Trofeo Laigueglia, sérieux révélateur

Par Alexandre Philippon
Samedi 20 février 2010 - 9:00
Le Trofeo Laigueglia est la première course sérieuse de la saison italienne. En Calabre puis sur les Côtes Etrusques, le peloton transalpin a déjà fait tourner les jambes, mais en vue de nombreux sprints. Désormais, place aux puncheurs, qui pour la plupart s’alignent en Ligurie pour se tester en vue de Tirreno-Adriatico, dont le parcours 2010 leur siéra à merveille. Une véritable revue d’effectif avant mars, pour une course qui a toujours été une sacré référence pour la suite des opérations : il est rare que le lauréat de cette épreuve de Laigueglia – si tant est qu’il soit courue sur un rythme sélectif – ne fasse pas, ensuite, une grande saison.
En 1993, un jeune Américain gagnait en Italie sa première course de haut-niveau, avant de devenir champion du monde quelques mois plus tard, à la surprise générale. Oui, Lance Armstrong a inscrit son nom au palmarès du Trofeo Laigueglia. Mais il est loin d’être le seul cador à avoir gagné ici dans les 20 dernières années. Ils sont nombreux à être venu prendre de la confiance sur les petites bosses voisines de la Côte d’Azur. En 1995, Johann Museeuw s’impose et un mois et demi plus tard, triomphe sur le Tour des Flandres. L’année suivante, Franck Vandenbroucke y récolte l’un de ses 14 bouquets de la saison, l’une des plus prolifiques de sa carrière. En 1999, Paolo Savoldelli y connait le déclic, l’année où il va surprendre son monde sur le Tour d’Italie, terminant deuxième de l’épreuve. En 2002, Danilo di Luca gagne à Laigueglia avant de terminer Tirreno-Adriatico à la deuxième place. Il manque le doublé de peu mais douze mois plus tard, l’alors très jeune Filippo Pozzato y parvient. En 2005, Kim Kirchen décroche la palme et confirme très vite à Chiasso, avant d’être l’un des hommes forts dans les Ardennes, où il se classe 2e de la Flèche Wallonne. Et en 2006, c’est Alessandro Ballan qui lui succède avant de monter sur son premier podium de Paris-Roubaix.
Mikhail Ignatiev en 2007, Luca Paolini en 2008, Francesco Ginanni en 2009. Le palmarès récent du Laigueglia est tout de même moins reluisant que d’ordinaire. Mais l’épreuve reste dominée par des éléments de qualité. Elle est de plus en plus ouverte car le dernier sommet de la journée se situe maintenant à 30 kilomètres du but. L’an passé, le succès s’était joué au sprint, dans un petit groupe, Ginanni parvenant tout de même à devancer Filippo Pozzato, ce qui n’est pas rien. Mais samedi, le plateau sera un peu maigre et l’on pourrait à nouveau voir un cycliste pas forcément ambitieux pour les échéances du printemps lever les bras. De quoi révéler un coureur, comme l’épreuve a su si bien le faire par le passé. Une équipe comme Liquigas va offrir des responsabilités à des seconds couteaux, se déplaçant sans ses leaders. Mauro Finetto et Peter Sagan, très en vue sur le Tour Down Under, aborderont ainsi ce rendez-vous avec envie, tout comme Francesco Masciarelli chez Acqua e Sapone, qui vient de se montrer à l’aise sur le Tour Med en gagnant au Mont Faron. On tient donc quelques coureurs de très bon niveau, mais rarement protégés, qui auront ici l’occasion de se montrer efficaces.
D’autres hommes, plus âgés, auront pour objectif de faire valoir leur expérience, comme Paolo Tiralongo chez Astana – bon troisième en 2005 derrière Kirchen et Pellizotti -, mais également Gianpaolo Caruso pour l’équipe Ceramica Flaminia, ou Daniele Pietropolli, qui pourrait jouer la gagne chez Lampre. Si Alessandro Petacchi ne parvient pas à négocier les bosses, ce qui est tout à fait envisageable, le dauphin de Luca Paolini – lui aussi présent – en 2008 pourrait sprinter pour inscrire son nom au palmarès. Car oui, il faudra de la vitesse si personne ne parvient à s’extirper du groupe des meilleurs qui risque de se constituer avec les trois ascensions du Passo di Ginestro, du Stellanello, et de la Cima Paravenna. Certains coureurs auront beau avoir de bonnes jambes, et le soutien de leur équipe, s’ils n’ont pas le finish adéquat, ils ne pourront pas l’emporter. Et si Pietropolli a le profil, d’autres l’ont aussi s’ils parviennent à tenir. Il y aura le confirmé Luca Mazzanti (Katusha), Enrico Rossi (Acqua & Sapone), Giovanni Visconti (ISD) s’il a retrouvé ses sensations, et pourquoi pas Samuel Dumoulin (Cofidis), récent vainqueur de l’Etoile de Bessèges (confirmation à confirmer néanmoins). Il serait le premier coureur français depuis Pascal Chanteur en 1998 à gagner en Ligurie.
Cofidis n’est d’ailleurs pas la seule équipe française au départ, puisqu’il y aura également AG2R-La Mondiale qui se présentera au départ avec Alexander Efimkin et Cyril Dessel, ainsi que Bbox-Bouygues Telecom qui prévoit d’aligner William Bonnet, dont la vélocité peut faire mouche, et aussi Française des Jeux, qui peut attendre un bon comportement d’Olivier Bonnaire. Mais aller s’imposer en costaud face aux Italiens serait vraiment grand, car tous ces habitués de ce type d’épreuve savent comment s’y prendre. C’est le cas notamment d’une formation Androni qui s’annonce comme, collectivement, la plus solide. Le meilleur pour la fin ? Gianni Savio a inscrit sur son roster plusieurs coureurs capables de s’imposer, dont le tenant du titre Francesco Ginanni, qui chercheront donc à faire coup double, mais aussi Michele Scarponi, qui vise Tirreno-Adriatico en mars, Leonardo Bertagnolli, et dispose d’une alternative sprint avec Alberto Loddo. Mais puisqu’il y a Alessandro Petacchi au départ, il vaudrait mieux durcir la course pour éviter de lui servir la victoire sur un plateau. C’est pourquoi on ne devrait pas assister à un sprint massif cette année, mais plutôt à une bagarre dans un wagon d’une dizaine d’éléments.

crédit photo : lampre & bettini






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