Mercredi 10 mars, à Livourne, port toscan de la Mer Tyrrhénienne, démarre la 44e édition de Tirreno-Adriatico. La course des deux mers, qui relie celle suscitée à sa soeur l’Adriatique, d’ouest en est de l’Italie, sera comme chaque saison le rendez-vous incontournable de nombre de prétendants à la victoire à Milan-Sanremo puis aux classiques du mois d’avril, que ce soit les Flandriennes ou les Ardennaises. Les 7 jours de course, pour autant d’étapes jusqu’au classique final sur San Benedetto del Tronto, proposent des parcours escarpés typiques de l’Italie, et pouvant sourire tantôt aux sprinters, tantôt aux puncheurs, tantôt aux grimpeurs, dans un joyeux mélange qui ne rend pas toujours la course facile à lire à l’avance. L’incertitude du scénario de cette année est renforcée par la disparition du contre-la-montre, qui était devenu incontournable depuis cinq ans, et par l’absence d’une réelle étape de haute montagne. Un parcours tous terrains… comme les coureurs, finalement.
Les sprinters pensent à Milan-Sanremo
Chaque année, les sprinters se jaugent dans les étapes de Tirreno-Adriatico qui veulent bien leur sourire, avec un seul objectif en tête : marquer les esprits en vue de Milan-Sanremo. Ou se cacher en vue de. Ou s’évaluer en vue de. Ou… bref : tout le monde ne pense qu’à la Primavera. Disputée le samedi qui suit la fin de la course, soit quatre petits jours après la septième étape, à San Benedetto del Tronto, la plus longue des courses professionnelles de l’année (un tout petit peu moins de 300 bornes) n’échappe en effet que rarement à un sprinter, depuis une vingtaine d’années. A priori hors du coup pour la victoire finale sur Tirreno – seul un Freire, très à l’aise dans les bosses, a réussi pareil exploit depuis plus de dix ans -, les sprinters ne sont là que pour les quelques étapes suffisamment plates pour eux.
Comme tous les ans, le plateau sera donc royal. Le vainqueur en titre de Milan-Sanremo, Mark Cavendish, sera bien évidemment de la partie. Et beaucoup voudront continuer à semer les doutes qui assaillent le Britannique depuis le début de saison, battu à plusieurs reprises et visiblement en sur-poids à l’approche du premier grand objectif de sa saison. Parmi les plus grandes stars, on retrouvera ainsi Thor Hushovd, Tyler Farrar, Alessandro Petacchi (s’il se remet de sa chute à l’entraînement), Daniele Bennati, Tom Boonen, Robbie McEwen, Allan Davis, Oscar Freire ou encore Edvald Boasson Hagen. Rien que ça ! Et c’est sans compter sur tous les seconds couteaux (par rapport aux têtes d’affiche, s’entend) qui n’attendent que ça de damer le pion à ces rois du sprint : José Joaquin Rojas, Baden Cooke, Robert Hunter, Luca Paolini, Mattia Gavazzi, Yauheni Hutarovich, Greg Van Avermaet, Lloyd Mondory, Francesco Ginanni, Oscar Gatto, Stuart O’Grady, … La liste est longue.
Les puncheurs aussi… et pas seulement
Milan-Sanremo, c’est aussi un vieux rêve de puncheur. Tous les spécialistes de classique rêvent de tenir dragée haute aux sprinters dans le final de cette classique mythique et de prendre suffisamment d’avance dans les capi, ces côtes qui précèdent l’arrivée à Sanremo, comme le Poggio ou la Cipressa, pour s’imposer sur le Lungomare. Mais peu y parviennent : Bettini, en 2003, et Cancellara, en 2008, sont les exceptions qui confirment la règle. Alors, tout en gardant la Primavera dans un coin de la tête, les classicmen viennent sur Tirreno-Adriatico surtout pour préparer les épreuves d’avril : les Ardennaises principalement, mais aussi les Flandriennes, courses qui intéressent d’ailleurs pas mal de sprinters aussi.
Là encore, le plateau est royal. Le tracé tendance moyenne montagne du Paris-Nice 2010 a incité quelques puncheurs à préférer les routes françaises, mais la plus grande partie des habituels protagonistes de l’Amstel Gold Race ou de Liège-Bastogne-Liège sera encore, cette année, sur la course des deux mers. Les citer tous serait impossible, mais on peut d’ores et déjà nommer : Alessandro Ballan et Cadel Evans, les deux derniers champions du monde, mais aussi Karsten Kroon, le tout chez BMC ; Vicenzo Nibali et Franco Pellizotti chez Liquigas ; Stijn Devolder et Tom Boonen chez Quick Step ; Robert Gesink chez Rabobank ; Juan Antonio Flecha et Thomas Lövkvist chez Team Sky ; Kim Kirchen, Filippo Pozzato et Kim Kirchen chez Katusha ; Fabian Wegmann et Linus Gerdemann chez Milram ; Andy Schleck, Fabian Cancellara et Matti Breschel chez Saxo Bank ; Alexandre Vinokourov, Maxim Iglinskiy et Enrico Gasparotto chez Astana ; …
Un parcours très ouvert
Mais avant de rêver à d’autres cieux, tous ces coureurs viennent aussi sur Tirreno-Adriatico avec des ambitions : il y a des étapes et un classement général à gagner ! Depuis quatre ans, la présence d’un contre-la-montre et, parfois, d’une étape de montagne très sévère décidaient, à coup sûr, de la victoire finale. Ce qui a donné, sur ces éditions, un palmarès très « course par étapes d’une semaine ou plus traditionnelles » : Michele Scarponi l’an passé, Fabian Cancellara en 2008, Andreas Klöden en 2007 et Thomas Dekker en 2006. Cette année, exit le chrono ; et en ce qui concerne la montagne, il y a bien la cinquième étape qui peut faire office de, avec son col à un peu plus de 1 500 mètres ; mais le reste du parcours n’est franchement pas du même calibre et on est plutôt là en présence d’une étape de moyenne montagne. Bref, ce n’est pas du tout cuit du tout pour les hommes de grands tours – les « uomini di classifica », comme disent les Italiens, qui ont pour cette catégorie de coureurs une appellation ma foi fort pratique.
Ce n’est certes pas assez simple non plus pour les sprinters, qui ne passeront jamais une étape comme la cinquième, précisemment. Mais entre ces deux extrêmes, on a beaucoup, beaucoup de possibilité. Un puncheur au top de sa forme peut mettre tout le monde d’accord, comme Bettini en 2004. Un sprinter excellent grimpeur peut tirer son épingle du jeu, comme Freire en 2005 – l’Espagnol est d’ailleurs toujours candidat cette année. Ca peut aussi se jouer, comme souvent dans le passé sur Tirreno-Adriatico, à coups de secondes et de bonifications entre plusieurs puncheurs très forts qui ne parviennent pas à se départager à la régulière. Un grimpeur peut également réaliser un grand numéro décisif, un Cancellara peut sortir une attaque aux 20 kilomètres dont lui seul à le secret… Les possibilités sont multiples. Le spectacle devrait, comme toujours de toutes façons sur Tirreno-Adriatico, au rendez-vous.


Crédit infographies & photo : Gazzetta