Ce mardi, Peter Sagan a 20 ans. Même s’il était né en avril, nous aurions parlé de lui ce 26 janvier. Car le jeune Slovaque est la révélation du Tour Down Under. Un coureur physiquement étonnant, très très précoce, déjà  assoiffé de victoires. Il faut dire qu’il a récolté beaucoup de titres chez les juniors, mais pas sur la route. C’est en VTT et cyclo cross que le gamin a fait ses gammes. Dans les sous-bois, il s’est révélé en prenant le bronze aux Europe 2007, avant de confirmer l’année suivante par le gain de l’argent aux Mondiaux. Une épreuve où il devait s’incliner face au Français Arnaud Jouffroy. En Cross-country, il ne s’est pas contenté de se placer : il a survolé sa génération. En 2008, il s’adjuge les titres continentaux et mondiaux, et tape dans l’oeil de nombreux dirigeants d’équipes routières. Il faut dire qu’il a mené de consort une saison sur l’asphalte fructueuse, gagnant le relevé Tour d’Istrie, terminant deuxième de la Course de la Paix juniors derrière le terrible Michal Kwiatkowski, qui rejoindra Caisse d’Epargne en 2011. Et le must, il monte sur le podium de Paris-Roubaix, battu par le seul Andrew Fenn, l’un des fers de lance de la nouvelle vague britannique.
Fort de ce CV bien rempli, qui en fait l’un des meilleurs juniors au monde, il aurait dû passer aux rangs espoirs, pour poursuivre son apprentissage. Mais l’équipe Dukla Trencin Merida lui offre une chance chez les pros. Il y rejoint son frère Juraj et va très rapidement s’adapter aux nouvelles exigences de ce niveau supérieur. Il ajoute son nom au palmarès du Grand Prix Kooperativa, déjà gagné par le passé par son illustre compatriote Peter Velits, et remporte sur l’ensemble de l’année trois succès. Pas mal pour un néo-pro de 19 ans … Voilà donc que la Liquigas lui fait un pont d’or et le propulse au rang de coureur Pro Tour. Sagan va débuter dès le Tour Down Under et participera donc à sa première course de haut-niveau sans avoir encore soufflé ses 20 bougies. Il ne sont que quatre dans le peloton de l’épreuve océanienne à être aussi jeunes : Thibault Pinot, Michael Matthews, Rohan Dennis et lui. Trois coureurs qui ne vont que très peu se montrer de la semaine, les deux derniers nommés apportent leur pierre l’édifice de leur équipe UniSa, dont l’idée était d’attaquer au premier kilomètre de chaque étape. Mais pour ce qui est de peser sur le final des courses, ils n’ont logiquement pas eu le métier nécessaire.
Se hasarder à une tentative lointaine et sans perspective, avec un peloton trop puissant à ses trousses, Peter Sagan l’a fait. C’était le dimanche précédent le départ de l’épreuve, sur le Cancer Council Classic, dans le centre d’Adélaïde. Un critérium sans enjeu, sur lequel Lance Armstrong va faire le show en parcourant plusieurs tours en tête, avec Oscar Pereiro, Mathieu Perget, Mickael Chérel et … notre petit (sic) Slovaque, dont les premiers efforts sous le maillot Liquigas sont donc fournis aux côtés d’un septuple vainqueur du Tour. Bien évidemment, les équipes de sprinteurs s’arrangeront pour vite boucher la fuite, et Sagan terminera sagement dans le peloton. Il fera de même sur la première étape du TDU, puis sur la deuxième. Mais son nom figurera tout de même dans les compte-rendus les plus complets. Le Slave chute dans les derniers kilomètres et sa mésaventure va causer des frayeurs au peloton. Coups de freins, le rythme est cassé et le pack est scindé. Sagan est blessé à la jambe gauche, en sang, mais plus de peur que de mal : une fois les plaies pansées, le dossard 146 pourra repartir. Mais on peut alors penser qu’il se montrera bien plus attentif les jours suivants, ne prenant aucun risque pour ne pas goûter à nouveau au bitûme.
Rien du tout. C’est un Sagan déterminé qui attaque le circuit final de Stirling le lendemain. Le peloton se sépare en plusieurs groupes et il est dans le bon wagon. Il va frotter avec les meilleurs et prend la roue de deux champions, Alejandro Valverde et Cadel Evans. C’est au quatrième rang que le Slovaque termine cette étape. Une performance énorme, mais qui demande tout de même à être répétée. Un tel classement est prometteur mais ne garantit pas la présence d’un énorme potentiel chez un coureur. Bien des jeunes cyclistes sont parvenus à se placer sur des étapes d’épreuves de ce type, surtout en début de saison. Pas le droit donc de s’enflammer : Sagan a bien couru mais doit confirmer. Et le lendemain, à Goolwa, il reste bien au chaud, loin de faire les mêmes étincelles que la veille. Puis l’étape de Willunga se profile. Avec son grand gabarit, il se destine certainement à une journée difficile, où terminer dans le peloton serait une bonne performance. A son âge on ne peut pas espérer être dans le coup sur un circuit final aussi exigeant, avec des portions à plus de 7% sur 3000 mètres. Il y a fort à parier qu’au sein même de la Liquigas, tout le monde attend un bon comportement de Mauro Finetto, et ne pense absolument pas au champion du monde juniors de VTT.
Sur la première montée de Willunga, Cadel Evans part avec Wesley Sulzberger. Les Caisse d’Epargne sont forcés de réagir, et attaquent avec Alejandro Valverde et Luis Leon Sanchez. Une offensive déroutante, menée à un rythme élevé, qui leur permet de très vite revenir dans les roues des deux australiens. Personne n’a pu suivre ? Si, un coureur plutôt imposant, vêtu de vert fluo. Trop massif pour être Finetto … On regarde le dossard … 146 ! Peter Sagan, 19 ans, première course Pro Tour. L’insolent ne craquera pas et franchira le sommet avec ses illustres compagnons de fuite. Là , cela suffit : l’exploit est assez marquant pour se laisser à aller aux superlatifs. Peter Sagan a le physique d’un Cancellara, n’a même pas 20 piges et suit deux anciens vainqueurs du Pro Tour dans le passage le plus intense de l’épreuve. Grâce à sa place du jeudi, il a marqué un petit point au classement UCI, mais en aurait glané davantage s’il n’était pas tombé la veille. En ce mois de janvier, on a peut-être découvert une nouvelle coqueluche pour le cyclisme mondial. Ses coéquipiers l’appelleraient “Rambo“. Athlétique, les cheveux ras, il a tout du combattant. Et tout d’un futur grand.
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Crédits photo : teamliquigasdoimo.com




Allez Françoise !
Super article!!!