Un maillot vert dans la tourmente

Par Baptiste Bouthier
Mercredi 28 juillet 2010 - 15:00
Giro 2004, Vuelta 2005 et désormais, Tour 2010 : Alessandro Petacchi compte depuis dimanche les classements par points des trois grands tours à son palmarès. L’Italien, âgé de 36 ans, a conquis le plus difficile des trois, celui du maillot vert, alors que ne l’attendait plus trop, lui dont la carrière est plutôt derrière lui. Mais justement, Ale Jet a fait vœu cette saison de montrer qu’il n’était pas un sprinter en déclin comme d’autres de sa génération : il est le seul à avoir battu Cavendish sur ce Tour 2010. Problème : alors qu’il vit une deuxième jeunesse, le sprinter de la Lampre est rattrapé par plusieurs affaires de dopage. Une tare qui n’est pas nouvelle chez lui…
2010, le retour en grâce
Encore solide en 2006 et 2007, Alessandro Petacchi avait connu deux saison 2008 et 2009 décevantes, où l’on sentait la période de déclin s’installer, fort logiquement, à 32 ans passés. Mais cette année, le sprinter de la Lampre était bien décidé à tordre le cou à cette idée. Non, il n’est pas comme Robbie McEwen ou, en son temps, Erik Zabel, à faire la saison de trop. Dès le début de l’année, Ale Jet a fait forte impression en remportant les quatre premiers sprints auxquels il a pu participer : deux étapes du Tour de Reggio Calabria, le GP des côtes étrusques et une étape du Tour de Sardaigne. Une série glorieuse qui le replaçait in extremis parmi les favoris de Milan-Sanremo. Hélas, Ale Jet se troua d’abord sur Tirreno-Adriatico, avant de prendre la troisième place de la Primavera, battu par un Oscar Freire encore plus fort que lui dans la jeunesse retrouvée.
Un échec qui va marquer l’Italien. Sur le Giro, il va se montrer incapable de sprinter à son meilleur niveau, pas aidé en cela par une sale bronchite. Il finit par mettre pied à terre dès la fin de la première semaine, par la petite porte. Ale Jet est-il fini ? Ses succès du début de saison, sur des courses de seconde zone, étaient-ils un trompe-l’œil ? Lui reste persuadé du contraire. Sur le Tour de Suisse, il revient se faire la cerise. Il remporte la quatrième étape, en survivant à la chute générale provoquée par Haussler et Cavendish. Sur le coup, il reconnaît qu’il n’aurait pas gagné sans l’incident, mais assure être presque à son meilleur niveau. Difficile, néanmoins, de donner du crédit à ce genre de victoire.
Pourtant, trois semaines plus tard, il remporte une étape du Tour dans les mêmes conditions ou presque : il survit à la chute collective de Bruxelles et règle un groupe de vingt coureurs, dont quelques sprinters quand même. Toujours pareil : quel crédit accorder à son succès ? C’est quand même son premier succès sur la route du Tour depuis sept ans. Et cette fois, surtout, l’Italien enrage. Il l’assure : il aurait gagné, chute ou pas. Trois jours plus tard, il le démontre sur le terrain, en s’imposant à Reims, cette fois-ci le plus proprement possible, devant un peloton entier. La suite de la grande boucle sera plus difficile, avec le réveil de Mark Cavendish ; mais Ale Jet va continuer à assurer, terminant régulièrement deuxième ou dans les cinq premiers, pour finir par conquérir le maillot vert.
Bientôt rattrapé par les affaires ?
Une consécration tardive pour l’Italien, qui n’avait plus mis les pieds sur le Tour de France depuis 2004. Mais une juste récompense pour sa longévité, lui qui a commencé à gagner sur les grands tours en 2000, et qui a remporté au total 21 étapes du Giro, 19 de la Vuelta et six du Tour. Voilà pour le bon côté de la médaille. De l’autre, on retrouve son contrôle non-négatif au salbutamol sur le Giro 2007, qui lui vaut un an de suspension entre août 2007 et août 2008. Un an seulement, car le CONI retient en circonstance atténuante le fait que Petacchi utilise ce médicament dans un traitement thérapeutique contre l’asthme.
Cette affaire est maintenant passée, mais une autre pourrait resurgir. Déjà, en avril, son domicile est perquisitionné dans le cadre d’une descente de la police de Padoue. Les policiers en ressortent sans rien, mais ils ont dans le même temps fouillé le domicile de Lorenzo Bernucci, qui a disparu de toute compétition cycliste depuis. Surtout, en début de Tour, Alessandro Petacchi s’est vu signifier l’ouverture d’une enquête à son encontre par le parquet de Padoue, pour « utilisation de substances illicites et pratiques interdites ». L’enquête n’en est qu’à son début, mais l’étau semble se resserrer autour d’Ale Jet, car cette fois-ci, il n’est pas un parmi tant d’autres dans une affaire de grande envergure : il est le seul inculpé. La vie en vert pourrait être de courte durée.
Photo : flick






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