Tom Danielson, enfin éclore ?

Tom Danielson a 31 ans. Et après Christian Vande Velde en 2008 et Bradley Wiggins en 2009, la surprise Garmin de l’année, ce pourrait bien être lui. Entre spécificités physiologiques et mental friable, son entourage s’arrache les cheveux mais veut croire en la pleine exploitation de son potentiel. L’ancien coéquipier de Lance Armstrong, dont il a souvent été désigné comme le successeur, n’a plus le temps d’attendre. Il prépare en ce moment sa saison 2010 sur les routes françaises, et s’il parvient à trouver une solution à ses problèmes, il pourrait bien en être l’un des acteurs principaux, dans une équipe Garmin qui se cherche un nouveau fer de lance après le départ de Wiggo chez Team Sky.

Jusqu’en 2001, l’Américain ne se consacrait qu’au mountain bike, et c’est sa rencontre avec Rick Crawford va tout changer. Il le pousse à se tourner vers la route, et des premières performances impressionnantes lui font décrocher un contrat dès 2002 dans l’alors « puissante » Team Mercury. Il remporte alors le Tour du Lac Qinghai, et explose le record de l’ascension du Mont Washington détenu alors par Tyler Hamilton, l’améliorant de plus d’une minute, puis enchaînera en 2003 avec une victoire sur le Tour du Langkawi. Enfin, 2005, il fait encore parler de lui en lâchant Floyd Landis et Lance Armstrong himself sur le Tour de Géorgie. Pourtant, malgré deux top 10 sur la Vuelta en 2005 et 2006, quand Danielson signe chez Garmin en 2008, il est avant tout présenté comme un talent gâché. Et les pépins physiques, qui ont émaillé toute sa carrière, continuent de le gêner.

Un corps capricieux mais riche de capacités

Alors pourquoi Danielson confirmerait-il cette année ? Trois personnes semblent en tout cas le penser profondément : Rick Crawford, son mentor de toujours, Jonathan Vaughters, son manager chez Garmin, et le docteur Inigo San Millan. Dans une interview pour Cycle Sport Magazine, le manager américain rapporte ainsi les propos de son ami espagnol à l’intersaison 2008-2009 : « Jonathan, j’ai découvert que tu possédais dans ton équipe l’un des coureurs les plus talentueux du peloton. Ses capacités physiologiques sont incroyables, comme Contador. Il peut remporter de très grandes courses j’en suis certain ». L’américain venait pourtant de passer une saison compliquée, entre blessures et manque de responsabilités, devant tenir un rôle d’équipier sur des courses d’un jour qu’il affectionne peu.

Pour comprendre ce paradoxe qu’illustre Tom Danielson, qui aurait un potentiel extraordinaire mais quasiment inexploité, l’ancien coureur du Crédit Agricole avance deux raisons. Premièrement, ce coureur aurait un métabolisme très spécifique. Comme le rapporte le magazine américain, il possède des origines esquimaudes. Il a ainsi un rapport à la nourriture particulier : alors que d’un côté il éprouve des difficultés à maigrir, son corps stockant énormément, d’autre part, il est sujet à de nombreuses fringales, le sucre qu’il ingère étant rapidement utilisé en période d’effort. Un véritable dilemme. Manger peu l’empêche d’être efficace, mais sa tendance à grossir facilement l’oblige à se limiter. Il a ainsi totalement changé de régime alimentaire à l’hiver 2008/2009. Si cela lui a causé quelques difficultés initialement, il semble s’être finalement adapté, pesant huit kilos de moins qu’en 2008. Pourtant, si Tom Danielson se met en évidence au camp d’entraînement de l’équipe au Nouveau Mexique, lâchant tous ses petits camarades, il ne confirme pas sur ses premiers objectifs, et notamment au Tour de Californie où il termine à une décevante neuvième place.

La variable mentale

C’est là qu’intervient la deuxième spécificité avancée par Jonathan Vaughters : son coureur a un rapport à la concurrence et au stress très négatif. Une fois en course, au milieu d’un peloton de 200 coureurs, il perd ses moyens. Là ou d’autres sont sublimés par la concurrence, lui ressent un poids énorme sur ses épaules, probablement dû à l’attente qu’il a suscité dès ses premières années professionnelles. Il a ainsi débuté un travail avec un psychologue au cours de la saison 2009. Et s’il a brillamment remporté le chrono du Tour de Burgos devançant notamment Alejandro Valverde, décrochant une troisième place au général, ses problèmes de stress ne sont alors pas encore derrière lui. En fin de saison dernière, sur la Vuelta, il est quatrième à la mi-course, à hauteur des Valverde, Evans, Gesink et autre Basso. Inigo san Millan dira ainsi à Jonathan Vaughters : « Tom est tellement nerveux … Il est quatrième, mais il gaspille tant d’énergie. Je suis incapable de le calmer ». Et effectivement, dans les jours suivant, il va rétrograder au classement. Avant d’abandonner à 4 jours de la fin, alors qu’il était neuvième, atteint d’une bronchite.

Que doit-on donc penser de Tom Danielson ? Si l’on en croit son entourage, il possède un potentiel exceptionnel et ne l’a pas encore pleinement prouvé sur la route. Sera-t-il en mesure de franchir un cap cette année et d’embêter les meilleurs ? Il l’a déjà fait par intermittence : en 2005 où il lâche le gratin américain vers Towns County pour s’adjuger le Tour de Géorgie, en 2006 où il remporte une étape de la Vuelta après avoir été le seul à pouvoir suivre un Vinokourov déchaîné, ou même l’an dernier, où il a fait jeu égal avec les meilleurs pendant 10 jours également sur le Tour d’Espagne. A 31 ans, il devra cependant enfin savoir contrôler ses émotions pour confirmer ce que certains pensent depuis des années : qu’il est le plus grand potentiel américain sur les épreuves par étapes depuis Lance Armstrong. Pour sa reprise, cette semaine, sur le Tour Med, Tom Danielson s’est montré discret jusqu’à la dernière étape, sur laquelle il a tenté de prendre l’échappée du jour, avant de finalement se classer 14e au sommet du Mont-Faron, et 13e au général. Intéressant pour la suite, à savoir le Tour du Haut-Var, les 20 et 21 février prochain.

Crédit photo : slipstreamsports


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