Où en sont les favoris du Tour ?


Où en sont les favoris du Tour ?

Par Jeremy Proux
Jeudi 3 juin 2010 - 10:09







Le Tour : la plupart de ses favoris en font l’objectif majeur de leur saison. D’autres prennent le risque de le précéder du Giro. Denis Menchov l’a appris à ses dépends en 2009 : faire le choix de participer au cours d’une même année au Tour d’Italie et au Tour de France représente un risque que l’Histoire récente tend à confirmer. Dans l’ère du cyclisme moderne, ils sont peu nombreux à avoir su triompher à quelques semaines d’intervalle. Marco Pantani, en pleine tourmente Festina, est le dernier à avoir réaliser l’exploit en 1998. Quelques irréductibles espèrent encore faire mentir les statistiques. Pour les autres, comme Alberto Contador, l’heure est venue de monter au créneau lors du Dauphiné Libéré ou du Tour de Suisse. Velochrono fait le point sur ceux qui, assurément, joueront les premiers rôles en juillet

Ils doublent Giro-Tour

Cadel Evans, jamais battu

evans nicolas gotz Le champion du Monde australien a encore une fois montré toute sa rage sur le dernier Tour d’Italie. Souvent malchanceux, il n’a pu compter sur une formation BMC des plus solides sur les routes italiennes. Un handicap malheureux, quand on sait que la perspective d’une victoire sur le Tour passe par cette nécessité, pour une formation, de faire bloc autour de son leader. A 33 ans, ses chances de remporter un Grand Tour s’amenuisent.

Pour l’heure, l’ancien vététiste a semble-t-il décidé de rompre avec cette étiquette de coureur attentiste qui lui collait à la peau : un panache retrouvé lui a permis de remporter la Flèche Wallonne en avril dernier, ainsi que l’étape dantesque de Montalcino sur le dernier Giro, au terme duquel il s’est accroché à une belle cinquième place qu’il a cependant qualifié de « décevante », au regard d’une forme déclinante selon ses propres mots. Résigné l’an passé sur les routes du Tour, il a une revanche à prendre devant un public français qui l’a toujours soutenu, fort de sa bonne image auprès de celui-ci.

Bradley Wiggins en garde sous la pédale

Incroyable quatrième l’an passé sur la Grande Boucle, Bradley Wiggins est passé par toutes les sortes de sentiments au cours d’un Giro terminé en roue libre, avec les pensées orientées vers le mois de juillet. Vainqueur du prologue batave, le Britannique cherchait avant tout à se tester. C’est incontestablement chose faite, après une victoire sur le prologue batave sur lequel il a prouvé qu’il n’avait rien perdu de sa superbe sur les chronos.

Fait assez étonnant, l’ancien coureur de Cofidis a choisi une approche du Tour assez atypique : absent du Dauphiné et du Tour de Suisse, il se présentera au départ de Rotterdam en ayant opté pour la récupération. Un choix somme toute parfaitement réfléchi, au regard d’une troisième semaine pyrénéenne compliquée, ponctué par le long contre-la-montre entre Bordeaux et Pauillac, placé la veille du défilé sur les Champs. Dans tous les cas, les capacités du Britannique en haute montagne restent encore floues, car n’ayant pas été confirmées depuis juillet 2009.

Ivan Basso revient sur le devant de la scène

La victoire d’Ivan Basso sur le Tour d’Italie a pour certains fait renaître les vieux démons. En glanant son second Giro, l’Italien vient surtout compléter la liste des favoris. A moins que le côté « surcharge » inhérent au fait de viser la victoire à la fois sur le Giro et le Tour ne finisse pas le rattraper. Le leader de la Liquigas, qui ne pourra compter sur son « petit frère » Vincenzo Nibali – probablement absent -, entretient une telle relation avec le Tour, qu’il est impossible de concevoir une approche approximative et détachée de la grande boucle.

« Je veux rendre au Tour ce qu’il m’a donné, a t-il déclaré. De 2001 à 2005, il m’a procuré de très grandes émotions. C’est une course fantastique. Je ne me suis pas encore penché sur le parcours. Mais la première chose que je ferai lundi matin (au lendemain de la fin du Giro, NDLR), c’est de regarder la carte du Tour en détail. J’irai au Tour en ayant la même approche qu’au Giro. Sereine, tranquille, en ayant une équipe unie ».

Carlos Sastre, faire valoir l’expérience

Handicapé par une chute qui fit naître des douleurs au dos, le vainqueur du Tour 2008 aura tenu son rang sur le dernier Tour d’Italie, même si il a largement profité de l’échappée fleuve et de l’incroyable scénario qui secoua le Giro en direction de l’Aquila. Largement dominé par les Basso, Nibali ou Evans en haute montagne, l’Espagnol vient néanmoins compléter son impressionnante collection d’accessits obtenus sur les grands tours, qui font de lui un outsider toujours présent pour la Grande Boucle.

A 35 ans passés, l’ancien coureur de la Once ne peut plus se permettre de rater ses principaux objectifs, tant ses saisons ne se résument guère plus qu’aux deux grands tours qu’il a l’habitude de disputer chaque année. Sa victoire sur l’édition 2008 de la Grande Boucle, c’était il y a seulement deux ans, et il garde certaines qualités, comme ses capacités à négocier la troisième semaine. S’il est vraiment au top de sa forme, ce qui semble ne pas avoir été le cas sur le Giro, il reste dangereux.

Le Tour, leur objectif numéro un

Michael Rogers, encore un pallier à franchir

Récent vainqueur du Tour de Californie, devant une concurrence certes de moindre qualité par rapport à celle du Tour d’Italie, Michael Rogers commentait il y a peu son début de saison, qu’il jugeait décevant : «Jusqu’ici, cette saison n’était vraiment pas une réussite pour moi, surtout à cause d’une blessure au genou. J’ai raté mon printemps. Mais maintenant, je me sens mieux, et je suis ravi d’avoir fait un si bon chrono. Maintenant, je suis tourné vers mon prochain objectif, le Tour de France.»

Longtemps cantonné à un rôle d’équipier sur le Tour, l’ancien champion du monde du contre-la-montre s’efforce de démontrer qu’il n’est pas un ex-futur espoir. La saison 2009, qui l’a vu passé à côté de son Tour de France, lui a néanmoins permis de retrouver une certaine confiance, après avoir surmonté une mononucléose. Très souvent placé, mais rarement gagnant, il aborde à 31 ans un tournant de sa carrière. Un bémol subsiste sur la possibilité de le voir jouer les premiers rôles : l’hégémonie de Mark Cavendish chez HTC-Columbia est telle qu’il ne devrait pas disposer de beaucoup de coéquipiers susceptibles de l’aider, une fois les premières cimes à l’horizon.

Denis Menchov, tout pour le Tour

Le Russe, qui a abandonné prématurément sur le Tour de Belgique en raison d’une bronchite, semble avoir fait du Tour de France un objectif majeur, lui l’ancien vainqueur du Giro et de la Vuelta. Après un début de saison discret et une montée en puissance satisfaisante sur le Tour de Romandie, le ténébreux leader de la Rabobank répétera ses gammes sur le Dauphiné Libéré, test ultime avant le Tour de France.

La Grande Boucle est une épreuve sur laquelle il a souvent joué de malchance, comme l’an passé où, collectionnant les chutes, il est apparu impuissant, à des années-lumière d’une édition 2008 où il brillait par sa régularité. Limité en haute montagne sur le Tour, alors qu’il y a souvent montré un certain talent sur les autres Grands Tours, il présente une anomalie qu’il devra faire mentir. Pas évident, sur un parcours du Tour 2010 qu’il aurait certainement aimé voir complété par un contre-la-montre supplémentaire.

Alberto Contador, en mission de reconnaissance

Scène presque insolite sur les sommets pyrénéens en début de semaine : les deux principaux favoris du Tour de France, Andy Schleck et Alberto Contador, se croisent en pleine reconnaissance en vue du mois de juillet. Si les poignées de mains sont cordiales et l’atmosphère sympathique, l’objectif est clair pour le double vainqueur du Tour qu’est Contador : satisfaire la traditionnelle reconnaissance des étapes du Tour, mais aussi, monter en puissance avant le Dauphiné Libéré, une course qu’il apprécie, mais qu’il n’a jamais voulu remporter à tout prix, soucieux de ne pas griller de précieuses cartouches avant juillet.

Le début de saison du Madrilène aura été presque traditionnel. Après une remise en forme tranquille en Algarve, un Paris-Nice sur lequel il fut chahuté, mais solide, le Critérium International a montré les limites de l’Espagnol, presque soudain devenu « battable ». Dans le col de l’Ospedale, l’Espagnol aurait souffert d’allergies. Il n’en fallait pas tant pour revigorer la concurrence, qui lorgne sur une défaillance de l’Espagnol sur les pavés, qui seront franchi en début de Tour. Contador, lui, a répondu à la fois sur le vélo mais aussi en dehors, en remportant le difficile Tour de Castille-Leon et en s’entourant de l’illustre Peter Van Petegem pour mieux dompter les difficultés du Nord. Le Pistolero ne laisse rien au hasard pour remporter un 3e Tour de France.

Les Schleck, le printemps au placard

Après un début de saison compliqué par une blessure au genou, qui l’a fait patienter jusqu’à début mars pour renouer avec la compétition, Andy Schleck a rassuré sur des classiques ardennaises combatives, même si, frustré, il n’a pas pu rééditer sa victoire dans l’Amstel Gold Race, qu’il considérait comme l’objectif majoritaire du printemps. Sur le Tour de Californie, la forme du cadet de la fratrie est apparue encore perfectible. « Je n’ai jamais attendu de lui qu’il suive les meilleurs, ce n’était pas le plan », expliquait néanmoins Bjarn Riis, soucieux de ne pas griller son poulain avant un Tour dont la troisième semaine s’avérera déterminante.

Pour Frank, les résultats n’ont guère été plus satisfaisants, malgré une deux top-10 à l’Amstel et à Liège, et l’heure est à la patience. Une fois n’est pas coutume, après une petite semaine de reconnaissance des cols pyrénéens en commun, les deux compères se sont séparés, le temps pour l’ainé de remettre son titre en jeu sur son tour national. Ils se retrouveront sur le Tour de Suisse, avant une fois de plus de faire valoir les intérêts de la famille en juillet. Andy Schleck devrait être son atout premier, mais Frank n’est pas dénué d’ambitions. « Pour être franc, je n’ai pas renoncé à gagner le Tour moi-même », déclarait-il en début de saison.

Lance Armstrong : on va savoir !

Quelques doutes planent autour de la condition du Texan, auteur d’un début d’exercice 2010 poussif. Rien d’alarmant, cependant, pour le septuple vainqueur du Tour, adepte – et c’est peu dire – des préparations planifiées au millimètre pour la course de sa vie, le Tour de France. Les révélations de son ancien coéquipier Floyd Landis sont venues néanmoins s’ajouter à une déconvenue sportive survenue au cours du Tour de Californie, où l’Américain chutait et se voyait contraint à l’abandon. Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’il n’aura pas été épargné par les contretemps physiques au cours de la première partie de saison : une gastro-entérite perturbait déjà sa préparation en marge du Circuit de la Sarthe.

Dès lors, il a tenu à modifier quelque peu son programme jusqu’au Tour, en privilégiant une approche crescendo, qui le verra, si tout va bien, se rassurer sur le Tour du Luxembourg, dans un cadre plutôt « relax », monter en puissance sur le Tour de Suisse – qu’il n’a plus couru depuis 2001 – et enfin jouer les premiers rôles en juillet. A partir de là, le conflit qui l’opposait en interne à Alberto Contador, l’an passé, devrait ressurgir, mais sur un fond de rivalité purement sportive. « Contador, à la normale, est imbattable. Après, sur le Tour, il y a des circonstances de course qui font que tout est possible », nous confiait récemment Alain Gallopin.

photos : astana, sport-phot.com, wikimedia, rabosport, cervelo, teamsky, radioshack, zoe rochelle



  1. Excellente analyse. Mais pourquoi ne pas avoir mis Sastre dans ceux qui doublent Giro-TdF ?


  2. Vendredi 4 juin 2010 à 10:59 - Martin | Thumb up 0 Thumb down 0

  3. Es-tu sûr qu’il a vraiment fait le Giro ? ;)

    Oui, c’est une erreur, je viens de modifier, merci !


  4. Vendredi 4 juin 2010 à 11:06 - Alexandre Philippon | Thumb up 0 Thumb down 0







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