Alors que les stars du peloton vont en découdre sur une des plus prestigieuses épreuves à étapes, Paris-Nice, nous vous proposons de faire la connaissance, à l’occasion d’une compétition plus modeste du calendrier UCI, d’un jeune et prometteur coureur amateur, Arnaud Demare. C’est à quelques encablures de Béthune qu’aura lieu ce week end le 46è Grand Prix de Lillers, qui a par le passé honoré de futurs pros comme le letton Aleksejs Saramotins, aujourd’hui chez HTC, Benoît Daeninck, coureur du Team Roubaix-Lille Métropole, ou encore Domink Klemme, devenu un des poulains de Bjarne Riis dans le team Saxo Bank.
Parmi les coureurs engagés pour cette édition, nous avons donc porté notre attention sur un tout jeune picard licencié au CC Nogent-sur-Oise, qui vient tout juste d’intégrer la catégorie espoirs. Arnaud Demare, 18 ans, par ses références chez les juniors, postule d’ores et déjà au passage dans les rangs professionnels dès les prochaines années : « j’en rêve », confie t-il, ajoutant, lucide sur le travail qu’il lui reste à accomplir qu’il n’a encore « rien prouvé dans la catégorie. » Il a accepté de se présenter pour Velochrono, avant de côtoyer pour la première fois le monde professionnel, étant ainsi sujet au volet d’une série de portraits que nous consacrerons aux éléments encore méconnus de la jeune génération.
Formerie, Wasquehal, puis Nogent
« Né le 26 aout 1991 à Beauvais, j’ai commencé très tôt par le VTT vers 4 ou 5 ans, dans le club de mon oncle, le CC Formerie. Puis je suis passé à la route en catégorie Benjamins, mais je n’ai fait de saison complète qu’à partir des Minimes», explique t-il, dont la carrière a pris une nouvelle ampleur à son passage à la catégorie d’âge supérieure : « En Juniors, j’ai rejoint le Team Wasquehal, pour progresser et participer à de belles courses. Avec une structure comme celle-ci, son directeur sportif Frederic Limousin, et son mécanicien Philippe Tomasina, je n’ai fait qu’apprendre. Hervé Boussard est également un super entraîneur : on a appris à se connaitre, et il savait me préparer parfaitement pour de grands objectifs, c’est pour cela que l’on continue ensemble maintenant au CC Nogent. »
C’est ainsi qu’en 2009, Arnaud Demare a connu une saison éblouissante : 25 podiums, 12 victoires, et pas des moindres. Et tout avait alors débuté à … Lillers : « J’avais bien commencé la saison avec le Grand Prix de Lillers (nommé Tour de la Communauté Artois Lys chez les Juniors, NDLR), chère au yeux de tout club du nord. » Le Nord, qui continue à lui porter chance par la suite : « J’ai fini deuxième sur Paris-Roubaix, où je me suis surpris de bien figurer au niveau international. » Puis les bouquets s’accumulent, autant que le Picard se forge une sacré réputation : « Est ensuite venu Trélon, pour le Challenge national junior, et ensuite, j’ai décroché le maillot vert de meilleur sprinteur sur la Course de la Paix, que j’étais très content de remporter ».
Et puis fut venu le moment de confirmer, sur des épreuves capitales : « Je m’étais bien préparé avec Hervé Boussard pour les championnats d’ Europe en Belgique où il était probable que ça arrive au sprint. » Arrivé troisième, Arnaud Demare dit alors « éprouver une grande satisfaction. » Vient alors le point culminant de sa saison, les championnats du Monde à Moscou. « Le circuit me semblait un peu difficile, mais au final je me retrouve dans l’échappé de neuf coureurs dans les cinq derniers kilomètres, en compagnie de Romain Guillemois. Malheureusement pour moi, le belge Jasper Stuyven est parti à la flamme rouge, et je ne pouvais pas boucher le trou et faire le sprint par la suite. J’ai alors espéré que ça revienne. Le sprint se lance et on vient mourir dans son sillage. »
Sur le podium des Europe et des Mondiaux Juniors
Le Tricolore n’aura pas décroché la timbale mais cumule deux places d’honneur qui lui permettent de bonifier considérablement son CV. « J’étais quand même vice-champion du monde à l’arrivée, et donc très heureux. » Enfin, dernier gros objectif de la saison, les Championnats de France. Arnaud Demare ne termine que 12e du contre-la-montre, et se montre très discret sur la course en ligne. Un rendez-vous qu’il estime avoir « foiré ». Mais pas abattu, le coureur de Wasquehal retrouve rapidement des couleurs : « Je me suis rattrapé en Istrie en faisant troisième de la première étape, deuxième de la seconde, et premier à l’issue de la dernière. »
De quoi valider son billet pour les rangs espoirs, sur lesquels il va porte donc les couleurs du CC Nogent. 13e de la Ronde du Canigou, 30e des Boucles Catalanes, il est actuellement en période de rodage, cherchant à s’adapter au mieux à ce nouvel univers. Tout laisse à penser qu’en rejoignant le club de l’Oise, il a fait un bon choix : « Avec Nogent il y a de superbes courses, et je peux même courir avec les pros parfois comme pour le GP Lillers. Le CC Nogent fait partie des plus belles structures Elites de France. De plus, j’habite a 30 minutes du service course, ce qui est vraiment très pratique. Et puis ils sortent tous les ans des coureurs professionnels, ce qui est motivant pour l’équipe, où tout le monde veut essayer de passer au dessus. »
Dimanche, sa première course du calendrier UCI
Le Grand Prix de Lillers ? Il n’y sera pas perdu. Vainqueur chez les juniors l’an passé, il sait à quoi s’attendre. « Je connais quelques bosses, et l’arrivée est assez large, c’est très découvert . S’il y a du vent ça pourrait bordurer », commente t-il avec le ton d’un vieux routier. Sera t-il protégé dans son équipe ? Rien n’est sûr. Néophite à ce niveau, Arnaud Demare est certes très rapide mais doit convaincre avant de réclamer le soutien de ses camarades de jeu : « Je n’ai encore rien prouvé a Nogent, je ne sais pas si ils prendront le risque de n’emmener les sprints, d’autant que je ne sais pas si je serais assez frais pour les disputer. Je suis motivé, mais je sais que ça va être dur. Se retrouver face à des professionnels qui ont davantage d’expérience, et plus de puissance que moi, ne sera pas évident. C’est quand même génial de courir a ce niveau, je m’habitue tout de suite a rouler vite, et je vois le travail qui reste a faire. »
Avant de postuler à un passage chez les pros, Arnaud Demare va devoir répéter ses résultats des Juniors dans la catégorie Espoirs. Et vieillir, prendre de la bouteille, et de l’expérience. Pour cela, l’aide de coureurs aguerris de la région va lui être précieuse. « Cet hiver, j’ai roulé pas mal de fois avec Guillaume Levarlet, mais aussi avec d’autres Picards, Arnaud Coyot, Sébastien Minard et Christophe Riblon, confie t-il. Il me raconte sa vie de professionnel, et me parle aussi de ses stages avec Saur-Sojasun, de ses courses… Il me conseille aussi sur la récupération. » Le jeune coureur sait déjà quels monuments le font rêver : les Championnats du Monde, le Tour de France, Milan-San Remo, le Tour des Flandres, et Paris-Roubaix. L’Enfer du Nord, il y a goûté l’an passé, terminant sur le podium, et espère bien y être à nouveau cette année : « C’est une superbe classique, si j’y participe j’aimerais bien y figurer. »
Nul doute qu’Arnaud Demare sera surveillé sur les 171 km de l’édition 2010 du Grand Prix de la ville de Lillers, notamment s’il se retrouve en bonne posture à l’issue des 100 derniers km présentant l’ascension de plusieurs monts. La concurrence sera toutefois féroce en pays d’Artois-Lys : René Pelcat, président de Région Sport Organisation, a pu attirer les équipes continentales françaises (Roubaix Lille Métropole, Big Mat Auber 93 et Bretagne Schuller), ainsi que les meilleurs formations européennes de ce niveau telles que Rabobank Continental, les belges de Lotto Bodysol, la redoutable équipe norvégienne Joker Bianchi, le team danois Glud & Mastrand-LRO ou encore Katyusha Continental.
Nous remercions Arnaud Demare pour sa disponibilité et sa gentillesse, et suivrons particulièrement sa prestation dimanche, ainsi que son apprentissage tout au long de la saison // Article réalisé en collaboration avec Fabien Rideau.



