Team Sky, onze mois après les promesses

Par Alexandre Philippon
Vendredi 5 novembre 2010 - 10:47
Principale nouveauté de l’intersaison dernière, le Team Sky attisait la curiosité à l’heure de se lancer – avec des moyens faramineux – pour sa première année dans le peloton. La ligne bleue du maillot de l’équipe britannique devait symboliser la différence entre les gagnants et les perdants. « C’est une manière de voir les choses, le bien et le mal, la bonne décision ou la mauvaise, nous confiait Sylvain Calzati en janvier. Il y a vraiment une signification pour cette ligne bleue qui est notre marque de fabrique. » Près d’un an plus tard, où en est-on ?
Un départ bling bling
« Quand vous vous embarquez dans un nouveau projet, il faut toujours une période d’adaptation. » Avant le Tour Down Under, première épreuve de la saison, Dave Brailsford, manager du Team Sky, se voulait prudent. Tout l’hiver, l’ancien patron de la délégation anglaise sur piste, laquelle avait réussi une razzia de médailles aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008, avait été présenté comme un homme ambitieux et désireux de révolutionner le cyclisme. Ses méthodes si effaces sur les anneaux du monde entier devaient trouver leur application sur la route. La communication, aussi, promettait de donner un coup de fouet au sport cycliste : en attestait la présentation en grande pompe de l’effectif, dans une tour londonienne. Bref, chacun était impatient de voir ce que Sky allait vraiment donner.
Deux jours avant le démarrage du Tour Down Under a lieu chaque année la Cancer Council Classic, un critérium dans les rues d’Adélaïde qui marque le lancement officieux des opérations. Premier Chris Sutton, deuxième Gregory Henderson : avec ce retentissant doublé, Sky partait sur des bases énormes. L’Australien gagnera ensuite la dernière étape du TDU, encore à Adélaïde, et encore devant son compère. Qatar : victoire sur le chrono par équipe. Oman : double succès d’étape pour Edvald Boasson Hagen. Le Het Nieuwsblad revient ensuite à Juan Antonio Flecha, puis Gregory Henderson et Edvald Boasson Hagen lèvent les bras sur Paris-Nice et Tirreno-Adriatico. Chaque course de début de saison est une réussite pour l’armada noire-et-bleue.
Tour de France : test loupé
Puis sont venues les premières vraies échéances. EBH se blesse et manque la quasi-totalité de la campagne de classiques. Heureusement, Juan Antonio Flecha sauve les meubles en terminant 3e de Paris-Roubaix. Bradley Wiggins remporte le prologue du Tour d’Italie : la succession de performances de choix continue pour le Team Sky. Sauf que les choses vont ensuite se compliquer sur le Tour de France. L’épreuve de juillet promettait d’être le juge de paix de l’année, le moment où l’on allait voir si l’équipe britannique était à la hauteur malgré son statut de petite nouvelle (sic). Edvald Boasson Hagen, de retour au premier plan en remportant l’étape de Sallanches sur le Critérium du Dauphiné, et Bradley Wiggins, leader pour le classement général, semblaient avoir les épaules pour jouer les premiers rôles entre Rotterdam et Paris.
Au final, le seul coureur de la formation à avoir réellement réussi sa course fut Geraint Thomas. Placé en embuscade après un prologue convaincant, le Gallois réalise un gros coup sur l’étape pavée d’Arenberg pour se retrouver deuxième du classement général. Et lors de la première étape de montagne, menant aux Rousses, il bataille pour le maillot jaune. Sans succès. Suite à cela, on ne verra plus que rarement les maillots du Team Sky : Bradley Wiggins ne termine que 24e au classement général, battu par celui qui devait lui servir de lieutenant en montagne, Thomas Lovkvist, 17e. Edvald Boasson Hagen, deux fois troisième de sprints massifs en première semaine, ne parvient jamais à jouer la gagne. Bilan : aucune victoire d’étape, et comme seuls souvenirs, les quatre maillots blancs de Geraint Thomas.
Tout de même une mention bien
Revenir sur la première saison du Team Sky en se basant uniquement sur le Tour de France serait vache. Au fond, voir une structure nouvellement créée éprouver des difficultés sur la course la plus importante du calendrier n’est pas anormal : Radio Shack, par exemple, a aussi eu du mal. Nul doute qu’en 2011, notamment renforcée par la venue de coureurs aux qualités propres à l’escalade – comme Michael Rogers, Rigoberto Uran, Xavier Zandio -, la bande de Brailsford aura les moyens de faire mieux. Et tout au long de la saison, elle pourra s’appuyer sur ce qui a été son point fort en 2010 : une capacité réelle à aligner le succès, sur des courses variées.
En effet, le Team Sky a connu la victoire 22 fois cette année, et s’est trouvé beaucoup de fers de lance. Ont gagné à plus d’une reprise Edvald Boasson Hagen (6), Gregory Henderson (4), Russell Downing (3), Bradley Wiggins (2), Ben Swift (2) et Christopher Sutton (2). Tous ont les moyens de faire mieux lors du prochain exercice. Il était peut-être naïf de croire que cette équipe allait casser la baraque d’entrée, et du fait de ces attentes, l’année 2010 a pu paraître décevante aux yeux de chacun. Mais pour un galop d’essai, ce fut tout de même très honorable : Sky a gagné de belles courses, s’est fait sa place dans le peloton et va continuer de progresser.


| Ce n’était pas la course la plus mythique de l’année, mais la performance qu’y a accompli le Team Sky relevait de l’exploit : sur le Tour du Qatar, l’armada remportait le chrono par équipe dès son premier essai dans la discipline, seulement quelques jours après sa première course, le Tour Down Under. Et avec une petite marge sur les seconds ! Un résultat collectif qui a certainement fait beaucoup pour la cohésion de groupe. Pas la plus marquante victoire de l’année, mais peut-être fut-elle la plus symbolique. | 11 juillet, étape de Morzine-Avoriaz, sur le Tour de France. Bradley Wiggins, leader du Team Sky, prend un éclat : n’ayant pas accroché le bon wagon sur l’ascension finale, il termine à 1’45 » du lauréat, Andy Schleck. Jamais il ne pourra se remettre de ce premier échec, ne cessant de perdre du temps au fil des journées de montagne. 24e à Paris, Wiggo ne confirme pas sa 4e place de 2009. Une contre-performance qui va pousser l’ancien pistard et son entourage à revoir la copie pour 2011. |
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Photo : Team sky





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