Olivier le Gac : « Des moments inoubliables »

Par Jeremy Proux
Mercredi 18 août 2010 - 11:00
Le dimanche 8 août dernier, la Marseillaise a retenti deux fois, en ce week-end de championnat du monde de la catégorie junior. Dans la région des Marches, au cœur même de la petite cité perchée d’Offida, les Italiens n’ont vu que du bleu ! Pas celui qu’ils attendaient, puisque les coureurs transalpins n’ont, cette année, brigué aucun titre mondial. Pauline Ferrant-Prévot a tout d’abord montré la voie. En s’imposant lors de l’épreuve en ligne réservée aux dames, la jeune Rémoise a ouvert les portes d’une mainmise tricolore, formidablement incarnée par Olivier le Gac, sacré champion du monde juniors, et par l’ensemble de la délégation française. Pour Velochrono, le jeune breton – il court au VS Plabennec – a accepté de revenir sans lassitude aucune sur son titre mondial. Anthony Haspot, l’artisan principal de ce succès, méritait bien également qu’on lui donne la parole, lui qui incarne, au même titre que l’ensemble de l’équipe de France, cet esprit de la gagne et du collectif.
« Je n’y croyais pas trop »
La victoire d’Olivier Le Gac fait une fois de plus renaître une vieille rengaine symbolisée par une question dont le milieu cycliste français n’a sans doute pas encore trouvé de réponse : pourquoi les coureurs français professionnels ne réussissent-ils plus de résultats probants sur les courses d’un jour, alors que leurs cadets – juniors ou espoirs – constituent depuis longtemps déjà des références à l’échelle internationale ? Depuis deux ans, la France fabrique des champions en herbe, qui parfois, certes, tardent à s’affirmer.
L’heure n’est pas encore à ce type d’interrogation pour le jeune Breton, qui entend avant tout savourer cette couronne planétaire. Les souvenirs sont encore frais, mais de toute manière inoubliables. « L’équipe a appliqué les consignes. Du coup, je suis resté à l’abri dans le peloton jusqu’aux quarante derniers kilomètres, explique-t-il. Je gardais alors toutes mes chances et les jambes étaient encore bonnes. » Il met à profit cette fraîcheur physique et sort, au culot, de ce qui reste du peloton dans l’ultime ascension. « Je n’y croyais pas trop car le peloton est revenu fort ». Sa force : son profil passe-partout, qui lui a permis de ne concéder de terrain ni dans la partie accidentée du final, ni sur le plat avant l’arrivée. « Je pense être un coureur assez complet sans vraiment de spécialité. Je me débrouille plutôt bien en chrono et je grimpe assez bien, je ne suis pas très rapide au sprint mais en fin de course, je peux m’en sortir. C’est d’après moi mon point fort ».
Une victoire à la Sicard
De sprinter, il n’en aura pas besoin. Car c’est seul, comme son aîné Romain Sicard chez les espoirs, et après avoir déposé l’Allemand Mario Gogt et l’Australien Jay Mac Carty, qu’il voit poindre la ligne d’arrivée, avant une ultime frayeur. « J’ai déraillé dans le dernier kilomètre et je me demande, après avoir revu la vidéo, comment j’ai fait pour ne pas paniquer. J’ai cru à la victoire seulement dans les 300 derniers mètres. Et dans les 100 derniers mètres, quand j’ai vu que c’était bon, c’était du pur bonheur, tout simplement magique ». Cette victoire, inattendue pour certains, beaucoup moins pour d’autres, vient surtout confirmer une superbe montée en puissance au cours du mois de juillet, marqué par deux succès – première étape et classement général – sur le GP Patton, alors que le jeune homme n’est encore que junior première année. Bonjour promesse !
A peine âgé de 17 ans – il les aura le 27 août -, il ravit en tout cas famille, amis et coéquipiers de l’équipe de France, dont il est unanimement apprécié. « Il y a eu beaucoup d’émotion à mon retour à Brest. J’étais agréablement surpris de voir autant de monde pour m’accueillir. Cela fait plaisir de voir ma famille, mes amis et les personnes qui aiment le vélo me soutenir. Ce sont des moments inoubliables ». L’environnement familial, largement imprégné de la culture cycliste, est un élément indispensable dans l’épanouissement du jeune français. « Mon père et mes deux frères font du vélo. Même ma mère a toujours aimé ce sport. Du coup, j’ai naturellement quitté le football que je pratiquais depuis sept ans pour me mettre complètement au vélo ».
Le triomphe du « groupe France »
Quelques heures avant d’en découdre, Olivier Le Gac a pu s’imprégner de la ferveur et de l’émotion suscitée par la victoire de Pauline Ferrand-Prevost, largement méritée après une deuxième place en 2009. « On était tous super heureux pour elle et cela nous a d’ailleurs un peu écarté psychologiquement de notre course. Pierre-Yves Chatelon (sélectionneur de l’équipe de France juniors, ndlr) nous a alors rappelé nos objectifs et nous a certifié que nous étions capables de faire aussi bien ». Un discours qui porte ses fruits : pendant toute la course, Anthony Haspot, Florian Sénéchal ou Romain Guyot se mettent à la planche pour favoriser l’attaque du Breton ou le placement de Sébastien Bergeret, « le plus rapide de nous tous », en cas d’arrivée au sprint.
« Le briefing d’avant course consistait à faire comme si les deux premiers tours n’existaient pas, explique Anthony Haspot. Ensuite, lors des troisième et quatrième tours, Florian Sénéchal et moi dévions aller dans les coups et/ou les provoquer si on avait les jambes. Les deux tours suivants, c’étaient Romain Guyot. Au cours des deux derniers tours, c’étaient Emilien (Viennet, NDLR) et Olivier qui devaient prendre le relais ». Le message est reçu cinq sur cinq par les jeunes tricolores, dont Anthony Haspot. « On avait tous une vraie chance d’accrocher un podium, explique ce dernier, comme pour souligner l’excellente homogénéité d’un groupe aux automatismes bien huilés. « Personne n’était désigné leader, chacun avait sa chance, même si Emilien et Olivier étaient peut-être un peu plus protégés », ajoute Haspot.
« Anthony a été impressionnant »
Le jeune licencié de l’UC Cholet 49, même conscient de ses propres chances de bien figurer au classement final, n’a pas hésité un instant avant de se mettre à la planche pour contrecarrer les plans des Belges, des Allemands ou des Italiens, très remuants en fin de course. Il est ainsi l’auteur d’un travail de sape, qui n’est pas sans rappeler celui de Thibaut Pinot lors de la victoire de Romain Sicard sur les Mondiaux de Mendrisio en 2009. « Il a effectué un énorme travail pendant toute la course, il a été impressionnant ». Le jeune choletais avait en effet pu se faire une idée de sa condition, lors de l’épreuve chronométrée disputée l’avant-veille de la course en ligne et terminée à la douzième place. « Je pense être à ma place même si je visais un top 10 », regrettait-il presque. De ce week-end en fanfare ne restera en effet que la légère déception de n’avoir pu voir un coureur tricolore jouer les premiers rôles sur le contre-la-montre.
Ce manque, c’est une réalité à laquelle il faut néanmoins faire face. Si dominateurs lors de la course en ligne depuis 2008, les jeunes français ne peuvent rivaliser, actuellement, avec le reste de l’élite du vieux continent, dès qu’il s’agit d’affronter le chronomètre. « Je ne peux pas vraiment l’expliquer. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup moins de puissance, comparé à certains juniors aux gabarits impressionnants et déjà bien développés », comme les Australiens ou les Allemands.
L’enthousiasme lié aux deux titres mondiaux vient de toute manière compenser cet effacement. Savourer la victoire de jeunes français à l’échelle internationale, c’est aussi une occasion de souligner le succès des clubs formateurs, souvent décriés au moment de faire le bilan d’un cyclisme français trop souvent confiné au manque des résultats de ses professionnels. « L’UC Cholet m’a permis de passer un palier cette saison, c’est surtout grâce a mon entraineur et directeur sportif, Yvonnick Bolgiani. Je lui dois vraiment beaucoup, il m’a fait progresser par étapes pour arriver aujourd’hui à ce niveau ».
Photo : @Thei van Els – flickr






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