Tour de France : le bilan équipe par équipe

Par Alexandre Philippon
Mercredi 28 juillet 2010 - 10:00
Trois jours après la fin du Tour de France, c’est l’heure des bilans : Velochrono revient sur la Grande Boucle de chacune des 22 équipes qui étaient présentes au départ de Rotterdam.
Radio Shack : le Tour sans Armstrong
L’adjectif « paradoxal » semble être celui qui qualifie le mieux le Tour 2010 de Radio Shack. Attendu comme l’outsider numéro un de cette course, Lance Armstrong a très vite montré ses limites en direction de Morzine-Avoriaz. Régroupée autour des Andreas Kloden, Janez Brajkovic ou Levi Leipheimer, autant de solutions de rechange en cas de contre-performance effective du « Boss », l’équipe dirigée par Johan Bruyneel est apparue vieillissante et s’en est finalement remise à un équipier modèle – et pourtant lui aussi âgé -, Christopher Horner, pour tout de même prendre place dans le top 10. La victoire de Sergio Paulhino à Gap est venue embellir un tableau final en demi-teinte, tout comme le succès au classement par équipe, qui permet de sauver les meubles médiatiquement, mais qui n’est guère d’autre qu’un lot de consolation.
Footon : encourageant
Equipe la moins bien pourvue au départ de Rotterdam – que des néophytes -, la formation dirigée par Matxin Fernandez a su faire avec les moyens du bord pour tenter de réussir ce qu’elle pouvait espérer de mieux, à savoir se montrer la plus offensive possible. Rafael Valls, deuxième aux Rousses, et José Alberto Benitez ont tous deux manqués d’un poil de fraîcheur pour rafler ma mise. Les deux Espagnols, ainsi que l’Italien Eros Capecchi, n’ont malheureusement guère été imités par le reste de l’effectif, qui a manqué de repères et, il est vrai, aussi de qualité.
Rabobank : deux atouts qui font mouche
Très inconstant sur la Grande Boucle depuis ses débuts en 2003, Denis Menchov a cette année su en garder sous la pédale pour prendre in extremis le dessus sur Samuel Sanchez, lors du contre-la-montre entre Bordeaux et Pauillac. La joie collective de monter sur le podium se double d’une autre satisfaction, celle d’avoir vu Robert Gesink évoluer à son meilleur niveau (6eme au final), celui d’un sérieux prétendant au podium dans un avenir proche. Erik Breukink avait donc des raisons de sourire, dimanche, sur les Champs Elysées. Dommage que l’absence de victoire d’étape, et l’effacement du triple champion du Monde, Oscar Freire, dans les sprints, viennent mettent un peu d’ombre sur un bilan général somme toute très positif.
AG2R : la récompense via Riblon
Sans vrai leader au départ de Rotterdam, comme la majorité des équipes françaises, la formation de Vincent Lavenu est néanmoins parvenue à peser sur la course. Nicolas Roche, 15eme, a une nouvelle fois fait preuve d’une faculté de récupération intéressante. Si la cohabitation et la répartition du leadership avec John Gadret, premier français de ce Tour 2010, fût parfois source de conflit, le feu d’artifice offert par Christophe Riblon du côté d’Ax 3 Domaines occulte très largement ces quelques soucis internes et de toute manière mineurs. Le bon comportement de Lloyd Mondory ou de Dimitri Champion sont également à souligner.
Garmin : Hesjedal prend le relai
Le Tour avait une nouvelle fois mal débuté pour la formation américaine, essuyant deux coups durs lors de l’étape de Spa : l’abandon de son leader Christian Van De Velde et la blessure de son sprinter Tyler Farrar. Ce fut alors le moment pour le Canadien Ryder Hesjedal de se révéler sur les pavés en direction d’Arenberg. Régulier, il contiendra les poursuivants et réalisera une superbe étape au Tourmalet, devançant nombre d’outsiders pour finir à une inespérée 7ème place sur les Champs Elysées. Prestation honorable pour l’autre joker Julian Dean qui sera le principal adversaire de Cavendish au sprint sur la fin de Tour.
FDJ : Casar sauve l’honneur
Échec total pour Christophe Le Mevel qui est passé à coté de son Tour, ainsi que pour Rémy Di Gregorio, totalement inexistant. Ils ne seront pas les seuls : le pari de la jeunesse tenté par Marc Madiot à Rotterdam n’aura pas fonctionné. Seul Sandy Casar, victorieux à St Jean de Maurienne, a montré qu’il était une valeur sure. Il manquera toutefois le doublé sur les routes de Pau.
Milram : un Tour à oublier
Déception pour l’équipe allemande, pourtant en recherche de sponsor pour 2011. Aucun résultat marquant des polyvalents Linus Gerdemann et Thomas Rohregger. Les baroudeurs ont également été bien discrets et Gerald Ciolek aura été dépassé sur les sprints massifs. La formation dirigée par Gerry van Gerwen termine bonne dernière du classement par équipe. Peut être certains coureurs avaient-ils la tête ailleurs ?
Liquigas : les jeunes à la rescousse
Ce n’est pas tous les jours le Giro pour la formation de Roberto Amadio : Ivan Basso a progressivement sombré – malade en 3e semaine – à l’image de tous les coureurs qui ont doublé Giro-Tour. Roman Kreuziger prend toutefois une honorable 9ème place comme en 2009 mais sans avoir pesé une seule fois sur la course. Les baroudeurs ont dans l’ensemble bien déçu, excepté le prometteur Daniel Oss qui a eu le mérite de se montrer.
Euskaltel : Sanchez, et puis c’est tout
Ils sont d’ordinaire hyper motivés pour se glisser dans les échappées et briguer des succès d’étape. Et bien cette année, cela n’a pas été le cas. Le Tour de France des Euskaltel a été presque exclusivement concentré sur Samuel Sanchez. Le champion olympique s’en sort avec une très belle 4e place générale. Il lui manque juste une victoire, mais l’Asturien ne pouvait pas combattre sur tous les fronts et combler la discrétion de ses coéquipiers. Egoi Martinez, par exemple, a été beaucoup moins en vue qu’il y a douze mois.
Cervélo : avec les moyens du bord
Un Tour de France particulier : la formation suisse était venue sans réelles certitudes, avec un Carlos Sastre un peu rouillé et un Thor Hushovd en manque de repères après une fracture de la clavicule. Et devait essuyer l’absence d’Heinrich Haussler, blessé, et Xavier Florencio, privé de départ. Finalement, les deux leaders auront fait une belle course. L’Espagnol a été l’un des animateurs des Pyrénées, et le Norvégien de la lutte pour le maillot vert, remportant l’étape d’Arenberg. À noter également l’excellente fin d’épreuve d’Ignatas Konovalovas.
BMC : tout dépendait d’Evans
Jusqu’à la première journée de repos, tout allait pour le mieux. Cadel Evans venait de prendre le maillot jaune et était en position favorable pour jouer un podium. Mais il avait le coude cassé : progressivement, il rentre dans le rang, perdant sa tunique après une seule journée de port et sombrant au classement général. Principal protagoniste de son équipe, sa prestation laisse un gout d’inachevé mais pour le premier Tour de France de la structure d’Andy Rihs, il ne faut pas faire la fine bouche. À revoir, certainement, en 2011.
Cofidis : un peu cramés
Il a manqué un peu de chance. Être présents dans les échappées qui vont au bout, et aussi disposer de coureurs au top de leur forme. Samuel Dumoulin était fatigué, Rein Taaramae aussi. Les Cofidis, intenables en début de saison, n’en avaient pas gardé assez sous la pédale pour juillet. Résultat : c’est la seule formation hexagonale à ne pas avoir gagné d’étape. Au rang des satisfactions, le bon premier Tour de Julien El-Farès, l’offensivité de Remi Pauriol en troisième semaine et l’excellente entame de Damien Monier. Qu’ils arrivent tous à 100% en juillet 2011 et la donne pourrait être toute autre.
Lampre : c’était tout pour Petacchi, et ça a marché
Au départ de Rotterdam, la Lampre regorgeait de coureurs de plaine, avec pas moins de 5 spécialistes du sprint, Grega Bole, Mirco Lorenzetto, Francesco Gavazzi, Danilo Hondo et leur leader, Alessandro Petacchi. Bien leur en a pris, puisque Ale-Jet s’est offert deux étapes en première semaine et a ramené le maillot vert à Paris. On ajoute à cela l’omniprésence – non-récompensée – de Damiano Cunego dans les échappées en montagne, et cela fait un Tour de France très satisfaisant pour la formation de Giuseppe Saronni.
Bbox : le Tour parfait
L’ambition au départ de Rotterdam était claire : se montrer et remporter des étapes. Mission remplie à 100%. Thomas Voeckler l’emporte avec le maillot de champion de France et Pierrick Fedrigo gagne le lendemain en alignant Lance Armstrong, entre autres. Cerise sur le gâteau, Anthony Charteau rapporte le maillot à pois à Paris après une bagarre de tous les instants dans les Alpes et les Pyrénées. Autre satisfaction, Sébastien Turgot, régulièrement dans les 10 sur les sprints massifs. Seul Pierre Rolland, victime d’un jour sans dans les Alpes, n’aura pu améliorer sa 22e place de l’an dernier. A 23 ans, il a l’avenir devant lui.
Quick Step : la vie sans Boonen
Boonen blessé au Tour de Suisse, Quick Step s’est présenté sans sprinteur, et sans véritable leader. Et c’est tant mieux ! L’équipe belge a dynamité la course. Le duo Chavanel-Pineau pendant la première semaine, avec deux étapes et deux fois le maillot jaune pour le premier, tandis que le second s’est longtemps battu pour le maillot à pois. Carlos Barredo a lui retrouvé de très bonnes jambes en troisième semaine après sa malheureuse altercation avec Rui Costa en début de Tour. Mention bien également à Kevin De Weert, 19e et deuxième belge dans le top 20 de ce Tour.
Sky : une faillite totale
Que retenir de positif sur ce Tour pour les hommes de Dave Brailsford ? Pas grand-chose. Bradley Wiggins est loin de sa quatrième place de l’an dernier et n’a jamais pesé sur la course. Edvald Boasson Hagen – rarement lancé de manière optimale – n’a pu faire mieux que 3e à Montargis et à Reims. Fort d’un des plus gros budgets du peloton et de méthodes annoncées à la pointe, l’équipe était pleine d’ambitions. Elle repart avec pour seules satisfaction la 17e place de Thomas Lövkvist au général et la bonne première semaine de Geraint Thomas. C’est bien maigre.
Omega Pharma : Van den Broeck, l’espoir des Belges
Après le départ de Cadel Evans l’an dernier, on se posait des questions sur l’avenir de l’équipe sur les Grands Tours. Et bien la réponse fut cinglante, avec un excellent Jurgen Van Den Broeck pour son premier top 5 dans une épreuve de trois semaines. Plus des équipiers qui l’ont parfaitement entouré, un Mario Aerts retrouvé, récompensé deux fois du titre de plus combatif du jour et un Jurgen Roelandts qui a très bien fini ce Tour. Un seul bémol : Matthew Lloyd qui roule devant dans la descente du col de Peyresourde alors que van Den Broeck tentait de recoller. Dommage, un gros coup était jouable ce jour-là.
Caisse d’Epargne : toujours placés, jamais gagnants
Luis Leon Sanchez onzième, Ruben Plaza douzième : la formation franco-espagnole a fait un tir groupé au classement final, qui se concrétise d’ailleurs par la deuxième place du classement par équipes. Parmi les plus en vue des attaquants en montagne, Christophe Moreau aura fait un beau dernier Tour, échouant assez près du maillot à pois. Dans les sprints, José Joaquin Rojas a joué placé mais n’a jamais semblé capable de gagner. Et au final, l’équipe repart sans victoire d’étape, tandis que le premier tour de Rui Faria da Costa a été plutôt décevant.
Astana a fait le boulot
Mission remplie pour la formation kazakhe, avec la victoire finale d’Alberto Contador, qui remporte son troisième Tour. L’équipe a été à la hauteur du défi, avec notamment l’excellent soutien de Daniel Navarro et Alexandre Vinokourov en montagne. Seul regret pour Contador, ne pas avoir gagné d’étape : une carence comblée par Vino, vainqueur à Revel. Le Kazakh était le seul à bénéficier d’un peu de liberté, tous les autres coureurs ayant été au service du Pistolero.
Saxo Bank : seul le maillot jaune manque
Bilan presque parfait pour la formation de Bjarne Riis. Il aurait été inégalable si Andy Schleck avait remporté la victoire finale. Le Luxembourgeois doit se contenter de la deuxième place, du maillot blanc et de deux victoires d’étapes. Fabian Cancellara a lui aussi gagné deux étapes : les deux chronos. Le Tour s’engageait pourtant mal avec la perte de Frank Schleck dès la 3e étape. Petite déception, néanmoins, en montagne : Fuglsang et les Sorensen n’ont pas été aussi forts qu’espéré.
Cavendish a phagocyté HTC-Columbia
Avec ses cinq sprints victorieux, Mark Cavendish comble l’équipe étasunienne, qui avait tout axé autour de lui. Même Michael Rogers, qui était censé jouer le général, a roulé dans la plaine pour le Cav : résultat, l’Australien est bien le meilleur de son équipe à Paris, mais il n’est que 37e. Kanstantsin Siutsou s’est un peu montré en montagne ; en revanche, Tony Martin n’a joué que les chronos, où il a butté sur Fabian Cancellara à chaque fois. On retiendra aussi le coup de boule de Mark Renshaw.
Katusha peut dire merci à Rodriguez
En s’imposant à Mende et en prenant la huitième place finale, Joaquin Rodriguez a sauvé le Tour de l’équipe russe. L’abandon de Vladimir Karpets dès la neuvième étape n’avait pas arrangé les choses. En montagne, l’Espagnol s’est débrouillé tout seul, avec brio. Les baroudeurs Serguei Ivanov, Alexander Kolobnev et Alexandre Pliuschin n’ont pas connu la réussite. Quant à Robbie McEwen, il a été meilleur que prévu dans les sprints, mais quand même un bon ton en dessous de Mark Cavendish et Alessandro Petacchi.
photos : radio shack – tour de turquie – AG2R – Kathy Quintelier/flickr – Garmin – Cas KS/flickr – FDJ – Euskaltel – Cervélo – Sport-phot.com – tour de sardaigne – realplastictrees/flickr – sky – erkizia/flickr – astana – dmstrom/flickr – kei-ai/flickr






#1 
Bravo à la rédaction pour ce bilan !
Bon bilan qui reflete bien ce que j’ai pu voir sur le tour !
Pour ce qui est de la quick step c’est vrai que pour vous français ll’abscence de Boonen fut appréciable vos 2 courreurs chouchoux ont pu s’illustre de très belle façon ! Mais sachez que pour nous belge on n’aurait quand même bien aimé voir Tom Boonen se battre pour un 2ème maillot vert ! Ceci dit belle performance de cette équipe ! Un grand Chavannel comme sur le tour pour accompagner Boonen sur les classiques printanières ce serait le top pour quick step !
faut pas oublier: Fabian Cancellara a incité le peloton à ne pas faire de sprint pour attendre Shleck qui avait chuté. Thor Hushovd s’est vu privé d’une excellente opportunité de remporter ce sprint qui n’a pas eu lieu.
Excellente chronique, très intéressante et juste reflet de ce que j’ai vu! Continuez!!!
Beau résumé. Complètement d’accord sur tout.