Huta, de l’Aube à l’Andalousie

Par Alexandre Philippon
Mercredi 1 septembre 2010 - 7:00
Petit à petit, Yauheni Hutarovich devient Monsieur Huta. Dimanche, le Biélorusse a donné une nouvelle dimension à sa carrière en battant les meilleurs sprinteurs du monde à Marbella, et aspire à rééditer au plus vite. S’il parvient, mercredi à Lorca, à confirmer, il changera de statut. Pourtant, il y a trois ans, rares sont ceux qui auraient misé un kopeck sur lui. Il y a deux mois aussi.
« Pas opérationnel » pour le Tour de France 2010
Juin 2010 : c’est le moment de prendre une décision pour les directeurs sportifs d’équipes participant au Tour de France. Quels coureurs aligner sur la plus grande course du monde ? Du côté de la FDJ, on opte pour des coureurs complets, aptes à se glisser dans les échappées. Pas de sprinteurs. Martial Gayant expliquait cela au journal L’Union. « C’est un choix assumé : point-barre », lâchait-il fermement. Pas de Sébastien Chavanel, donc, ni de Yauheni Hutarovich.
Le dirigeant se justifiait : « Les objectifs fixés à ces deux coureurs dans le Pro Tour n’ont pas été atteints. Nous avons commencé à nous poser des questions lors du Tour de Picardie. Lorsque l’on n’est pas opérationnel à ce niveau, difficile de prétendre l’être sur le Tour avec des Petacchi… » Sous-entendait-il que le Biélorusse n’était pas assez talentueux ? Certainement pas. C’était plutôt une manière de lui foutre un petit coup de pied au cul.
Comme Offredo à Plouay, il se ressaisit
Un peu comme il l’avait déjà fait en mars. Sur Milan-Sanremo, Yoann Offredo passait la Cipressa en tête, s’attaquant au Poggio avec de réelles possibilités, si le peloton venait à se montrer passif. Raté, ils reviennent, l’avalent tout cru, et même s’il reste dans les roues pour se classer au final 16e. À Martial Gayant, alors, de critiquer ouvertement la tactique de course de son jeune coureur, qui à son goût aurait dû rester aux côtés d’Anthony Geslin afin de l’emmener au sprint.
L’attentisme, cela a été le mot d’ordre sur le récent Grand Prix de Plouay pour le Francilien, qui vint finir en trombes pour prendre une excellente troisième place, derrière Matthew Goss et Tyler Farrar. Comme une manière de montrer qu’il avait retenu la leçon. Et bien à présent, c’est au tour de Yauheni Hutarovich de prouver à son entourage qu’il sait se remettre en question. Certes double vainqueur d’étape sur le Tour Med en début de saison, il a en revanche ensuite vécu une longue période sans gagner, jusqu’au Circuit de Lorraine. Et rien sur les grosses épreuves. Jusqu’à ce réveil à Marbella, qui tombe à pic.
Le fruit d’un travail de plusieurs années…
Ce succès remarquable, obtenu au nez et à la barbe de Mark Cavendish, Tyler Farrar et Alessandro Petacchi – les trois meilleurs sprinteurs du monde ? -, confirme tout le potentiel de Yauheni Hutarovich. Un potentiel qui était passé inaperçu aux yeux de tout le monde, sauf du clan FDJ, qui lui avait donné sa chance en 2008. L’été dernier, alors que le natif de Minsk découvrait le Tour de France, le journal L’Alsace racontait comment Huta en était arrivé là. Et c’est Jacques Decrion, entraîneur au sein de la formation Pro Tour, qui contait l’histoire.
« Marc Madiot voulait que Yauheni soit encadré, s’il venait à la Française des Jeux, expliquait-il. Avec l’entraîneur Frédéric Grappe, basé à Besançon, on a fait la démarche pour qu’il vienne. On avait fait des stages au Champ Fleuri (un hôtel de Pugey, dans le Doubs, NDLR), où on avait mesuré l’ambiance familiale. Il y avait un appartement libre, ça tombait bien. Et puis, il y a un bon groupe de cyclistes à Besançon, qui se retrouvent le mercredi avec Francis Mourey. Et le reste du temps, quand je suis à Dole, je lui fais des sorties derrière scooter. »
… débuté dans l’Aube
Bref, Yauheni Hutarovich était couvé par un entourage qui croyait en lui. Aujourd’hui, ces hommes-clé dans la carrière du Biélorussie constatent qu’ils ne se sont pas trompés. Mais il a fallu faire preuve de patience, car la progression du rejeton a été poussive. Lorsqu’il évoluait à l’UV Aube, à partir de 2002, Huta devait concilier études et cyclisme. Mais aussi composer avec des problèmes de visa, qui l’empêchaient de rester toute l’année sur le territoire hexagonal. Le plus dur : ne pas se laisser abattre par les erreurs de parcours.
Il y en a eu une, en 2005, quand il a orienté sa carrière vers l’Italie. Un choix qui paraissait alors tout à fait logique, son compatriote Branislau Samoilau évoluant dans l’équipe amateurs Palagazzo dans laquelle il a alors couru plusieurs mois. Jusqu’à rejoindre Vellutex la saison suivante. Sauf qu’il est finalement revenu en France à l’UV Aube, les dirigeants de la structure transalpine ne se montrant pas compréhensif au sujet de son incapacité à se focaliser entièrement sur son sport. L’arrivée à ses côtés du clan FDJ, après une pige d’une année à Roubaix en 2007, lui permettra ensuite de se mettre sur les rails. Et aujourd’hui, c’est un véritable TGV.
photo : unipublic







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