Qui veut de ce Dauphiné ?

Par Baptiste Bouthier
Vendredi 11 juin 2010 - 14:52
A trois jours de la fin du Critérium du Dauphiné 2010, ont est en plein dans les choses sérieuses. La première journée difficile, ce jeudi, vers Risoul, n’a cependant pas permis de dégager une hiérarchie, ni même des prétendants à la victoire finale. Alors qu’une nouvelle étape compliquée se profile vendredi, avec notamment l’ascension de Chamrousse (Hors Catégorie), qui veut de ce Dauphiné ? La montée finale de jeudi n’a pas franchement livré d’enseignements positifs. Si Brajkovic tient à son maillot, les plus forts semblent surtout penser au Tour de France. Les jeunes loups qui veulent se forger un palmarès sont eux un peu en retrait, tandis que les coureurs français, s’ils sont en forme, ont pas mal de retard au général…
Pas d’ambition nette à Risoul
Un Contador qui plante deux banderilles et puis c’est tout, un Menchov qui attaque sans poursuivre son effort, des seconds couteaux à la pelle, un Brajkovic qui ne quitte pas la roue de ses adversaires : la montée de Risoul n’a pas fourni d’enseignements très clairs, jeudi. Personne n’a clairement montré qu’il voulait gagner ce Critérium du Dauphiné 2010, sur ce qui était pourtant la première grande étape de montagne de la semaine.
Comme souvent depuis quelques années, la course semble donc souffrir du syndrome « Tour de France ». L’an passé, Alejandro Valverde s’était battu pour la victoire, car il savait qu’il ne participerait pas à la grande boucle. Mais d’autres années, des outsiders ont profité d’une situation confuse, avec des favoris peu enclins à se bouger, pour remporter le classement final : Iñigo Landaluze en 2005, ou Christophe Moreau en 2007.
Brajko, leader convaincant
Le successeur tout désigné de ces vainqueurs « surprise », c’est le Janez Brajkovic. Vainqueur inattendu mais pas improbable du long chrono vauclusien, mercredi, le Slovène possède un beau matelas au général : 1’15″ sur Van Garderen, 1’42″ sur Contador, deux minutes au moins sur le reste. A 26 ans, le coureur de Radio Shack semble enfin confirmer ses grosses capacités, qui lui avaient permis de porter deux jours le maillot or de leader sur la Vuelta 2006, alors qu’il avait 22 ans.
Brajkovic a un palmarès à se faire, car le Tour de Géorgie 2007, c’est un peu léger. Sur la montée de Risoul, il s’est montré hyper réactif, et surtout hyper facile. Troisième, dans le même temps que Contador qu’il a même devancé sur la ligne, le Slovène peut-il tenir le coup jusqu’à dimanche ? Ce serait la confirmation de ce qui semble se dessiner : Brajkovic est devenu un vrai client. Déjà à l’offensive lundi, dans la descente de la dernière bosse de la première étape, le Slovène semble motivé et en forme. En revanche, l’étape de jeudi a montré que le maillot jaune sur les épaules, il est décidé à courir défensivement.
Contador, c’est plus fort que lui ?
Il le dit, il le répète depuis plusieurs jours déjà : il ne veut pas remporter le Critérium du Dauphiné. Il ne veut pas y jouer la gagne. Il ne veut penser qu’au Tour de France. Mais c’est presque plus fort que lui : Alberto Contador est quand même en haut de l’affiche sur ce Dauphiné 2010. L’Espagnol a été maillot jaune trois jours, après sa victoire sur le prologue ; il est encore troisième du général, avant les trois dernières étapes. A Risoul, il a pris la quatrième place, après avoir montré, le temps de deux accélérations, qu’il avait largement les cannes pour jouer la victoire finale.
Alors le coureur d’Astana va-t-il se laisser tenter ? Ce vendredi, pas sûr qu’il joue le jeu dans la montée, et surtout dans la descente de Chamrousse. Pas la peine de se faire des frayeurs à trois semaines du Tour de France. Mais s’il est encore dans le coup samedi, au pied de L’Alpe d’Huez, il pourrait bien se dire qu’après tout, un Dauphiné, ça fait bien sur un palmarès. Et là, il vaudra mieux avoir creusé l’écart avant, sous peine de se faire irrémédiablement passer…
Menchov, encore trop juste
Invisible depuis le début de saison, Denis Menchov l’assurait à son équipe depuis plusieurs semaines : il serait prêt pour le Tour de France. Visiblement, le Russe se connaît bien. Cinquième du contre-la-montre à Sorgues, mercredi, le coureur de la Rabobank a confirmé, jeudi, dans la montée finale, même s’il n’a terminé que dixième au sommet, et se retrouve sixième au général.
Dans le col de Risoul, Menchov a eu le temps d’attaquer deux fois – de façon moins tranchante que Contador, évidemment. Des attaques pas vraiment suivies, ensuite. Bref, le Russe est en forme, mais encore juste. Ses attaques ne sont que des tests, histoire de voir où il en est. Menchov pourrait donc décider, dès vendredi, de laisser couler. Mais l’appétit vient parfois en mangeant, et le Russe pourrait être amené à améliorer sa sixième place actuelle. Jusqu’à jouer la victoire ? Peu probable.
Un palmarès à se forger
Derrière ces gros costauds, il y a un paquet de bons coureurs, souvent jeunes, qui remporteraient (presque tous) la plus grande victoire de leur carrière s’ils s’imposaient sur ce Dauphiné 2010, exactement comme Brajkovic. De qui s’agit-il ? De Tejay van Garderen (2e du général actuel, +1’15″) ; David Millar (4e, +1’56″) ; Jurgen van den Broeck (7e, +3’06″) ; et Reine Taaramae (9e, +3’28″). Ces coureurs ont beaucoup de différences, mais aussi un point commun : ils n’étaient pas les meilleurs, jeudi.
Excellent quatrième du chrono mercredi, van Garderen a déçu, lui qui passe plus pour un grimpeur qu’un rouleur : sa quinzième place est une déception. Millar a lui fait avec les moyens du bord, et sa 46e place n’est que logique. Septième, Van den Broeck était lui plus dans le coup, tout comme Taaramae d’ailleurs, qui termine cinquième : ces deux-là ont donc une vraie carte à jouer. Mais ils sont déjà assez loin au général, alors vont-ils jouer le jeu ? Car ils seront aussi les leaders de leur formation sur le Tour de France… Mais l’un comme l’autre remporteraient le plus grand succès de leur carrière avec ce Dauphiné 2010.
Et les Français ?
Dans la montée de Risoul, le moins que l’on puisse dire, c’est que les Français se sont mis en évidence. Très souvent à l’attaque, les coureurs tricolores sont au final huit dans les vingt premiers, quatre dans le top 10, et surtout, Nicolas Vogondy et Romain Sicard font le doublé !
Pour le premier, cela ressemble beaucoup à une Fédrigo 2008. Son coéquipier chez Bbox Bouygues Telecom avait en effet devancé, à la pédale, à La Toussuire, tous les costauds (Leipheimer, Szmyd, Valverde, Evans), à la seule différence qu’il n’avait pas gagné, puisque Chris Sorensen le devançait d’une minute. Derrière, Fédrigo n’avait pas confirmé. Et il est probable qu’il en soit de même pour Vogondy, qui aura du mal a garder sa cinquième place au général. Pour Sicard, c’est une superbe performance, la meilleur et de loin de sa jeune carrière pro ; le champion du monde espoirs est loin (25e) au général et peut profiter de cette position pour partir dans une échappée, afin de remporter sa première victoire chez Euskaltel. Il a plus intérêt à faire ça qu’à courir le général.
Sixième, Pierre Rolland confirme sa montée en puissance en vue du Tour de France ; 18e du général, lui devrait jouer un top 10 au classement final, et il en a les moyens. Neuvième à Risoul, Pauriol accumule une nouvelle place d’honneur en montagne ; il pourrait chercher à chasser une étape, à moins que sa place actuelle au général (12e) ne l’incite à jouer la sécurité pour rentrer dans le top 10 final, ce qui serait non-négligeable. Un peu plus loin, entre la dixième et la vingtième place à Risoul, Jérôme Coppel, Rémy di Gregorio et Christophe Riblon voudront continuer à bien se positionner ces prochains jours. Mais aucun je jouera non plus le podium final de ce Dauphiné. Qui peine décidément à se trouver un candidat à la victoire finale…
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Un peu comme celle de la veille, cette cinquième étape sent bon le ASO. Elle est à la fois très courte – 143,5 km – et pas très bien dessinée. Deux cols terribles l’animent : le Lautaret et Chamrousse. Le seul problème, c’est que le premier est abordé depuis Serre-Chevalier, c’est-à-dire très haute. La route monte donc pendant les quinze premiers kilomètres de l’étape, avant une descente vertigineuse jusqu’à Vizile, 1 700 mètres plus bas. Lire la suite …
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Photo : Team Sky







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