Nous avons repéré la Doyenne

Par Velochrono
Samedi 24 avril 2010 - 11:44
Même si certains éléments de Liège-Bastogne-Liège semblent immuables, à l’image de la Redoute ou du Stockeu, les organisateurs profitent du nombre élevé de côtes intéressantes situées dans les Ardennes belges pour varier régulièrement les plaisirs. Nous avons déjà mentionné voici une dizaine de jours les principales modifications apportées à la Flèche Wallonne et à la Doyenne. Mais pour en avoir le cœur net et pour juger de l’impact que ces modifications pourraient avoir sur la Doyenne, une solution s’imposait : reconnaître, à vélo, le final de la course. Chose faite ces mercredi (de Salmchâteau à Spa) et vendredi (de Spa à Ans). Alors, quelles sont ces modifications ?
La descente du Stockeu, plus dangereuse que jamais
Nous sommes partis de Salmchâteau car c’est là que commence, dans une vallée descendante, la foire d’empoigne. Les équipiers placent idéalement leurs favoris afin que ceux-ci puissent aborder idéalement la facile côte de Wanne. Après une descente raide et sinueuse, place ensuite au « demi-Stockeu » (« demi » car seul le premier kilomètre, le plus intéressant, est monté, jusqu’à la stèle Eddy Merckx; aller plus loin impliquerait de rejoindre la route déjà empruntée à Wanne). Le Stockeu, dont les Stavelotains regrettent l’absence lors du prochain Tour de France, pourrait réserver une mauvaise surprise aux coureurs : la descente, déjà dangereuse par sa raideur en temps normal, a subi les contrecoups d’un hiver rigoureux et le revêtement est calamiteux par endroits. Mercredi, les ouvriers municipaux tentaient tant bien que mal de colmater les brèches mais le danger sera bien là.
La suppression de la Haute-Levée, Stavelot moins décisif
En 2005, le troisième maillon de la légendaire trilogie stavelotaine avait été réintégré. Le long faux-plat final et le vent, fréquent au sommet, contribuaient à évincer pour de bon de nombreux coureurs, d’autant plus que le pied du Rosier arrivait dès après la descente. Cette année, plus de Haute-Levée, officiellement à cause de modifications apportées à la voirie, et une longue portion de vallée pour rejoindre le pied du Rosier. Autant dire que le passage à Stavelot fera bien moins de dégâts que d’habitude.
Le Rosier par un sens inhabituel
Traditionnellement, les coureurs montent le Rosier via le versant Est (par Ruy, d’où est originaire Sébastien Rosseler). Cette année, ils le monteront via le versant Sud, descendu les autres années et qui sera la dernière côte de la 2e étape du Tour de France. Il est d’une difficulté similaire au versant Est (plus long mais aucun passage vaguement difficile). Cette modification rend impossible la montée de la Vecquée.
Le come-back de Spa, via une descente magnifique
Les coureurs descendent via le versant Nord (un splendide tracé technique à travers les bois) pour arriver à Spa, où LBL n’était plus passé depuis bien longtemps. Cependant, cette rapide traversée du peloton ne sera qu’un apéritif pour la cité thermale qui aura les honneurs d’une arrivée du Tour de France le 5 juillet prochain. Puis on aura le Maquisard, côte réintroduite, facile et très roulante, qui ne devrait pas faire de dégâts.
Le retour de Mont-Theux
Mont-Theux est une côte chargée d’histoire. Elle a longtemps été l’avant-dernière côte de LBL (la dernière étant les Forges), à l’époque où la course arrivait au centre de Liège. En 1995, lors du Tour de France, c’est dans cette côte que Miguel Indurain, d’habitude très attentiste, avait surpris le peloton en plaçant une attaque incisive. Seul Johan Bruyneel, échappé devant le peloton au moment de l’attaque, avait réussi à tenir la roue d’El Rey qui avait laissé gagner le Belge à Liège malgré que celui-ci n’ait pris aucun relais. Elle a été également empruntée lors de la précédente Vuelta mais face à des conditions météo difficiles, les coureurs avaient escamoté l’étape. Mont-Theux est surtout intéressant pour son dernier kilomètre, pour ainsi dire rectiligne. Une offensive pourrait s’y développer d’autant plus que le sommet de Mont-Theux est plus proche de la Redoute que ne l’était celui de la Vecquée.
La Redoute, chaudron plus bouillant que jamais
Cela fait plusieurs années que, grâce à Philippe Gilbert et à son fan-club, l’ambiance dans la Redoute est monstrueuse. Cela devrait être pire encore cette année grâce au palier franchi par le Remoucastrien depuis un an. Vendredi matin, il y avait déjà des motorhomes parqués tandis que la quasi-totalité des deux kilomètres de côte était déjà peinturlurée d’inscriptions en l’honneur du champion local.
Un final inchangé
Après la Redoute, place à la côte de Sprimont avant d’aborder la très intéressante Roche-aux-Faucons. L’an passé, un Andy Schleck irrésistible s’y était détaché, avait rejoint l’échappé Philippe Gilbert avant d’enrhumer celui-ci dans une bosse non répertoriée, située un gros kilomètre après le sommet.
Jusqu’en 2007, c’était via une descente ressemblant à une autoroute que les coureurs plongeaient sur Liège, ce qui avait tendance à condamner les éventuels échappés. Dorénavant, la descente vers le stade du Standard de Liège est beaucoup plus sinueuse. Peu après le stade, place à la côte de Saint-Nicolas, alias la « côte des Italiens » réputée davantage pour sa position stratégique que pour sa difficulté intrinsèque. Quant à l’arrivée, elle est toujours jugée à Ans, après une montée de 1500m à environ 6% suivie de 300m de faux-plat montant.
Conclusion : plus dense, moins sélectif
Stavelot sera beaucoup moins déterminant que les années précédentes et on pourrait avoir un peloton d’une taille record au pied de la Redoute, à moins que Mont-Theux ne soit le cadre d’offensives. La Haute-Levée et la Vecquée sont numériquement remplacées par Mont-Theux et le Maquisard. La difficulté globale est légèrement inférieure mais les nouvelles côtes sont plus proches de la Redoute. Les modifications de cette année devraient donner lieu à une course moins sélective mais plus dense. Peut-être bien la solution idéale pour augmenter le spectacle sans pour autant corser la course et inciter au dopage.
Christophe Kern, rencontré sur le parcours, nous confiait son ressenti sur ce nouveau tracé. Partageant nos observations, le coureur de la Cofidis « préférait l’ancien qui était plus sélectif. Le nouveau tracé est très roulant. Par exemple, après le Stockeu, il y a une dizaine de kilomètres très roulants alors qu’avant, la Haute-Levée faisait très mal. Il y aura moins de sélection que d’habitude avant la Redoute. » Il confirme la dangerosité de la descente de Stockeu : « On voit que l’hiver a été rude. Heureusement, le peloton sera normalement très étiré« .
Nous remercions François Tasquin pour sa reconnaissance du parcours et sa gentillesse – photo : Wouter de Ruyck – Flickr






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