Pierrick Fédrigo, coureur français de mars

Par Velochrono
Jeudi 1 avril 2010 - 13:00
Le premier mardi de chaque mois, l’heure est aux récompenses sur Velochrono. Exceptionnellement, en prévision d’une actualité chargée la semaine prochaine, nous anticipons : place donc, dès ce jeudi, au top 3 des coureurs français de mars. Grâce à son remarquable succès sur le Critérium International, Pierrick Fédrigo (BBox Bouygues Telecom) décroche la palme. Il devance Amaël Moinard (Cofidis) et Steve Chainel (Bbox Bouygues Telecom).
Fédrigo, « encore une marge de progression »
Si l’on se réfère à l’opposition à laquelle il a du faire faire, la victoire de Pierrick Fédrigo en Corse, à l’occasion du Critérium International, a une valeur toute particulière, tant pour le Marmandais que pour le cyclisme français, qui n’avait plus gagné sur le triptyque depuis 2003 avec Laurent Brochard. Intraitable sur l’Ospedale, où on ne l’attendait pas, le coureur de Bbox Bouygues Telecom s’est offert le scalp de cadors du rang de Cadel Evans, Samuel Sanchez, et d’autres encore plus illustres mais en perdition sur le col corse, tels Alberto Contador et Lance Armstrong.
Une performance de taille, au haut-niveau, et sur un terrain où d’habitude, on ne le voit pas bagarrer avec les meilleurs. Cet exploit pose la question de l’étendue du potentiel du champion de France 2005. Velochrono a interrogé Marion Clignet, préparatrice physique de la formation vendéenne. La double médaillée d’argent olympique, sur la poursuite individuelle, aux Jeux d’Atlanta et de Sydney, explique ne pas être étonnée par la prestation de Pierrick Fédrigo : « La performance de Pierrick ne me surprend pas du tout. Il est puissant, passe bien au sprint et il a pu voir qu’il était sans complexes quand il s’y met. »
Bon quand il le veut ? L’ancienne pistarde ne nous contredit pas : « Je dis toujours que 80% de l’effort en vélo se fait grâce au mental. Si tu es bien dans ta tête, même si tes jambes ne sont pas au top, les résultats suivront. A Paris-Nice, Pierrick étais en très bonne forme physiquement, mais il y a eu plusieurs journées où les conditions ne l’ont pas avantagé. » L’intéressé déclarait, après son succès, ne pas savoir, à 31 ans, quelles étaient ses limites. Marion Clignet nous donne des pistes : « Pierrick a encore une marge de progression dans le domaine du contre la montre et comme beaucoup de coureurs, dans l’approche psychologique de l’effort. »
L’équipe BBox Bouygues Telecom, dont nous plaçons deux éléments sur notre podium, réalise un mois de mars d’excellente facture, au cours duquel elle supporte la comparaison avec les grosses écuries. En sollicitant la franco-américaine, nous en avons ainsi profité pour évoquer la concurrence. Une équipe comme le Team Sky se dote d’un staff composé de spécialistes en tous genres : podologues, préparateurs, diététiciens. Marion Clignet explique que tout cela n’est pas si novateur : « Sky est une structure toute neuve. Ce n’est pas elle qui a innové, c’est plutôt Motorola qui a commencé, je pense, à réunir des spécialistes dans le domaine des matières que l’on utilise dans les vêtements pour le chaud, le froid, en soufflerie, et concernant la préparation physique générale, etc… Il est normal que les autres suivent le mouvement. »
Sur ces points là, les Français sont-ils en retard ? Elle considère que c’est de moins en moins le cas : « C’était peut-être le cas auparavant, mais comme on peut le voir avec les résultats des français depuis le début de la saison, il semblerait que le fossé soit en train de se réduire. Il y a, je pense, un retard à combler du côté de l’éducation physique a l’école, qui peut expliquer un retard global : certains pays ont déjà des cours tous les jours depuis tout jeune … Cela nous manque. » En tout cas, chez Bbox, on tente de réagir : « Nous travaillons avec plusieurs personnes dans tous ces domaines, surtout en début de saison. Ensuite, l’approche est plus ponctuelle. » Tout cela semble en voie de porter ses fruits.
Moinard, pour Cofidis
Il n’y a pas que Bbox Bouygues Telecom qui a fait un gros mois de mars. Il n’était pas envisageable de ne pas placer un coureur de l’équipe Cofidis sur le podium. Samuel Dumoulin, que nous avions nommé coureur français du mois de février, a à nouveau fait parler sa vitesse sur le Tour de Catalogne, mais c’est plutôt la victoire d’Amaël Moinard, le dernier jour de Paris-Nice, qui a permis à la formation nordiste d’être dans la lumière. Vu de France, l’étape finale de la Course au Soleil est ce qu’il y a de plus télévisuel en mars, alors le succès du Cherbourgeois, devant Thomas Voeckler, sur la promenade des anglais – en plus, avec le maillot à pois ! -, méritait bien d’être soulignée. Pour prétendre à dépasser Pierrick Fédrigo, il aurait toutefois du faire mieux sur le Tour de Catalogne, où il a terminé 41e.
Chainel, une montée crescendo
On n’a cessé de le voir sur les courses belges du mois. Présent dans l’échappée du GP Samyn, Steve Chainel montrait très tôt qu’il n’allait pas courir les épreuves flandriennes pour rester au chaud. Ce jour là, ses efforts ne sont pas récompensés, étant sans doute parti de bien trop loin. Alors sur A Travers la Flandre, le vice-champion de France de cyclo-cross, s’est montré plus patient. Trop pour parvenir à revenir sur Matti Breschel, mais en sortant en contre, suivi par les seuls Niki Terpstra et Bjorn Leukemans, il a pu jouer le podium, échouant finalement à son pied. Pas découragé, il a remis le couvert sur les Trois Jours de la Panne, mardi. La première étape de la course du front de la Mer du Nord est toujours révélatrice : c’est une véritable petite classique, certainement plus difficile à gagner qu’un Kuurne-Bruxelles-Kuurne ou un Het Nieuwsblad, car disputée à une période où l’opposition est au top. Cette étape, Steve Chainel l’a remporté. Sur Velochrono, il confiait quelques jours plus tôt : « Je fais du vélo pour gagner, pas pour me contenter de places d’honneur. » Il aura vite démontré qu’il ne parlait pas pour rien dire !
Ils ne nous ont pas échappé
Si notre rédaction n’a pas hésité pour placer Pierrick Fédrigo sur la première marche du podium, elle a en revanche longtemps hésité pour les deuxième et troisième place. Nous aurions pu désigner Thomas Voeckler, déjà performant en toute fin de mois de févier sur le Tour de Sardaigne, et très bon sur Paris-Nice, où il a terminé 5e sur l’étape de Mende, et échoué d’un rien face à Amaël Moinard à Nice. Egalement chez Bbox, William Bonnet avait sa place dans les 3 suite à son succès d’étape sur cette même épreuve et ses petites places en Belgique. Samuel Dumoulin aurait pu prétendre, lui aussi, à une place sur le podium, grâce à son succès de Montjuic sur le Tour de Catalogne. Très actif sur Tirreno-Adriatico, Benoit Vaugrenard aurait pu être récompensé s’il n’avait pas lâché prise au classement général. Nous avons également envisagé de classer Jean-Christophe Péraud pour sa neuvième place sur la Course au Soleil, mais n’ayant pas couru depuis, il s’est fait griller sur le fil. Enfin, pour sa régularité sur l’ensemble du mois, Cédric Pineau aurait mérité d’être mis à l’honneur.







#1 