Milan-Sanremo, casse-tête et casse-pattes
Course électrique, nerveuse et imprévisible, Milan-San Remo est la première grande classique de la saison. Elle donne la chance à la fois aux sprinteurs et aux puncheurs de disputer la victoire, mais Milan-San Remo est loin d’être une « loterie » comme le qualifiait autrefois Bernard Hinault. Pour l’emporter au bout des 300 km de course, il faut avoir bien préparé son affaire. Rien n’est laissé au hasard, tout mauvais jugement se paie cash, car on peut perdre la Primavera sur la moindre petite erreur ou bien pour quelques centimètres, comme cela a pu être le cas pour Heinrich Haussler ou Erik Zabel.
Malgré l’absence de difficulté importante durant la course, la Primavera nécessite une vigilance extrême de la part de ses prétendants. Le Turchino est la première difficulté de l’épreuve. Moins sélective que par le passé (un vainqueur sur trois sortait du col en tête avant les années 1950), elle marque un changement radical durant la course. Avant le Turchino, les coureurs parcourent l’arrière pays dans l’ennui et l’indifférence. Le long col (25,8 km) mais peu exigeant (1,8 % de moyenne) marque également un changement météorologique important. Après 150 km de course parcourus, les coureurs sortent du massif des Apennins et le peloton longera ensuite la côte ligure avec un temps souvent ensoleillé. Une nouvelle course commence alors.
La Manie, premier round d’observation
Les choses commencent à devenir sérieuses avec l’ascension de la Manie, difficulté ajoutée en 2008, pour durcir l’épreuve trop souvent à la merci des sprinteurs. Avec un sommet situé à 94 km de l’arrivée, cette montée de 4,7 km n’est pas décisive mais permet d’effectuer un premier travail d’écrémage et d’affaiblir les sprinteurs. Une cinquantaine de kilomètres plus loin, le peloton escaladera les Capi (Capo Mele, Capo Cervo et Capo Berta), des difficultés peu exigeantes mais que la répétition rendent compliquées. Leur enchainement dans un intervalle de moins de 15 km marque souvent la fin des échappées matinales.
Milan-San Remo commence à prendre une tournure cruciale à l’approche de la Cipressa (5,7 km à 4,1 % de moyenne), difficulté introduite en 1982. Les coureurs commencent alors à devenir nerveux dans le but de remonter leurs leaders à l’avant de la course. Les risques de chutes et de cassures sont considérables. Felice Gimondi ira même jusqu’à déclarer qu’il est « criminel d’engager plus de deux cents coureurs » sur ces routes. Milan-San Remo ne se gagne pas dans la Cipressa mais on peut le perdre : elle doit simplement permettre d’écarter les plus faibles. La descente est également très dangereuse, Jan Raas avait failli y mourir en 1983. Il y a trois ans, Andrea Moletta a été également victime d’une chute très spectaculaire à cet endroit.
Un poggio puis Sanremo
Une fois la sélection effectuée, le peloton, moins fourni, aborde enfin le célèbre Poggio. Difficulté apparue en 1960, elle n’est guère difficile (3,7 km à 3,7 %), mais après près de 300 km de course, elle a toute son importance. Le Poggio est le lieu clef de Milan-San Remo. D’une part, il est attendu par les puncheurs, il marque leur dernière chance de faire la différence. D’autre part, il est redouté par les sprinteurs, la montée étant à la fois susceptible de désorganiser leur équipe et de les épuiser en vue du sprint. Véritable casse-tête pour les directeurs sportifs, son sommet est situé à 6,2 km de l’arrivée. Sa descente est également périlleuse et nécessite d’afficher encore un certain état de fraicheur. En 2003, Danilo Di Luca avait vu envoler ses chances de victoires dans cette même descente par manque de lucidité.
Depuis 2008, l’arrivée n’a plus lieu sur la mythique Via Roma mais sur Lungomare Italo Calvino, quelques rues plus loin. Ce changement a permis un léger changement au final de la course. La fin de la descente est désormais située à 2,9 km du but, contre 2,4 km autrefois. C’est un simple détail, mais sur Milan-San Remo, il peut avoir toute son importance…

Crédit infographies : Gazzetta









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