Pas si petites continentales


Pas si petites continentales

Par Alexandre Philippon
Mardi 4 mai 2010 - 19:38







C’est l’une des spécificités du Tour d’Italie : les petites équipes y sont ambitieuses, et peuvent rivaliser avec les plus grosses armadas du peloton. Leur principale force ? Elles sont pleinement concentrées sur l’épreuve, en connaissent tous les secrets, et mine de rien, ont des leaders solides, qui feraient les beaux jours de bien des équipes Pro Tour. Michele Scarponi sera ainsi un atout de poids pour Androni Giocatolli, Stefano Garzelli pour Acqua & Sapone, et Domenico Pozzovivo pour Colnago-CSF. Ces trois hommes ont fortement fait pencher la balance pour convaincre RCS Sport d’adresser une invitation à leur structure, et feront tout pour être à la hauteur.

Scarponi a le profil

Michele Scarponi est certainement le coureur italien qui s’est le mieux préparé pour le Tour d’Italie. Le grimpeur des Marches court peu, mais à chaque fois, il convainc. Dès mars, sur Tirreno Adriatico, il avait affiché une forme irréprochable, notamment en s’envolant dans les ruelles abruptes de Chieti, à la recherche d’un nouveau succès génral sur la course des deux mers. Finalement, au terme des sept journées de course, l’ancien rejeton de Liberty Seguros n’échouera que pour une seconde, laquelle l’empêchera de faire un doublé pas réalisé depuis Tony Rominger en 1989 et 1990. Quelques semaines plus tard, sur la Semaine Cycliste Lombarde, il montre qu’il a encore progressé sur le plan de la condition physique, survolant le prologue en côte, avant de défendre sans accroc sa position de leader. Enfin, il y a quelques jours, il choisit de participer au Tour du Trentin plutôt que de se rendre sur les Ardennaises, et s’y montre appliqué, terminant quatrième, sans trop se découvrir.

Une préparation exclusivement italienne pour Michele Scarponi : une formule qui a fait ses preuves. Sur ce Giro 2010, il a toutes les chances d’être un acteur majeur des étapes de montagne, et l’avantage pour lui, c’est qu’il pourra aussi être dans le coup sur celles de moyenne montagne. Le seul danger, c’est de le voir craquer sur une journée : l’an passé, cela avait été le cas, ce qui l’avait contraint à se contenter d’une 32e place finale, mais en empochant deux bouquets au prix de barouds au courage. C’était alors son premier Grand Tour depuis la fin de sa suspension, pour implication dans l’Opération Puerto. Un an plus tard, il s’annonce ainsi plus compétitif. Plus serein, également. Autour de lui, une équipe solide, avec le Colombien José Serpa, les Vénézuéliens Carlos Ochoa et Jackson Rodriguez, et l’Italien Leonardo Bertagnolli, qui tous devraient lui être précieux sur les terrains accidentés. Si la formation de Gianni Savio ne prend pas trop cher sur le chrono par équipe, Michele Scarponi est un candidat au podium.

Garzelli a l’expérience

Si l’on revient sur Tirreno Adriatico, son tombeur, ce fut Stefano Garzelli. Le grimpeur chauve privait son compatriote du succès car à l’obtention d’une bonification le dernier jour, preuve que l’envie, il ne l’a pas perdue, à maintenant 36 ans. Sur le Tour d’Italie, l’ancien coéquipier de Marco Pantani n’a d’ailleurs pas perdu son efficacité. Le vainqueur de l’édition 2000 a terminé cinq fois dans le top 10 de l’épreuve, et en est l’un des plus grands spécialistes. L’an dernier, le coureur d’Acqua & Sapone prenait le 7e rang du classement général final, alors qu’il a souvent pris l’initiative d’attaquer, et parfois de très loin. Il remportait aussi maillot vert de meilleur grimpeur, mais sans s’adjuger la moindre étape. Cela fait trois années consécutives que le vainqueur de ce classement décrochait aussi un succès, et Stefano Garzelli a rompu la série ; mais des bouquets obtenus sur le Giro, il en a beaucoup à son actif : sept en onze participations.

Alors pour le Varésin, l’heure est peut-être venue de redevenir un candidat au podium. Son début de saison a été light, mais satisfaisant, avec ce succès de mars sur la deuxième plus grande course par étape du pays. Et il aura certainement aiguisé ses ambitions. Le parcours lui correspond, non seulement car il est difficile, mais aussi parce qu’il s’annonce provocateur de rebondissements ; ainsi, avec son expérience, Stefano Garzelli peut donc s’en sortir avec un bon classement, et faire mieux que sa 7e place de l’an passé. Sa formation Acqua & Sapone s’annonce de plus assez compétitive, avec quelques coureurs qui s’affirment, comme le benjamin la fratrie des Masciarelli, Francesco, vainqueur au Mont Faron sur le Tour Méditerranéen. Cette formation existe depuis 2002, et a toujours eu la confiance des organisateurs du Tour d’Italie. Elle pourra donc miser sur ses acquis, et ceux de son chef de file.

Pozzovivo a la fougue

La victoire de Domenico Pozzovivo sur l’Alpe di Pampeago au Tour du Trentin, ou comment, en une attaque, passer du statut d’espoir à celui d’outsider pour son Tour national. Bruno Reverberi, son directeur sportif, allait même jusqu’à dire que son protégé « a montré qu’il était actuellement le meilleur grimpeur italien. » En effet, se jouer d’un coureur comme Riccardo Ricco, mais aussi de favoris du Giro que sont Alexandre Vinokourov, Michele Scarponi et Ivan Basso, de plus sur l’une des montées les plus exigeantes d’Italie, c’est plutôt bon signe pour la suite. Mais pour s’affirmer être l’un des meilleurs, il devra confirmer tout son potentiel sur une durée de trois semaines. Domenico Pozzovivo a déjà 27 ans, est professionnel depuis 2005, et compte trois participations à la course rose à son actif : pourtant, il n’a encore jamais mieux que neuvième, l’an dernier. C’est intéressant, et cela doit l’encourager à poursuivre, mais cela reste maigre pour prétendre batailler pour la gagne.

De plus, le natif de la Basilicate n’a pas une équipe qui s’aligne avec d’immenses certitudes. Colnago-CSF, c’est la structure qui a pris le relais de la flamboyante Panaria. Habituelle attraction du Giro, la formation aux maillots oranges, recouverts de multiples sponsors, a toujours réussi à marquer l’épreuve avec ses grimpeurs sans complexes et toujours enclins à attaquer, comme l’ont été Julio Alberto Perez Cuapio, Emanuele Sella ou encore Luis Felipe Laverde. Mais en 2009, la structure alors nommée CSF Group-Navigare n’a glané que six succès : un nouveau départ était donc nécessaire cette saison, avec de nouvelles couleurs, et Domenico Pozzovivo est le coureur qui doit permettre de se remettre dans le sens de la marche. Il y aura donc de la pression sur ses épaules, et très peu de soutien en montagne. Les seuls atouts du petit gabarit italien seront sa fougue, son envie, et ses indéniables qualités de grimpeur. Et s’il prend rapidement confiance en ses capacités, il peut aller très loin.

Le précédent Index Alexia

Michele Scarponi, Stefano Garzelli et Domenico Pozzovivo sont des leaders intéressants, capables de surprendre et de batailler avec les hommes forts des équipes les plus redoutables. Mais que dit l’histoire ? En effet, de petites structures peuvent peser sur cette course si atypique qu’est le Giro, mais le remporter, est-ce possible ? Oui, au regard de la performance d’Index Alexia Alluminio sur l’édition 2002. Un cru étonnant, avec des faits de course inattendus, que ce soit l’exclusion de Stefano Garzelli, les 10 jours en rose de Jens Heppner ou la prise de pouvoir, à quatre journées de la fin, de l’alors méconnu Cadel Evans. Or, l’Australien va coincer, victime d’une défaillance sur l’étape de Folgaria, dès sa première journée avec le paletot. Qui va hériter du leadership ? Paolo Savodelli, coureur d’une équipe Index Alexia qui n’a jamais, en trois ans d’existence, réussi à entrer dans le top 20 du classement UCI. Cette bande d’outsiders va ainsi causer une grosse surprise en ramenant le maillot rose à Milan. Une année où chaque jour, la logique était sans cesse contredite. Comme quoi, sur un Grand Tour, tout peut arriver.

photos une : site internet de Michele Scarponi, de Colnago et de Stefano Garzelli – infographie : velochrono



  1. Scarponi a en effet fait une préparation exemplaire je le vois bien faire quelque chose cette année même si il faut le reconnaître il n’a jamais été un très grand grimpeur. Il faut se méfier : le Plan de Corones ce n’est pas les petites côtes du Tirreno.
    Mais derrière lui il a quand même une grosse équipe, comme vous l’avez dit les Jackson Rodriguez, Serpa et Ochoa ça grimpe très très bien.
    D’ailleurs ne pensez-vous pas que pour des équipes continentales, leur structure est nettement mieux fournie que les équipes des grands favoris de ce Giro ?
    Vinokourov, c’est pas mal.
    Sastre, c’est correct.
    Mais Evans a une équipe très très faible.
    Quant à Basso, ce n’est qu’un outsider sur ce Giro.
    Voilà mon petit commentaire. ^^
    Votre site est très sympa, ça fait plaisir de voir un site de vélo aussi clair et intéressant.


  2. Mardi 4 mai 2010 à 22:26 - Starbuck | Thumb up 0 Thumb down 0

  3. Merci pour vos encouragements !

    Je me souviens de Scarponi top 10 dans une étape pyrénéenne du Tour (après vérif, La Mongie 2004, 8e). Depuis son retour de suspension il a + convaincu sur des tracés escarpés mais pas montagneux, mais sur le Trentin il est dans le coup, et il a le profil type du grimpeur. Il n’a juste que rarement l’occasion de le montrer.

    Serpa est top 10 en puissance vu sa Coppi Bartali et sa Semaine Lombarde. Jackson Rodriguez sera aussi très bien. Ochoa, sans doute moins. Donc oui, Scarponi bien soutenu.


  4. Mardi 4 mai 2010 à 22:31 - Alexandre Philippon | Thumb up 0 Thumb down 0

  5. Basso semble trop court oui mais si Nibali est à son niveau, il pourrait facilement devenir le leader de la Liquigas et dans ce cas, avec Basso comme possible lieutenant, c’est du très solide.

    J’espère qu’Evans sera le plus costaud, avec son équipe moisie, ça pourrait être sympa à regarder s’il doit controler la course…

    Pour revenir au sujet, Garzelli, je me demande quoi en penser. L’année passée, il avait quand même été impressionnant, sans son craquage en première semaine, il jouait le podium. Il était à la ramasse dans le Trentin mais pour quelle raison ?

    Dans tous ces favoris, on est sûr de rien, on a l’impression qu’ils sont tous capables de passer à travers. Basso pas au niveau, Nibali peut-être pas prêt (ne fut-ce que psychologiquement), Scarponi sans grandes références à ce niveau, Garzelli vieux et a craqué la saison passée, Evans qui reste sur un Tour catastrophique et sans équipe, Sastre également âgé et sans références cette année, Vino sans doute trop court en haute montagne… celui qui me paraissait le plus fiable était Pellizotti, pas un hasard peut-être…


  6. Mercredi 5 mai 2010 à 1:41 - Locke | Thumb up 0 Thumb down 0







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