Schleck, la chance ne repasse pas toujours

Par Baptiste Bouthier
Lundi 26 juillet 2010 - 15:00
Deuxième en 2009, deuxième en 2010. Dans les annales du Tour de France, Andy Schleck n’aura pas beaucoup progressé d’une année sur l’autre. Evidemment, dans les faits, ces deux places de dauphin n’ont pas du tout la même saveur, même si on l’aura oublié dans quelques années. Incapable de rivaliser avec Alberto Contador en 2009, que ce soit en montagne ou en chrono, le Luxembourgeois a cette année fait jeu égal dans les cols et perdu peu de champ contre la montre. Résultat : il échouait à plus de quatre minutes de l’Espagnol l’an dernier, il n’échoue que de 39 secondes cette année. Mais il échoue, quand même. La faute à pas de chance ? On a beaucoup discuté, un peu partout, de la malchance de Schleck sur ces trois semaines. A mieux y regarder, on voit aussi qu’il a eu du bol. Le cadet des frangins pense déjà à 2011 : mais attention aux choix qu’il fera d’ici là.
De la malchance
Bien sûr, Andy Schleck n’a pas été épargné par le sort sur ce Tour de France. Au point que certains se demandent s’il n’aurait pas pu le remporter, avec un poil de réussite en plus. L’épisode qui marque le plus, c’est bien évidemment son saut de chaîne, dans le Port de Balès, alors qu’il venait de placer une attaque violente. Ce jour-là, il aurait lâché Contador sur son démarrage. Une théorie qui résiste peu à l’analyse des images, mais qu’importe : à l’arrivée, le Luxembourgeois déraille, panique un peu, et perd 39 secondes sur l’Espagnol. Soit, à la seconde près, l’écart final au classement général. Une analogie qui frappe, même si Schleck a compris qu’il ne servait à rien d’insister sur cet épisode.
L’autre gros coup de malchance de Schleck, c’est la perte de son frère, dès la troisième étape, celle des pavés. Frank a été la seule victime notoire ce jour-là, et la Saxo Bank s’en serait bien passé. L’épisode a peut-être un peu aidé Andy, devenu du coup leader unique et sans discussion de l’équipe, lui qui avait eu tendance à faire du « jamais-sans-mon-frère » en 2009, mais il l’a aussi privé de son unique soutien en montagne l’an passé. Or la faiblesse de l’équipe du Luxembourgeois a été criante dans les cols, Jakob Fuglsang et Chris Sorensen s’y montrant très décevant.
Dernier couac pour Schleck : son adversaire, Contador. Se sachant moins fort que l’an passé, l’Espagnol a beaucoup calculé, se contentant de suivre le Luxembourgeois, lui laissant la responsabilité de la course et de l’offensive. Du coup, ce dernier n’a pas eu d’espace pour se mouvoir. Devant sans cesse provoquer la décision, il n’a jamais eu l’occasion de saisir une opportunité : c’était toujours à lui de les créer.
Et beaucoup de chance
Le problème pour Schleck, c’est qu’il a quand même eu beaucoup de chance aussi. Le niveau de Contador, justement, était donc moins élevé que l’an passé. Autrement dit, c’était peut-être l’année où le battre. Parfois, on laisse passer sa chance et elle ne repasse jamais, rappelait Laurent Fignon sur cette fin de Tour : il a raison. L’Espagnol un peu juste, le Luxembourgeois aurait sans doute gagné à attaquer plus tôt, plus fort, dans de nombreuses étapes. D’autant que le parcours était parfaitement à sa mesure, avec peu de contre-la-montres et beaucoup de montagne.
Et puis, tout le monde veut bien se souvenir de Port de Balès, mais il ne faut pas oublier Spa. Sur les routes belges, Schleck aurait du perdre le Tour. Au lieu de ça, le peloton a préféré se saborder pour l’attendre. Le Luxembourgeois peut dire un grand merci à Fabian Cancellara, alors maillot jaune, qui a sacrifié sa place de leader au général pour lui et grandement contribué à convaincre le peloton. Une dévotion que le Suisse prouvera à nouveau, le lendemain, en l’aiguillant parfaitement sur les pavés, se privant même d’une attaque et donc d’une victoire d’étape, dont il rêvait, pour les intérêts de son leader. A Spa, Schleck a compté jusqu’à quatre minutes de retard. Cela l’aurait repoussé hors du podium final.
S’améliorer, et faire les bons choix
Bref, la scoumoune d’Andy Schleck sur cette grande boucle est un mythe sur lequel il ne doit surtout pas se reposer. Plutôt que de se lamenter sur son sort, le Luxembourgeois doit réagir et bien voir ses points faibles. « Si j’avais pas eu cet incident », « si ceci », « si cela » : bien qu’il s’en défende, Schleck a beaucoup manié le conditionnel sur le ce Tour. Le Tour ne se gagne pas comme ça. Il doit travailler plusieurs points, notamment le chrono, car il a encore montré à Bordeaux qu’il était un piètre rouleur, sa perfomance étant certes encourageante mais pas encore solide. Idem en ce qui concerne l’explosivité : elle lui a coûté dix secondes à Mende, et sans doute de pouvoir distancer Contador à Ax-3-Domaines, où il a craint l’Espagnol plutôt que de le défier, alors qu’il devait lui reprendre du temps.
Mais bien évidemment, le changement capital entre 2010 et 2011 risque d’être l’équipe. Mais est-ce un bon choix ? On annonce les frères Schleck partant de la Saxo Bank, dans une équipe luxembourgeoise créée spécialement autour d’eux. Pour les entourer, les premiers noms qui circulent ne sont que des grimpeurs. Certes, la Saxo Bank n’a pas été impériale en montagne cet été, mais le Tour de l’an prochain ne sera pas le même. Schleck est un grimpeur, et si l’on ne connaît pas encore le parcours complet de 2011, on sait déjà qu’il comportera un contre-la-montre par équipes. Le genre d’exercice qui lui aurait peut-être permis de gagner la grande boucle cette année, vu la force de l’équipe danoise dans l’exercice. A l’inverse, en s’isolant dans une formation de grimpeurs, il signe déjà pour deux minutes de perdues dans l’affaire. L’hiver dernier, la formation de Bjarne Riis a déjà perdu pas mal d’éléments, faisant des Schleck les leaders uniques. Dès lors, pourquoi fuir ? On a du mal à comprendre ce qu’Andy va y gagner.
Photo : @C.Cal.Shoot – flickr






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