Tour d’Italie #20 : Tschopp, la prime au courage

Par Baptiste Bouthier
Samedi 29 mai 2010 - 18:05
Johann Tschopp a remporté la plus grande victoire – la deuxième seulement – de sa carrière en s’imposant au sommet du Passo del Tonale, samedi, à l’occasion de la vingtième étape du Tour d’Italie. Le Suisse, échappé depuis le début de la journée, est parvenu à résister au retour tardif des favoris dans la montée finale. Le coureur de la Bbox Bouygues Telecom, qui a construit son succès dans la descente du Passo di Gavia, devance Cadel Evans et Ivan Basso. Mais les favoris ont déçu, sur cette étape pourtant spectaculaire : ils ne se sont décidés à bouger qu’à quatre kilomètres de l’arrivée, en dehors de Carlos Sastre et d’Alexandre Vinokourov, courageux attaquants de la première heure non récompensés.
Une échappée royale
Dans le premier col de la journée, le très long Forcola di Livigno, une échappée de fort belle facture se forme, suite à plusieurs attaques isolées. Ils sont une grosse vingtaine à se retrouver à l’avant, dont des gros bonnets : Damiano Cunego, Alexandre Vinokourov, Carlos Sastre, Marco Pinotti, David Moncoutié, Gilberto Simoni, pour ne citer qu’eux. Ils sont quelques-un à décrocher, et ils sont au final quatorze à basculer groupés dans la descente : Laurent Didier (Saxo Bank), Pieter Weening (Rabobank), Marco Pinotti (HTC-Columbia), Matthew Lloyd (Omega Pharma), David Moncoutié (Cofidis), Gilberto Simoni (Lampre), Marcel Wyss, Carlos Sastre (Cervélo), Stefano Pirazzi (Colnago-CSF), Johann Tschopp, Thomas Voeckler (Bbox Bouygues Telecom), Xabier Zandio (Caisse d’Epargne), José Serpa (Androni Giocattoli), Hubert Dupont (AG2R La Mondiale).
Très vite, la route remonte, et on reste à très haute altitude, avec, coup sur coup, le Passi di Eira et le Passo di Foscagno. Sur le premier, Lloyd passe en tête, comme sur le Forcola di Livigno, et l’Australien récupère virtuellement le maillot vert, qu’il ne porte que parce qu’Ivan Basso est déjà revêtu de rose. C’est le moment que Pirazzi choisit pour partir seul, laissant les treize autres à une cinquantaine de secondes. Derrière, le peloton n’est pas loin, car les Liquigas veillent au grain. Et au sommet du Passo di Foscagno, le groupe maillot rose passe avec 1’45″ de retard sur l’homme de tête.
Le Gavia sans images
Ce début d’étape avait tout pour déplaire aux coureurs : il fait froid, il pleut, et on est à très haute altitude. Beaucoup ont d’ailleurs renoncés dans ces cent premiers kilomètres, dont quelques cadors, tels Xavier Tondo et Stefano Garzelli, mais aussi le sprinter français William Bonnet, décevant sur ce Giro. Au bas de la descente, Pirazzi, plus courageux que les sus-cités, possède 1’10″ sur le groupe des poursuivants, et deux minutes sur le peloton. Mais le voilà à Bormio, c’est-à-dire au pied du Passo di Gavia, Cima Coppi de ce Tour d’Italie, interminable col de 25 kilomètres.
Au pied du col, certains membres du groupe de poursuivants semblent se décourager, à l’inverse de Pirazzi. Ils ne sont rapidement plus que sept à poursuivre la chasse derrière le coureur de la Colnago-CSF : Vinokourov, Tschopp, Sastre, Lloyd, Simoni, Pinotti et Moncoutié. A mi-pente, Pirazzi est repris, et Simoni passe en tête au sprint intermédiaire, placé treize kilomètres avant le sommet. C’est Vinokourov qui fait le forcing, même s’il ne parvient pas à creuser l’écart sur le peloton, grosso modo à 1’30″. Mais tout ceci se passe à l’abri des caméras de télévision : en raison des conditions météorologiques (froid, pluie, et beaucoup de neige sur les pentes du col), les images des motos ne passent pas.
Les purs grimpeurs se montrent
C’est le moment que choisissent deux purs grimpeurs, jusqu’ici totalement transparents sur ce Tour d’Italie, pour passer à l’offensive : Gilberto Simoni et David Moncoutié. L’Italien, qui prend sa retraite dimanche soir, et le Français, qui n’aura pas su briller sur les nombreux cols de ce Giro, lâchent le reste de l’échappée à la pédale, dans les pentes les plus difficiles du Passo di Gavia. Ils sont finalement repris, mais Simoni attaque à nouveau, au milieu de murs de neige, alors que les images sont revenues, suivi cette fois par le seul Tschopp. A l’inverse, Moncoutié est lui repris par le peloton, toujours pas loin, derrière, autour de la minute. Au sommet, Tschopp bat au terme d’un sprint acharné Simoni, et emporte les trente points de la Cima Coppi, insuffisant pour priver Matthew Lloyd du maillot vert. Le peloton passe 1’04″ plus tard.
La descente est dangereuse : étroite, glissante, sinueuse. Tschopp y sème Simoni sans problème. Righi et Karpets tentent d’en faire de même en sortant du peloton. Nibali y ouvre la voie, sans montrer toute l’étendue de ses qualités rouleurs. Du coup, le Suisse de la Bbox Bouygues Telecom creuse l’écart et aborde la montée finale du Passo del Tonale avec plus d’une minute et trente secodnes sur Vinokourov, Righi et Karpets, qui ont dépassé Simoni, et 2’15″ sur Basso et compagnie.
Le baroud d’honneur d’Evans
Parmi la vingtaine de coureurs qui compose le groupe Basso, aucun des premiers du général ne manque à l’appel, et on sent que ça ne risque pas de beaucoup bouger jusqu’au sommet, ce col étant somme toute peu difficile. Le trio Karpets-Righi-Vinokourov perd lui du temps sur Tschopp, ce qui décide le Kazakh de passer à l’attaque. A cinq kilomètres de l’arrivée, Tschopp devance Vino et Righi, qui est revenu dans la roue du coureur d’Astana, de 48 secondes ; et le peloton Basso de 1’40″. Bref, c’est bien parti pour le Suisse, d’autant que personne n’a bougé d’une oreille parmi les favoris.
A quatre kilomètres du sommet, Cadel Evans casse la léthargie du peloton en attaquant. Nibali, Basso, Arroyo, Kyrienka et Scarponi réagissent, sans pouvoir rattraper le champion du monde, qui porte le maillot rouge du classement par points, et qui rejoint puis dépasse Vinokourov et Righi. Scarponi attaque à son tour, et seuls les deux leaders de la Liquigas peuvent suivre, reformant le tiercé gagnant de vendredi. Plus bas, Mollema et Gadret ont rejoint Kyrienka, Scarponi et Arroyo. Nibali est rapidement lâché par Scarponi et Basso, qui s’accroche tant bien que mal à la roue du coureur d’Androni Giocattoli.
Tschopp, de justesse
Le coureur de la Bboc Bouygues Telecom aura finalement eu chaud, alors que sa victoire semblait assurée à cinq kilomètres du sommet. Le Suisse remporte néanmoins son étape, mais Evans vient mourir à seize secondes sur la ligne. Basso prend la troisième place et prive donc Scarponi des bonifications qui l’auraient fait revenir un peu plus près de Nibali au classement général. Arroyo est cinquème, juste devant Nibali, qu’il devrait donc tenir en respect jusqu’au bout pour la deuxième place de ce Tour d’Italie 2010. Gadret, septième, est toujours là : le coureur de l’équipe AG2R La Mondiale devrait terminer treizième et premier Français de ce Giro, et son coéquipier Hubert Dupont, vingtième.

1.
Johann Tschopp (Bbox Bouygues Telecom)
2.
Cadel Evans (BMC) +0’16″
3.
Ivan Basso (Liquigas) +0’25″
4.
Michele Scarponi (Androni Giocatolli) m.t.
5.
David Arroyo (Caisse d’Epargne) +0’41″
6.
Vincenzo Nibali (Liquigas) +0’43″
7.
John Gadret (AG2R La Mondiale) +0’48″
8.
Bauke Mollema (Rabobank) +0’50″
9.
Daniele Righi (Lampre) +0’57
10.
Vasili Kiryienka (Caisse d’Epargne) +1’02″
___________________________
11.
Alexandre Vinokourov (Astana) +1’26″
12.
Thomas Voeckler (Bbox Bouygues Telecom) +1’39″
13.
Damiano Cunego (Lampre) m.t.
16.
Robert Kiserlovski (Liquigas) m.t.
17.
Marco Pinotti (HTC-Columbia) m.t.
19.
Richie Porte (Saxo Bank) +1’42″
27.
Carlos Sastre (Cervélo) +3’40″
DNF.
Stefano Garzelli (Acqua e Sapone)

1.
Ivan Basso (Liquigas)
2.
David Arroyo (Caisse d’Epargne) +1’15″
3.
Vincenzo Nibali (Liquigas) +2’56″
4.
Michele Scarponi (Androni Giocatolli) +2’57″
5.
Cadel Evans (BMC) +3’47″
6.
Richie Porte (Saxo Bank) +7’25″
7.
Alexandre Vinokourov (Astana) +7’31″
8.
Carlos Sastre (Cervélo) +8’55″
9.
Robert Kiserlovski (Liquigas) +14’06″
10.
Marco Pinotti (HTC-Columbia) +15’00″
___________________________
11.
Damiano Cunego (Lampre) +16’45″
12.
Bauke Mollema (Rabobank) +19’09″
13.
John Gadret (AG2R La Mondiale) +22’28″
20.
Hubert Dupont (AG2R La Mondiale) +44’43″
Photo : Team Sky







