Paris-Nice: les Français sans complexes

Par Jeremy Proux
Mardi 16 mars 2010 - 10:52
Pour le peloton français, Paris-Nice est autant un rendez-vous à ne pas manquer qu’une manière de marquer des points. Si quatre équipes françaises (Cofidis, Française des Jeux, Bbox Bouygues Telecom et Ag2r-La Mondiale) sont d’ores-et-déjà assurées d’une présence sur le Tour de France en Juillet, pour Saur-Sojasun, bien figurer sur la Course au Soleil était un objectif prioritaire, dans la perspective d’une obtention pour le précieux sésame. De ce point de vue, Stéphane Heulot peut être satisfait. Si le bilan comptable global des structures françaises est plutôt réjouissant, avec deux succès obtenus, et autant de coureurs tricolores qui accèdent au top 10, Thomas Voeckler et ses compatriotes – même les exilés, – sont également à créditer d’un état d’esprit conquérant. Devant ASO, l’enjeu était de taille. Leur bon comportement général suffira-t-il à convaincre la société organisatrice du Tour de France de convier cinq équipes françaises pour juillet prochain ? Retour sur un bon cru 2010, du côté des Français…
AG2R, pas si mal sans Nocentini
L’absence de l’Italien, victime d’une fracture du péroné sur le GP dell’Insubria fin février, s’est fait évidemment sentir, une fois la grande bagarre déclenchée. Nicolas Roche, toute proportion gardée au regard de la deuxième place du Toscan en 2008, aura assuré une belle place au général, aux portes du Top 10. 3eme à Aurillac, l’Irlandais vient conclure un premier trimestre 2010 encourageant. Plus que les distinctions individuelles, c’est l’influence collective opérée sur la course et son déroulement par la formation savoyarde qui ont ravi le manager général, Vincent Lavenu, fier de ses troupes, vendredi, qui ont été à l’origine de la scission du peloton à une vingtaine de bornes d’Aix. « On s’est montré aux yeux de tous comme une équipe capable de prendre la course en main dans une grande épreuve ». L’essentiel est là.
Moinard et Taaramae au top pour Cofidis
Cofidis poursuit une entame de saison durant laquelle elle a été omniprésente, et auréolée des quatre succès de Samuel Dumoulin. Début 2010, après la relégation à l’échelon continental professionnel digéré, chacun insistait sur la nécessité première de marquer les esprits, autrement qu’en montrant le maillot. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette philosophie a été scrupuleusement respectée. Amaël Moinard est l’exemple même de cette efficacité retrouvée du côté de la formation nordiste. A l’offensive à deux reprises, en direction de Mende, jeudi, puis autour de Nice, dimanche, le Normand s’est d’abord attaché à tisser peu à peu le maillot à pois rouge de meilleur grimpeur, qu’il a finalement doublé d’une victoire d’étape sur la Promenade des Anglais, après un sprint à deux face à Thomas Voeckler. Et le jeune estonien Rein Taaramae, constamment à l’attaque et 8eme au final, confirme tout le bien déjà entrevu fin 2009, venant compléter un bilan des plus réjouissants.
Bbox passe par toutes les émotions
De la satisfaction d’avoir remporté une étape, à la déception d’échouer à la seconde place, dimanche, en passant par l’abattement et la sensation d’avoir joué de malchance dans la quête d’une bonne place au général, la formation vendéenne Bbox Bouygues Telecom aura connu des fortunes diverses. William Bonnet vainqueur mardi d’un sprint houleux, laissait présager d’une semaine des plus intéressantes, alors même que Jean-René Bernaudeau fait le tour des repreneurs potentiels pour 2011. A Mende, jeudi, Thomas Voeckler mettait à profit ses talents de puncheur, et sa force mentale qu’il n’est plus nécessaire de démontrer, pour se replacer au général, avant d’y perdre toute illusion dès le lendemain, des suites d’une crevaison malvenue. L’Alsacien, revanchard dimanche mais certainement trop gourmand dans le cadre du sprint qui l’opposait à Amel Moinard, fait néanmoins oublier une semaine plus discrète pour Pierrick Fédrigo, cela dit assez peu adepte des débuts de saison en grande pompe. « L’écart entre Thomas et le peloton se réduisait et c’est pour cette raison qu’il a décidé de lancer le sprint de si loin, expliquait Jean-René Bernaudeau pour Cyclingnews, avant de conclure : ce fut cependant une belle semaine. Nous avons prouvé que nous sommes une grande équipe, que nous sommes meilleurs que l’an dernier. Je suis vraiment fier des gars ».
Le Mével, présent, mais déçu
Au regard de son potentiel et de son Tour 2009 conclu dans les dix premiers, Christophe Le Mével s’affirme comme un leader de plus en plus naturel. Longtemps, le Breton, 8eme à Mende et instigateur de la lutte entre les favoris sur la « montée Jalabert », a semblé capable de faire la différence pour venir cueillir un bon classement final. Une chute spectaculaire dans les derniers hectomètres de la descente du col d’Eze a fini de contrecarrer les espoirs du protégé de Marc Madiot, adepte d’une préparation planifiée en collaboration avec Frederic Grappe. Dans la continuité de sa victoire sur le Tour du Haut-Var, il s’affirme néanmoins comme une valeur sûre, autant pour le cyclisme français que pour son équipe, qui doit regretter l’abandon d’Arnaud Gérard, sévèrement touché, samedi.
Chavanel, Pineau : discrets, mais pas grillés
3eme l’an passé, Sylvain Chavanel nourrissait naturellement des ambitions au départ de cette 68eme édition. Très vite, le Châtelleraudais a su qu’il ne pourrait les satisfaire. Sans s’affoler, le coureur de la Quickstep sait qu’il est avant tout attendu d’ici une quinzaine jours, sur d’autres monuments du cyclisme, que sont le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, auxquels viendront cette année s’ajouter les Ardennaises, auxquelles il souhaitait participer. Il a semble t-il volontairement retardé sa préparation, quitte à moins bien figurer sur la Course au Soleil. Jamais très loin des meilleurs (14eme au général), il reste le coureur le plus en vue sur cette semaine de course durant laquelle l’équipe Quickstep aura brillé par sa discrétion. Pour Jérôme Pineau, le constat n’est guère différent. Le Nantais, échappée en direction de Mende, monte doucement en puissance, et, comme son compatriote et coéquipier, sait que la saison sera longue. L’ancien coureur de Bbox a en effet émis la volonté de faire deux grands tours en 2010.
Péraud, les comptes sont bons
Le champion de France du contre-la-montre aura brillé par sa régularité. Auteur d’un prologue correct (20eme à 23 secondes de Lars Boom), l’ancien vététiste et ingénieur ne cesse d’impressionner. Meilleur français au final (9eme), alors qu’il honorait sa toute première participation à la Course au Soleil, le Toulousain a pu jouir d’une certaine liberté d’action, du fait de sa relative inexpérience au plus haut niveau. Encensé par son coéquipier Philippe Gilbert, bluffé par ses performances sur les stages d’avant-saison, le coureur français a profité, dimanche, de la défaillance de Peter Sagan pour se hisser définitivement dans les dix premiers. Un sacrée performance pour celui qui, à 32 ans, est un néo-pro atypique, dont on ne parvient pas encore à saisir l’ensemble du potentiel.
Devant ASO, Saur-Sojasun se montre
Paris-Nice 2010, organisée par la société ASO, présentait une forme de guerre interne, entre les quelques formations encore non assurées d’une participation à la prochaine Grande Boucle. Même non représentée dans les dix premiers au général, Cervelo, toute auréolée de sa victoire d’étape obtenue par le valeureux Xavier Tondo, peut se targuer d’avoir remporté une bataille, même après l’abandon de Heinrich Haussler, et l’absence de Thor Hushovd. Pour Saur-Sojasun, omniprésente dans les échappées, le bilan reste positif. « Une victoire d’étape et un classement dans le Top 10 : ce serait une belle semaine pour nous », ambitionnait Stephane Heulot au départ de Montfort-L’Amaury. Le briefing aura été respecté à moitié, même si Jimmy Casper, pris dans la chute à Limoges dans le dernier kilomètre, semblait en bonne position pour l’emporter. La satisfaction principale est venue de Jérôme Coppel, 10eme au final, et toujours au contact des meilleurs. Avant tout spécialiste du chrono, les performances du jeune français, transfuge cet hiver de la Française des Jeux, laisse augurer d’un excellent potentiel sur les courses d’une semaine. De quoi en tout cas attirer l’attention des organisateurs du Tour, qui auront pu également constater les prestations timides des rivales hollandaises (Skil-Shimano et Vacansoleil) de la formation bretonne. De bon augure pour Juillet.
crédit photo : ASO – Letour.fr – PresseSports – B.Papon






#1 