Mottet : « Gilbert, une jambe au dessus »


Mottet : « Gilbert, une jambe au dessus »

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Lundi 18 octobre 2010 - 19:05







En 1988, le Français Charly Mottet s’imposait sur le Tour de Lombardie. Une victoire entourée de deux podiums en 1985 et 1990. Velochrono a ainsi demandé à ce fin connaisseur de la classique des feuilles mortes son avis sur la course épique de ce samedi, remportée par Philippe Gilbert. L’occasion également d’en savoir plus sur les activités actuelles de l’ancien sélectionneur de l’équipe de France.

« Des conditions effroyables »

Ce Lombardie 2010 a été un cru particulier, avec toute cette pluie, et cette animation observée loin de Côme. Charly Mottet s’est régalé : « Cela a été une très très grande course, avec 7 heures de vélo effectuées dans des conditions effroyables, sur un parcours très difficile. Gilbert l’a d’ailleurs dit lui-même : c’est la plus belle victoire, mais aussi la plus difficile. Il a maitrisé cette course dans tous les secteurs. » Son tournant ? « Surement la chute de Nibali, Philippe Gilbert finissant de se détacher. »

Mais, justement, est-ce que le Squale aurait pu battre le Belge ? « Il n’aurait probablement pas gagné, répond Mottet. Gilbert étant a priori plus rapide. Et la domination de Gilbert se voyait rien qu’au faciès des coureurs de tête. Lui semblait assez serein tandis que les autres avaient le visage plus marqué, crispés par le froid et la difficulté. C’est d’ailleurs un des rares coureurs à n’avoir pas remis un imperméable à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée, pour la dernière descente, alors que tous ses concurrents le faisaient. D’ailleurs, c’est un moment où on ne le remet pas d’habitude, pas si près de l’arrivée. Et surtout, il a été largement une jambe au dessus de tous les autres coureurs samedi. »

La première grande action de Gilbert a été cette descente de la Colma di Sormano parfaitement maitrisée, ce qui fait qu’il a pu se détacher. Habile, lucide, le coureur d’Omega Pharma-Lotto tentait le tout pour le tout alors qu’il abordait pourtant une longue portion roulante pas forcément propice à un homme seul. « Et cette descente a été réalisée dans les conditions les pires, ajoute Mottet. Celles qui rendent le niveau technique particulièrement relevé. Il y avait tout ce qu’il y a de plus difficile, avec le froid, la route trempée, la pluie, les feuilles. Aucune faute n’y était permise. » La chute de Nibali, une faute, alors ? « Dans ces conditions, le facteur chance n’est pas non plus à oublier, prévient-il. Là, il y a aussi de la malchance pour lui. »

« Un monument du cyclisme »

En plus de conditions hostiles, cette classique était plus difficile que d’habitude avec un tracé corsé au sud du Lac de Côme, avec l’ajout de cette Colma di Sormano après la Madonna del Ghisello. Charly Mottet, que pense-t-il de ce nouveau parcours du Tour de Lombardie ? « C’est un monument du cyclisme, il ne faut rien sacrifier. Cette année, c’était parfait. Tout est demandé : il faut savoir grimper, descendre, avoir des réserves pour les 260 kilomètres. Ce parcours a vraiment été très beau. » Beau, pour le téléspectateur, c’est certain. Pour les coureurs, beaucoup moins. Nombreux sont ceux qui ont dû regretter de ne pas être en vacances plutôt que de courir en Lombardie.

C’est ainsi que seuls 34 coureurs ont rallié l’arrivée. Charly Mottet ne trouve pas que c’est peu, au contraire ! « 34 coureurs, avec ces conditions, c’est déjà beaucoup ! Ce sont 34 courageux ! Quand vous dépassez les cinq heures de course avec ces conditions dantesques, à n’en pas douter, c’est que vous avez de très belles qualités de coureur. » C’est ainsi qu’il souligne la performance de Guillaume Bonnafond, jeune coureur français d’AG2R-La Mondiale, qui finit 22e de l’épreuve, à moins de 7 minutes de Philippe Gilbert : « Il faut être un grand coureur pour faire cela ».

Ainsi, plus que jamais, la principale force du Belge a été son mental. « Bien sûr, il était au top physiquement, introduit Mottet. Il a aussi dominé tactiquement, faisant ce qu’il voulait faire, mais il n’a pas écrasé la course non plus. D’ailleurs, les six premiers tiennent quasiment en une minute. Mais le mental, donc, a beaucoup joué. Par exemple, dans le final, Michele Scarponi n’a pas cherché à rester dans sa roue, mais était à ses côtés. Ils se sont mêmes touchés plusieurs fois. On a assisté à un beau duel. Peut-être même que Scarponi a joué un peu de provoc’, un coup de bluff, en disant : regarde, je peux grimper autant que toi. Mais Gilbert n’a pas bougé, ne s’est pas inquiété, et a fait sa course. »

« Les équipiers marchent quand les leaders marchent »

Voilà donc Philippe Gilbert qui réalise le doublé sur le Tour de Lombardie, comme Eddy Merckx en 1971 et 1972. « C’est un coureur complet qui s’y impose, et le palmarès de la course est là pour le prouver, rappelle Mottet. C’est une course de fin de saison, où il faut être en forme, avoir un travail foncier conséquent, mais disposer aussi encore d’un peu de fraîcheur et de réserve. Ce n’est pas une course comme Paris-Tours où l’on peut s’économiser dans un peloton, dans les roues. Là, on ne peut pas se cacher, ni se mentir. »

« Cette course est aussi particulière, poursuit-il, car il y a rarement plus de 5-6 favoris au départ. Elle se joue en petit comité. La motivation est importante, et souvent, les vainqueurs probables sortent de la Vuelta et des Championnats du Monde. » C’était effectivement le cas de Philippe Gilbert, mais à la différence de l’an passé, il n’avait pas remporté Paris-Tours. Et sur les Mondiaux, il a manqué l’or de peu, étant repris après la dernière bosse et un run solitaire plein de panache. Le plus fort de cette fin de saison – cela devient une habitude -, il manquait pourtant de chance.

Alors pour mettre toutes les chances de son côté, samedi, sur ce Tour de Lombardie, le Belge a fait rouler ses équipiers de bonne heure. Dans chaque descente dangereuse, il était en tête de peloton, vigilant. Il s’est arrangé pour qu’aucune échappée ne voit loin, et a durci la course assez tôt, dans cette descente de la Colma di Sormano, alors que son punch pouvait lui permettre d’attendre San Fermo. Une victoire collective, qui démontre qu’Omega Pharma-Lotto s’articule de mieux en mieux autour de son homme fort. « Les équipiers marchent quand les leaders marchent, réagit Mottet. C’est toujours motivant, un leader qui marche. On ne roule pas pour rien, on sait que le travail sera récompensé par la victoire au bout. »

Québec et Montréal, « très encourageant »

Interroger Charly Mottet était aussi l’occasion d’évoquer avec lui ses occupations actuelles. Ancien sélectionneur de l’équipe de France (en 1997 et 1998, ndlr), triple vainqueur du Critérium du Dauphiné en 1987, 1989 et 1992, 4e des Tour de France 1987 et 1991, et lauréats d’étapes sur les trois grands tours, il est désormais, depuis 12 ans, « délégué technique de l’UCI sur le terrain des championnats du monde et des jeux olympiques. » Il s’occupe « de la partie sportive des parcours et de la sécurité. » En marge, et depuis cette année, il est également manager sportif des Grands Prix de Québec et Montréal, nouvelles classiques du Pro Tour.

« Je suis en charge d’établir le parcours, gérer la logistique et la sécurité, explique Mottet, qui s’occupe également « de la relation avec les équipes, notamment européennes, de l’organisation du voyage. » Il tire un bilan « très positif » de cette première : « Ce sont de beaux circuits et le diptyque est une belle formule. Il y a une valeur sportive forte et Montréal n’est pas une ville inconnue du cyclisme : elle a d’ailleurs été le terrain de la victoire de Merckx aux championnats du monde de 1974, pour son troisième titre. » Est-ce qu’un triptyque avec Boston serait envisageable ? « Ce n’est pas à moi de dire ni de décider, mais sportivement, c’est sûr que ce serait important. Ce serait trois belles courses, huit jours hors d’Europe. C’est une même logique sportive, avec des circuits relevés. »

En septembre dernier, pourtant pendant le Tour d’Espagne, le double pari – succès sportif et populaire – a été réussi : « Il y a eu un beau plateau de coureurs, mais aussi une belle course avec une moyenne élevée. Ces courses ont plu, c’était agréable à regarder pour le public, comme pour les téléspectateurs. C’est sûr que c’est très encourageant. Les équipes ont été convaincues, et certaines connaissaient déjà un peu : rappelons que le Grand-Prix des Amériques s’y déroulait de 1988 à 1992 et que, par exemple, Yvon Madiot, directeur sportif de la FDJ sur ces courses, connaissait pour y avoir participé. »

Pour 2011, Charly Mottet attend encore d’excellents coureurs. Il regrette en revanche une chose : comme les Mondiaux seront disputés sur un tracé pour sprinteurs, les courses canadiennes ne pourront pas forcément servir de préparation idéale. « C’est sur qu’en 2012 ou 2013, on pourrait voir les vainqueurs de ces courses bien figurer aux mondiaux », estime-t-il. La licence Pro Tour est encore valable pour trois années et Pat McQuaid était présent au Canada pour assister à ces nouveautés. « Il semble avoir apprécié cette belle réalisation. Il a pu voir la qualité de l’organisation. C’était important pour la fédération québécoise, pour le cyclisme là-bas, ça apporte un plus. »

photo : 123savoie


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