aux ganglions inguinaux (en haut de la cuisse), à cause de ma position sur la selle qui me fait beaucoup souffrir de la jambe gauche. J’ai toujours eu ce problème et je travaille dessus depuis longtemps, avec l’ostéopathe notamment. Mais quand je prends froid, le problème resurgit. Je me suis retiré à cause de ma vive douleur à la jambe gauche. Je ne voulais pas aggraver les choses.

C’est aussi pour ça que tu n’as pas brillé avant ton abandon ?

Oui, j’ai pris froid dans les premières étapes. Le froid m’a beaucoup fait souffrir, j’avais la jambe gauche comme paralysée. Impossible d’exprimer mes capacités dans ces conditions là. Dommage, car j’avais des ambitions.

« Il faut que je progresse physiquement »

Pourtant, tu avais gagné au début du mois la Classique sarde…

Sur la Classique sarde il faisait 22° et grand soleil ! Du coup, j’ai bien marché. Je me suis préparé cet hiver pour être en forme dès le début de saison, et à part ce problème à la jambe je suis en forme. Pas à 100 %, mais déjà très bien. Evidemment, je comptais sans cette inflammation…

En Sardaigne, tu as gagné au sprint. Est-ce que tu penses que cette vitesse de pointe est ta qualité principale ?

Non, je ne suis pas un sprinter et je ne suis pas capable de rivaliser sur un sprint massif. Mais je suis rapide, et c’est une vraie chance dans les arrivées en comité réduit. Je suis un coureur complet, je tiens le coup dans les montées, ce qui me permet de faire parler ma pointe de vitesse si j’arrive dans un petit groupe qui se joue la victoire. C’est effectivement comme ça que je gagne des courses.

Qu’est-ce que tu espères de Milan-Sanremo maintenant ?

D’abord, le soleil ! Et puis une belle course, l’an passé j’ai fini dans le premier groupe mais on ne m’a pas vu de la journée. J’espère faire plus cette année.

La Primavera, c’est la classique de tes rêves ?

Milan-Sanremo est dans mon cœur, mais aux côtés de Liège-Bastogne-Liège et du Tour des Flandres, qui me plaisent aussi beaucoup. Evidemment, il faut que je progresse physiquement, et que je supporte mieux le froid, pour y briller. Mais j’espère y parvenir dans les prochaines années.

« J’ai une mentalité de leader »

L’an dernier, tu as décidé de rejoindre l’équipe ISD-Neri, une Continentale Pro. Pourquoi ce choix ?

Pour deux raisons. D’abord parce que j’ai retrouvé chez ISD Luca Scinto, qui m’avait repéré puis pris sous son aile chez les amateurs. Ensuite parce que j’ai là une équipe qui court pour moi, et c’est ce que je cherchais. J’ai une mentalité de leader, dans le sens où j’aime être sous pression : c’est comme ça que je donne le meilleur de moi-même. Après, il est évident qu’une équipe Pro Tour présente certains avantages qu’ISD n’a pas. Mais je me suis inscrit dans un projet que j’ai établi conjointement avec des personnes que j’estime et avec lesquelles j’avais vraiment envie de travailler.

Quand tu courrais chez Quick Step, tu étais considéré comme un futur crack sur les ardennaises, surtout après ton titre de champion d’Italie, en 2007. Mais tu n’as jamais brillé sur ces courses jusqu’à présent. Maintenant que tu as 27 ans, tu as toujours ces courses-là en tête ?

Oui, bien sûr que j’y pense toujours ! Mais pour y briller je dois encore une fois résoudre mes problèmes de position sur le vélo et de capacité à courir par temps froid. Mais je suis confiant, cette saison est importante pour moi, j’espère vraiment progresser, en m’imposant ou en brillant sur une course de grande envergure. Malheureusement, Tirreno-Adriatico est maintenant passé, j’espère me montrer sur Milan-Sanremo, même si à l’heure actuelle je ne sais pas dans quel état physique j’y serai. Après il y a le Giro.

« Je veux à tout prix gagner une étape du Giro »

Justement, en 2008, tu as porté le maillot rose pendant 8 jours sur le Giro. Deux ans plus tard, tu en gardes quel souvenir ?

Un souvenir merveilleux, des émotions et des sensations uniques. Même si le maillot qui m’a donné le plus d’émotions fortes, c’est celui de champion d’Italie.

Cette année, qu’est-ce que tu penses du parcours du Giro ? Rujano, qui court avec toi chez ISD, parle de podium final, tu y crois ?

S’il retrouve la forme qui était la sienne en 2005 et qu’il garde les pieds sur terre, oui. Et l’équipe aussi y croit, nous travaillons tous pour arriver au top sur le Tour d’Italie, en espérant bien sûr y être invités. (Voir les déclarations de Rujano)

Qu’est-ce que tu espères faire sur ce Giro ? Gregario de Rujano ou électron libre ?

Non, non, je ne serai pas un gregario. L’équipe sur le Giro sera construite pour lui, pour le classement général, et pour moi, pour chasser les étapes. Nous serons les deux leaders de l’équipe. Bien sûr, la dernière semaine, quand nous arriverons dans la montagne, j’aiderai José autant que nécessaire, mais auparavant nous aurons chacun notre carte à jouer. Et je veux à tout prix gagner une étape.

« Je ne serais pas un vrai coureur si je ne participais jamais au Tour »

Tu as gagné le Tour des Flandres espoirs en 2004. A l’avenir, ça te plairait de jouer un rôle sur les Flandriennes ?

Paris-Roubaix, je n’ai pas le physique pour. Mais le Tour des Flandres oui, j’y pense beaucoup.

Tu penses que c’est possible de briller sur les classiques en restant chez ISD ?

Ça, je ne sais pas. L’équipe doit progresser en même temps que moi, c’est vrai, pour mériter une invitation sur l’une ou l’autre de ces grandes courses.

L’an dernier, tu as remporté le classement de l’Europe Tour, grâce notamment à un bel automne sur les semi-classiques italiennes. Cette année, tu espères quoi de plus ?

Gagner une étape du Giro, briller sur les courses qui comptent et encore gagner sur celles où je marchais déjà l’an passé, comme les semi-classiques italiennes, effectivement.

En étant chez ISD, tu n’as aucune chance de participer au Tour de France. Ca te pose un problème ?

Pour l’instant je ne m’en soucie pas, je ne me vois pas comme un coureur du Tour de France, même si j’aimerais le courir un jour, pour voir le vrai cyclisme. Le Tour est unique : je ne serais pas un vrai coureur cycliste si je n’y participais jamais.


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