Une semaine à se cacher…

Placé la semaine précédant Milan-Sanremo, Tirreno-Adriatico est depuis toujours une préparation classique à la Primavera. Ses quelques étapes de plaine laissent généralement entrevoir une hiérarchie entre sprinters qui pose les bases de Milan-Sanremo, même si d’autres, ayant par exemple privilégié Paris-Nice, viennent toujours interférer. Mais cette année, on sort de la Course des deux mers… perplexe. Impossible de dégager même un semblant de hiérarchie, tant aucun sprinter n’a semblé émerger du lot. Méforme généralisée, nivellement des coureurs, coup de bluff ? Cela fait des années qu’on n’avait pas abordé une Primavera avec aussi peu de certitudes.

Même l’an dernier, des indices

Si on prend les éditions des années 2000, toujours une tendance se dégage avant Milan-Sanremo. En 2002, Cipollini remporte la dernière étape de Tirreno-Adriatico, quatre jours avant de s’imposer via Roma. Deux ans plus tard, Freire termine 2e du classement général de la Course des deux mers, avec une victoire d’étape, avant de gagner son premier Milan-Sanremo. En 2005, Petacchi a déjà 11 victoires au compteur, dont trois étapes de Tirreno-Adriatico (2e du classement final) lorsqu’il gagne la Primavera.

L’an dernier, la victoire de Mark Cavendish a surpris parce qu’on ne pensait pas le Britannique capable de suivre le rythme sur 300 kilomètres, mais on le savait supérieur au sprint, d’autant qu’il venait de gagner la dernière étape de la Course des deux mers, à San Benedetto del Tronto. Le favori de beaucoup s’appelait Bennati, pas victorieux sur Tirreno mais trois fois dans les 4 premiers.

Et même en 2008, la victoire de Cancellara était plus ou moins attendue. Aucun sprinter ne semblait sortir du lot à l’époque, alors que les puncheurs semblaient nombreux en grande forme, à commencer par le Suisse, vainqueur de l’Eroica et de Tirreno-Adriatico les deux semaines précédentes. Résultat, Cancellara fait un incroyable triplé, au terme d’une course largement dominée par les puncheurs.

Le flou le plus total

Cette année… On a perdu tous nos repères. L’an dernier, Mark Cavendish marchait sur l’eau. Le Britannique n’a toujours pas gagné en 2010, la faut à des problèmes de poids, semble-t-il. Invisible sur la Course des deux mers, il n’a même pas pu s’exprimer sur la dernière étape, contrairement à l’an passé, victime d’une chute dans le final. Il arrive donc sur la Primavera dans l’inconnue la plus totale, autant sur ses qualités intrinsèques que sur sa capacité à tenir le coup sur près de 300 bornes.

Derrière, tout le monde tire la couverture à soi sans parvenir à s’affirmer. Sur Tirreno-Adriatico, on a eu trois sprints, pour trois vainqueurs différents : Boonen, Bennati et Boasson Hagen. Le problème, c’est qu’aucun n’a confirmé sur les sprints qu’il n’a pas remporté. Troisième de l’étape remportée par Boonen, Bennati n’a pas participé au sprint du dernier jour, gagné par Boasson Hagen. 8e le jour de la victoire de l’Italien, le Norvégien n’a lui non plus pas participé lorsque Boonen s’est imposé au sprint. Quant à ce dernier, il n’a sprinté que le jour où il a gagné !

Derrière ces trois vainqueurs, le plus régulier aura finalement peut-être été Alessandro Petacchi, deux fois dauphin, de Bennati puis de Boasson Hagen, malgré une mauvaise chute avant la Course des deux mers. Déjà vainqueur en 2005 donc, l’italien rêve d’un merveilleux doublé sur la Primavera. Mais s’il est diminué physiquement, ce sera très dur de tenir le coup dans les capi de la fin de course, avec 270 kilomètres dans les jambes. Pour le reste, Farrar, Davis, Hushovd ont été transparent, et McEwen ne sera pas aligné samedi par Katusha,

Ailleurs, sur Paris-Nice, le constat est identique. Attendu comme le cador à battre sur les emballages finaux, Greipel a été invisible. Bonnet, Lorenzetto et Henderson, les plus en vue sur la Course au soleil, ne sont que des seconds couteaux. Une victoire de l’un d’entre eux sur Milan-Sanremo serait une immense surprise. Et Greipel, qui avait une occasion en or de piquer le leadership à Cavendish chez HTC-Columbia, n’a pas su saisir l’opportunité.

La place pour une surprise ?

Reste que Lorenzetto ou Bonnet, eux, ont montré leur forme et leur capacité à passer les bosses, et pourraient pourquoi pas tirer leur épingle du jeu. Quand, comme c’est le cas aujourd’hui, personne ne sort du lot, on n’a pas de favori mais une liste d’outsiders qui s’allonge. Certes, les Boonen, Bennati, Petacchi, Boasson Hagen sont supérieurs sur le papier à beaucoup d’autres, mais ils n’ont pas montré de réelle régularité ces derniers jours. Alors pourquoi pas la victoire d’un second couteau sur le Lungomare de Sanremo ?

Le problème, c’est la course en elle-même. Comme Eddy Merckx l’a souvent dit, sa difficulté, c’est son apparente facilité. Certes, le Poggio et la Cipressa, les deux capi qui font chaque année la différence – ou pas – dans le final de Milan-Sanremo, sont deux bosselettes de rien du tout, à peine plus que des faux plats montants. Oui, mais des bosselettes qui interviennent après 280 kilomètres de course. Ce qui les rend… terribles, à condition d’être exploitées par les attaquants. Du coup, il n’y a presque jamais la place pour une surprise. Quand les puncheurs gagnent, il s’agit bien évidemment des meilleurs. Et quand les sprinters se disputent la victoire, il n’y a jamais d’intrus : Petacchi, Freire, Zabel, Cavendish, Cipollini, … Aucune raison, a priori, que cela change cette année.

Photo : Team Sky


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