Quelles chances pour les Français à Risoul ?

Par Alexandre Philippon
Jeudi 10 juin 2010 - 12:52
La quatrième étape du Critérium du Dauphiné, qui peut grossièrement se résumer à l’ascension finale vers Risoul, peut se jouer bien avant cette ultime difficulté. Alors que le contre-la-montre de mercredi a fait des dégâts au classement général, une échappée peut prendre le large et tenter de tenir jusqu’au terme des 210 kilomètres du parcours. Alors sur ces routes des Hautes-Alpes, nombreux seront les Français à prétendre à un exploit, en essayant de sortir dès la première heure. Mais pour les plus aguerris des hexagonaux, la tactique devrait être toute autre : attendre, et se battre à la pédale avec les meilleurs.
Fédrigo, une marche en avant à reprendre
On a presque l’impression de l’avoir laissé en Corse : Pierrick Fédrigo, lauréat détonant du Critérium International, a depuis été discret, courant peu. 25e de Paris-Camembert, 121e de Liège-Bastogne-Liège, 10e des Quatre Jours de Dunkerque grâce à une étape correcte à Cassel, il a ensuite joué la gagne au Grand Prix de Plumelec, terminant bon quatrième après trois semaines d’arrêt. Le Marmandais a semblé en garder sous le coude en vue de l’été, au lieu d’exploiter la forme qui était la sienne. Sur ce Critérium du Dauphiné, l’ancien champion de France peut commencer à se montrer ambitieux à partir de cette 4e étape.
La montée de Risoul ressemble un peu à celle de l’Ospedale, où il avait disposé de bon nombre de cadors, dont Cadel Evans, Alberto Contador et Lance Armstrong. Déjà l’an dernier, sur les routes du Dauphiné, le coureur de la Bbox avait brillé, s’imposant sur les hauteurs de Briançon, avant de gagner une étape du Tour de France à Tarbes. S’il est à nouveau au niveau qui était le sien sur l’île de beauté, Pierrick Fédrigo peut faire un numéro jeudi : Alberto Contador ne semble pas disposé à se faire mal, et si ce n’est Denis Menchov et Samuel Sanchez, il n’y a guère de gros clients capables de faire exploser la course.
Des garçons comme Janez Brajkovic ou Tejay Van Garderen seront des adversaires à ne pas négliger, mais s’il ne fait pas de complexes, le Français a les moyens de les attaquer. L’avantage avec lui, c’est qu’il paraît capable de s’illustrer en prenant une échappée – c’est comme cela qu’il en avait claqué une l’an passé -, mais aussi en se montrant attentiste. Et il dispose d’une équipe solide pour lui préparer le terrain : la Bbox peut activement travailler pour lui via Nicolas Vogondy, Cyril Gautier et Pierre Rolland. D’autant plus que l’un d’eux peut se glisser dans un coup pour servir de point d’appui.
Des précédents à reproduire pour Le Mével
Un autre représentant tricolore peut faire un gros truc à Risoul. Christophe Le Mével sort de deux stages en montagne – à la Foux d’Allos et à Tignes - qui auront participé à ce qu’arrive ici en confiance : constatant les bonnes sensations de Wesley Sulzberger sur le Grand Prix de Plumelec, vainqueur de l’épreuve bretonne il y a une semaine, le 10e de l’édition 2009 du Dauphiné espère faire de même. Car ces kilomètres avalés dans les massifs, il les parcourus avec l’Australien. « J’espère que je vais comme lui tirer des bénéfices de cet entraînement », déclarait-il avant le départ d’Evian. Le meilleur moyen de le savoir sera d’attaquer lors de cette 4e étape, et ce malgré une chute lors du chrono, survenue dans un virage pris trop hâtivement, alors qu’il voulait doubler Jurgen Van den Broeck.
L’ancien poisson-pilote de Thor Hushovd a déjà réussi à faire mieux que se défendre contre des coureurs de premier plan international, plus tôt dans la saison. Deux performances sont à retenir. La première date de Paris-Nice : alors très en jambes car récent vainqueur du Tour du Haut-Var, Christophe Le Mével dégaine sur la montée Jalabert, à Mende. Il est alors le premier à bouger, agacé de voir que ses rivaux n’avaient pas encore pris d’initiative alors que le sommet se profilait à moins de 2000 mètres. Mais Alberto Contador réagit alors et dépose le Breton.
Deuxième référence, plus parlante, sur le Tour du Pays basque. Lors de la première étape, l’Alto de la Calizas constitue le principal morceau du jour. Après un écrémage progressif, huit hommes s’isolent à l’avant. Cette sélection ayant été trop tardive, le reste du peloton reviendra finalement. Mais l’essentiel est de retenir qu’au sommet, Christophe Le Mével avait suivi Alejandro Valverde, Joaquin Rodriguez, Robert Gesink, Beñat Intxausti, Chris Horner, Jurgen Van den Broeck et Ivan Velasco. Ce lot n’est pas forcément moins bon que celui qu’il devra affronter en cette fin de semaine, à condition – encore une fois – qu’Alberto Contador ne prenne pas la course à son compte, comme il l’avait fait sur Paris-Nice.
Pas les seuls Français à suivre, loin de là
Un coureur aurait pu, comme Pierrick Fédrigo et Christophe Le Mével, prétendre à se tirer la bourre avec les cadors sur la montée de Risoul : Jean-Christophe Péraud. Mais touché au coude suite à des chutes lundi et mardi, il ne souhaite pas prendre des risques si près du Tour de France. Plutôt que de se demander s’il ira ou non au charbon, l’ancien vététiste s’est plutôt posé la question de l’intérêt de continuer la course : il a ainsi renoncé à prendre le départ jeudi.
Pour ce qui est des autres Français, la tactique devrait être toute autre : filer dans l’échappée, et espérer que le peloton laisse du champ. C’est possible car le classement général a été chamboulé par le chrono de 49 kilomètres de mercredi. Et il faut se souvenir qu’en 2005, un bon de sortie avait permis à Inigo Landaluze de remporter l’épreuve. Alors anticiper les débats, ce n’est pas forcément une mauvaise idée. Elle plairait vraisemblablement aux coureurs d’AG2R-La Mondiale, et plus particulièrement des hommes qui n’ont pas froid aux yeux, comme Maxime Bouet, David le Lay, Cyril Dessel. Pour le très en forme Christophe Riblon, sa position au général – 10e – devrait néanmoins constituer un handicap.
Chez Cofidis, les possibilités existent également. Rémi Pauriol sera l’un des plus motivés du peloton, puisqu’il connait très bien ces routes des Hautes-Alpes. Elles l’inspirent et peuvent lui permettre d’exprimer ses bonnes sensations actuelles, illustrées dimanche par une remarquable 6e place sur le prologue. Les récents succès de Damien Monier sur le Tour d’Italie et de Tony Gallopin sur le Tour du Luxembourg auront donné du moral aux coureurs de la formation nordiste, qui peut également briller avec Julien El Farès, Amaël Moinard ou … l’Estonien Rein Taaramae.
Enfin, ne pas oublier Romain Sicard pour Euskaltel-Euskadi, ou Christophe Moreau pour la Caisse d’Epargne, ainsi que les gars de Stéphane Heulot. Au sein de cette formation Saur-Sojasun, les ambitions sont réelles et les coureurs ont du talent. Jérôme Coppel, certainement déçu par son chrono de la veille, pourrait tenter quelque chose. Son lieutenant Guillaume Levarlet peut l’assister dans sa tâche, ou jouer sa carte personnelle. Les atouts de poids sont certes moins nombreux que chez d’autres équipes, mais la motivation sera grande, car pour eux, ce Dauphiné est un peu leur Tour de France.
Quelques individualités très dangereuses
Attention tout de même à certains redoutables grimpeurs. Ils sont quelques uns, dans ce peloton du Dauphiné, à être capables de mettre tout le monde d’accord en plaçant une accélération décisive sur les pentes de Risoul. Le run victorieux qu’espèrent entreprendre nos rejetons bleu-blanc-rouge, il pourrait être réalisé par un invité surprise. Sylvester Szmyd y était parvenu l’an dernier en s’adjugeant la très courtisée étape du Mont Ventoux. Au sortir d’un Tour d’Italie qui l’a vu constituer la dernière rampe de lancement sur les cols pour Ivan Basso et Vincenzo Nibali, il est venu sur l’épreuve française exactement dans les mêmes dispositions qu’il y a douze mois. Le voir une fois encore se distinguer ne serait pas étonnant.
Éloigné de la course au podium final après son chrono décevant, Samuel Sanchez cherchera peut-être à inverser la vapeur. A l’image d’Alberto Contador et Denis Menchov, qui viseront également une place sur la boite en juillet prochain, il est partagé entre l’envie de se dégourdir les jambes, comme pour envoyer un message, et la nécessité de s’économiser. L’équation est toujours la même sur le Critérium du Dauphiné, où certains coureurs sont forts mais se cachent la plupart du temps, ne faisant qu’une seule étape à fond. Et s’il y en a une à briguer, en terme de prestige, ce ne sera pas celle de jeudi, mais celle de samedi, avec l’Alpe d’Huez au menu.
Alors pourquoi pas un second couteau, un coureur au palmarès encore loin d’être fourni, qui ne crachera pas sur un succès Pro Tour. Janez Brajkovic, sur sa lancée ? Dario Cataldo et Branislau Samoilau, en utilisant leur condition forgée par le Tour d’Italie, ou leur coéquipier Kevin Seeldraeyers, revanchard après des pépins de santé cet hiver ? Le leader d’Omega Pharma-Lotto, Jurgen Van den Broeck, que l’on a toujours vu impliqué sur cette course ? Tejay Van Garderen, avec l’enthousiasme du néo-pro qui le caractérise ? Le Basque Gorka Verdugo, très bon sur les chronos de dimanche et mercredi, et qui excelle plus significativement en montagne ? Eros Capecchi, pour gommer la déception de son abandon sur le Tour d’Italie, course où il avait des ambitions de top 10 ? Les possibilités sont très nombreuses. Tellement que le vainqueur du jour pourrait ne même pas avoir été cité dans notre article.
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C’est sur cette quatrième étape que l’on sent qu’ASO a repris la course en main. Quand le Dauphiné proposait ces dernières années une première étape de montagne costaude, mais peut-être sans arrivée au sommet, le premier rendez-vous alpin de cette édition 2010 est une course de côte. Autrement dit, une étape sans histoire, plate pendant presque 200 kilomètres, jusqu’à Guillestre, avant la montée finale, celle de Risoul, qui est classée en première catégorie. Lire la suite …
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photo Emilie Drouet








