Samedi, en Toscane, un rendez-vous inhabituel attend le peloton. La Montepaschi Strade Bianche, ex-Eroica, n’est pas une course très vieille, mais ses trois éditions lui ont déjà forgé une réputation. Mi-ardennaise, mi-flandrienne, cette course pour vrais costauds propose de nombreux passages sur des routes que les Italiens appellent les “strade bianche“, c’est-à -dire routes banches, que l’on a trop vite fait de comparer aux portions cailloutées du Tro Bro Leon. Une course d’usure, à l’ancienne, au soleil mais dans la poussière, dans les “crete senese“, c’est-à -dire au sud de Sienne. Avant de mettre le cap sur la cité médiévale et sa Piazza del Campo, lieu féerique pour une arrivée en beauté.
Une course qui monte en puissance
Depuis 2007 et sa première édition, la Montepaschi Strade Bianche a changé de date. Disputée en octobre la première fois, elle est depuis passée au samedi précédant Tirreno-Adriatico, ou encore la veille de Paris-Nice, au choix. Une place stratégique pour deux raisons : d’abord, elle créé une quinzaine italienne, avec donc la course toscane le samedi, Tirreno-Adriatico du mercredi suivant au mardi d’après, et Milan-Sanremo le samedi qui suit, soit deux semaines pile après la Montepaschi. Une sorte de circuit dont le but est de garder les mêmes protagonistes d’une course sur l’autre. Si le passage de la course aux deux mers à la Primavera se fait naturellement pour beaucoup de coureurs, la Montepaschi n’entre encore pas trop dans ce jeu-là , handicapée bien sûr par le plus faible nombre d’équipes invitées – 15, contre 22 pour Tirreno et 25 pour Sanremo !
La deuxième raison tient au fait qu’avec cette date, la Montepaschi Strade Bianche se place au coeur du calendrier des Flandriennes. La période des courses pavées est en effet débutée depuis une semaine, avec le week-end d’ouverture en Belgique, l’Omloop Het Nieuwsblad le samedi et Kuurne-Bruxelles-Kuurne le dimanche. Ensuite, il y a du pavé toutes les semaines (sauf celle de Milan-Sanremo) jusqu’à Paris-Roubaix. Or, les strade bianche de la région siennoise rappellent à beaucoup les pavés du nord. En 2008, Fabian Cancellara avait d’ailleurs gagné, devant Alessandro Ballan. Une arrivée qui ne ferait pas tâche sur le Tour des Flandres… Là encore, le but est d’attirer les spécialistes de ces courses, afin qu’ils se servent de la Montepaschi pour répéter leurs gammes avec une météo plus clémente qu’en Belgique.
Les strade bianche, quelque-chose d’unique
Mais comparer les strade bianche aux pavés du nord de la France et de Belgique est un raccourci sans doute un peu trop facile. Si l’effort fourni dans ces secteurs rappelle celui de Paris-Roubaix, pour les portions planes, ou du Tour des Flandres, pour le portions en côte (parfois sévère), le revêtement n’a rien à voir. Ces routes sont en fait des chemins de cailloux, de fins graviers et de poussière blanche, d’où le nom. Et elles ne sourient pas forcément aux flandriens. Le palmarès le montre : si nous avons déjà cité la victoire de Cancellara, les deux autres vainqueurs à ce jour de la Monetpaschi sont AlexandrKolobnev et Thomas Lövkvist (notez, au passage, le niveau du tableau d’honneur). Plutôt des gars à l’aise dans les Ardennaises, donc ! En allant plus loin, si on regarde les top 10 des trois éditions, ce sont plus des punchers que des flahutes que l’on retrouve aux avant-postes.
Difficile donc de catégoriser ces routes blanches. Certaines sont très pentues, d’autres toutes plates ; elles font de 1 à 13 kilomètres, tout au long des 190 que le tracé comporte. Globalement, le parcours ne cesse de monter et de descendre, sans jamais présenter de côte longue et terrible pour autant. Bref, le relief a tout de celui d’une Ardennaise, mais les strade bianche lui donnent un caractère de Flandrienne, et, visiblement, les deux types de coureurs parviennent à en tirer profit. Seule certitude, celle d’avoir une course décantée assez tôt. Il n’y a pas de round d’observation sur la Montepaschi : on est tout de suite dans le dur, et à mi-course, une bonne partie de l’écrémage est déjà fait.
Santa Caterina et Campo, final en apothéose
![]() La via Santa Catarina… |
Dans les 40 derniers kilomètres, il y a trois strade bianche, mais ce ne sont ni les plus longues, ni les plus pentues. Bref, elles ne permettent pas de forcer beaucoup la décision. La réalité, c’est que seule la répétition des efforts permet de faire sauter certains à ce moment-là de la course. Et puis, pour les plus téméraires, ceux qui resteront à l’avant à l’approche de l’arrivée, il y aura cette montée finale vers la Piazza del Campo pour se départager. L’approche de Sienne est des plus tranquilles, avec une longue descente qui n’est qu’un leurre. A un peu moins de 2 kilomètres de l’arrivée, il faut tourner à gauche, direction la Porta Fontebranda, une des portes de l’enceinte médiévale de Sienne. Passée la porte, il ne reste même pas un kilomètre ; mais quel kilomètre… (vous en trouverez le profil plus bas).
Les coureurs s’engouffrent dans les rues de Sienne, pentues et étroites, un héritage du XIVe siècle, époque de la plupart des bâtiments intra-muros. C’est via Santa Caterina que la décision se fera : un véritable mur, avec des pourcentages atteignant les 10, 15, jusqu’à 20 %. Cela ne fait que 400 mètres, mais quand ça monte comme ça, ça parait une éternité… Tout en haut, on tourne à droite, sur du plat, enfin ! Il ne reste que 400 mètres et trois virages, avalés à toute vitesse, pour arriver jusqu’au Campo, l’une des plus belles places d’Italie. Il y a pire, comme récompense.
Une participation un peu décevante
Néanmoins, la perspective de lever les bras à Sienne ne déplace pas autant les foules que les deux dernières années. Restons sur terre : pour une course de l’Europe Tour, classée 1.1, le plateau est déjà excellent. La Montepaschi est une course qui progresse d’année en année, avec une participation d’habitude toujours meilleure ; mais sur ce coup, l’édition 2010 marque un certain coup d’arrêt.
On retrouve néanmoins 10 équipes Pro Tour sur 15 au total, une très bonne proportion donc, et pas mal de têtes d’affiches : Fabian Cancellara et Thomas Lövkvist, les deux derniers vainqueurs ; Alessandro Ballan, l’ancien champion du monde, deuixème il y a deux ans, et Cadel Evans, l’actuel maillot arc-en-ciel ; Juan Antonio Flecha, tout récent vainqueur de l’Omloop Het Nieuwsblad ; mais aussi Andy Schleck, Mark Cavendish, Filippo Pozzato, Vincenzo Nibali, Tyler Farrar, Matti Breschel, Kim Kirchen, Giovanni Visconti, Martin Elmiger, Martijn Maaskant… De quoi, quand même, avoir un quatrième vainqueur du niveau des trois premiers, pour perpétuer un palmarès franchement pas dégueu. Mais qui, jusqu’à présent, est vierge de toute présence italienne. Une particularité qui ne plaît jamais beaucoup, de l’autre côté des Alpes, quand elle commence à traîner en longueur …

2009 -Â
LÖVKVIST Thomas
2008 -Â
CANCELLARA Fabian
2007 -Â
KOLOBNEV Alexandr
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Le profil du dernier kilomètre, à partir de la Porta Fontebranda :
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crédit photo : RCS






