Armstrong, l’insouciant

Par Alexandre Philippon
Lundi 6 décembre 2010 - 13:00
1993, Olso. Championnats du Monde. Une époque où ils se disputaient encore fin août, le 29 en l’occurrence. Cette journée n’est pas épargnée par les difficultés météorologiques car c’est une pluie battante qui perturbe l’avancée de la course en ligne. Un homme a anticipé les débats et dévale dans le dernier tour, sans réfléchir, prenant les précautions minimales dans les nombreux courbes du circuit urbain norvégien. Cet homme, c’est Lance Armstrong, 21 ans. Pause. Premier épisode d’une saga qui comprendra huit volets, retraçant les différents visages de l’Américain, et le premier, c’est l’insouciant.
Une saga a attrait à la légende – c’est dans le dictionnaire. Actuellement sujet à une enquête fédérale aux Etats-Unis, qui pourrait en faire le Barry Bonds du cyclisme, Lance Armstrong n’en reste pas moins le septuple vainqueur du Tour de France, premier homme à ne pas avoir buté sur la barre des cinq succès. Tricheur ou pas, il a son nom solidement inscrit dans les palmarès, et pourrait à tout jamais rester le recordman de victoires sur l’épreuve de juillet : on parlera de lui de nombreuses décennies encore. À quelques semaines de la fin de sa carrière professionnelle, qui se concrétisera sauf nouveaux rebondissements sur le Tour Down Under, retracer sa carrière apparaît comme inévitable, mais c’est aussi un exercice particulier. La nébulosité qui l’entoure encourage à ne pas relater ses précédents exploits avec gigantisme, et la présomption d’innocence retient par ailleurs quiconque aurait envie de le cisailler. Alors ce que Velochrono retiendra des presque vingt ans d’activité du Texan, c’est ce qu’il a inspiré aux autres, coureurs comme observateurs. Des visages qui ont été multiples et changeants.
Un chien fou champion du monde
Lance Armstrong l’anonyme, c’est un adolescent qui prend part à sa première course avec une tenue de contre-la-montre. Et qui a une fâcheuse tendance à partir dès le départ, échappé suicidaire. Comme un triathlète habitué à ces joutes où prendre la roue de l’adversaire est interdit par le règlement, le jeune américain connaît un apprentissage particulier des épreuves sur route, jusqu’à apprendre de ses erreurs. Très vite, en fait. En 1992, lors de la saison qui le voit débuter chez Motorola en août, il lève les bras à dix reprises sur les continents américains et européens. Le fougueux a rapidement réussi à maîtriser son allant pour gagner des courses. Et quand à Oslo, l’année suivante, il se trouve seul en tête des Mondiaux, c’est bel et bien dans le dernier tour, et non pas dans le premier.
Deuxième l’année précédente, et à la surprise générale, sur les 240 bornes du Grand Prix de Zürich, « LA » sait qu’il a la caisse pour tenir la distance. La situation est alors simple, et un peu folle : il est isolé aux avant-postes, avec seulement 20 secondes d’avance sur un groupe d’une dizaine d’hommes, en file indienne, où figure notamment Miguel Indurain, alors triple vainqueur de la grande boucle. La réalisation télé se focalise alors sur ces poursuivants, comme s’il était acquis que l’Américain n’allait pas tenir. Il n’en sera rien : Lance Armstrong, cheveux au vent, bannière étoilée sur le dos et cuissard exclusivement noir à l’ancienne, réalise ce que les non-devins auraient pu alors qualifier de contre-la-montre de sa vie.
Oslo, cure de jouvance
Champion du monde à 21 ans ? Si seulement ce n’était que ça. En 1993, le natif de Plano est sacré champion national, et remporte à Verdun une étape du Tour de France dès sa première participation. Ce jour-là, il est issu d’une échappée de six hommes et règle in extremis Raul Alcala, ce Mexicain d’ailleurs toujours en activité (à 46 ans !), qui l’avait battu quelques temps auparavant, outre-Atlantique, sur le Tour DuPont. Le Texan est alors déjà un sacré coureur, mais un baroudeur, ayant appris la patience mais restant empreint d’insouciance. Si son leadership commence déjà à fortement se développer chez Motorola – et le titre mondial va fortement y contribuer -, il est encore loin de l’image de Boss qu’il véhiculera près de dix ans plus tard.
Ce qui est à la fois insolite et symbolique, c’est qu’à Oslo, quelques heures avant qu’il ne devienne l’un des plus jeunes médaillés d’or de l’histoire, Lance Armstrong assiste au succès de Jan Ullrich dans les rangs amateurs. L’Allemand, à 19 ans, bat alors aussi un record de précocité, et s’impose en coureur offensif. Les deux hommes ne se connaissent alors pas, et ne se doutent certainement pas qu’ils deviendront à l’avenir rivaux, sur les cols du Tour de France. En fait, ils n’envisagent même probablement pas avoir le classement général de cette épreuve dans un coin de leur tête : l’Américain vient alors certes de remporter une étape sur l’épreuve de juillet, mais a mis la flèche pile avant les Alpes. C’est un puncheur, un jeune coureur plein de panache, qui croit s’orienter vers une carrière rythmée par les classiques.

Armstrong, l’insouciant
Armstrong, l’inespéré
Armstrong, l’impensable
Armstrong, l’imbattable
Armstrong, l’imperturbable
Armstrong, l’impitoyable
Armstrong, l’insupportable
Armstrong, l’inachevé
Photo : Graham Watson








Super debut de serie…vite la suite!
« »le plus jeune médaillé d’or de l’histoire »" !!!! c’est faux;;;; 1 ou 2 belges plus jeunes que lui
C’est corrigé, merci.
Très bel écrit comme toujours !
Vivement la suite … !
Très bien