Menchov, la force tranquille

Par Julien A
Mardi 27 juillet 2010 - 10:00
Denis Menchov est un coureur discret. Pas un mot plus haut que l’autre, mauvais client pour les médias et pas du genre à faire soulever les foules. A 32 ans, et bien qu’il ait déjà remporté deux Vuelta et un Giro, rares étaient ceux qui en faisaient un vrai favori du Tour au départ de Rotterdam. Rarement à l’attaque, peu spectaculaire, le Russe reste pourtant l’une des références du peloton actuel quand on évoque les différents palmarès sur les Grands Tours : seuls Alberto Contador et Lance Armstrong en avaient remportés plus à la veille du départ. Et bien qu’on note une certaine irrégularité sur la Grande Boucle – abandons en 2004 et 2007, 85e en 2005, 51e l’an dernier – il a déjà montré le bout de son nez à plusieurs reprises – 11e et maillot blanc en 2003, 5e avec une victoire au Pla-de-beret en 2006, 3e en 2008.
Un tour sans faux-pas mais sans éclat
Comme souvent, l’interrogation portait donc sur l’état de forme du leader de la Rabobank. Bon deuxième du Tour de Romandie, il a été victime d’une bronchite au mois de mai qui a retardé sa préparation et réalisé un Dauphiné Libéré en dedans. Tout le monde a donc à l’idée qu’en cas d’une nouvelle défaillance de Denis Menchov, Robert Gesink, impressionnant sur les routes du tour de Suisse, prendra le leadership de l’équipe.
Il sera pourtant exemplaire tout au long des trois semaines. Sujet à des jours sans, ce ne sera pas le cas cette année. Mais comme d’habitude on ne le voit que très peu. Jamais dans les premières positions du peloton, une seule fois à l’attaque dans la montée vers Ax-les-Thermes, il fait preuve d’une grande régularité durant toute l’épreuve. Jusqu’à ce contre-la-montre final entre Bordeaux et Pauillac où il domine largement tous les autres prétendants du classement général pour s’emparer de la troisième place aux dépens de Samuel Sanchez. Il monte ainsi pour la première fois sur le podium aux Champs-Elysées – en 2008, il avait profité du déclassement de Kohl après coup, et n’était donc que quatrième au soir de la dernière étape.
Spa, un tournant manqué
La question que tout le monde se pose : pouvait-il faire mieux ? Coureur défensif, il n’a jamais tenté d’inquiéter les deux grands favoris qu’étaient Alberto Contador et Andy Schleck, se contentant de se bagarrer contre Samuel Sanchez ou Jurgen Van Den Broeck. Mais s’il ne finit qu’à 2 minutes du vainqueur à Paris, on voit mal où il aurait pu faire mieux, semblant souvent à la limite de la rupture.
Pourtant, une étape aurait pu tout changer. On a souvent répété qu’Andy Schleck était à deux doigts de tout perdre à Spa. Il naviguait à plus de trois minutes du groupe de tête, alors qu’Alberto Contador était à 1’30’’ « seulement ». Denis Menchov, pourtant réputé maladroit, jamais le dernier cité quand il s’agit de parler de chutes, était lui dans ce groupe tête. La neutralisation de l’étape lui ôtera cet avantage, et on ne le verra plus jamais en position d’inquiéter ses deux jeunes adversaires, même pas à Ax, où malgré leur séance de surplace, le russe n’a repris que 15 secondes.
Et maintenant ?
Quelle orientation donner à sa carrière désormais ? Contrairement à beaucoup d’autres, trop focalisés sur le Tour, le natif d’Orel a su se construire un joli palmarès depuis grâce au Giro et à la Vuelta. Doit-il donc désormais se recentrer sur la Grande Boucle pour essayer de la remporter, ou à 32 ans, continuer à étoffer son palmarès sur d’autres courses sans faire de juillet une priorité ? Ses chances sur l’épreuve française dépendront en bonne partie du parcours proposé.
On l’a vu cette année, il est capable d’aligner ses rivaux sur l’épreuve chronométrée, mais semble trop juste pour rivaliser en haute montagne. Le retour d’un deuxième long contre-la-montre, comme c’était la norme il y a quelques années pourrait l’encourager à se concentrer sur le Tour. En attendant, il se dit qu’il pourrait participer à la Vuelta en fin de saison, où une victoire le verrait rejoindre Tony Rominger et Roberto Heras au rang des triples vainqueurs de l’épreuve.
Katusha, Vacansoleil ou Astana…
Autre point d’interrogation concernant l’avenir du russe, sa future équipe. En fin de contrat avec l’équipe néerlandaise Rabobank qu’il a rejoint en 2005, et annoncé partant, il est courtisé par plusieurs formations. Au premier rang desquelles, Katusha. Bien que Joaquin Rodriguez ait donné entière satisfaction cette saison, l’équipe russe a vocation à attirer les meilleurs coureurs russes du peloton, et souhaite briller sur le Tour de France avec un des siens. Vladimir Karpets ayant une nouvelle fois déçu, Denis Menchov est la priorité annoncée du recrutement. Autre piste sérieuse, l’équipe néerlandaise Vacansoleil, déçue d’avoir été recalée de cette édition 2010, ferait le forcing pour engager un leader de poids. Pouvoir compter sur le dernier troisième du Tour en plus des frères Feillu serait un argument fort pour assurer une invitation en 2011. Enfin, en cas de départ d’Alberto Contador de chez Astana, le Russe est annoncé comme l’une des possibilités pour le remplacer.
Dans tous les cas, Denis Menchov aura certainement à l’esprit que le choix de son équipe pour l’an prochain sera déterminant : on annonce le retour d’un contre-la-montre par équipe l’an prochain sur les routes du Tour. Et si cette épreuve n’a jamais fait gagner le Tour, elle l’a fait perdre à plus d’un prétendant.
Photo : @pemisera – flickr






#1 
Bonjour, je tiens à souligner quelques inexactitudes sur le début de votre article où il est fait mention des coureurs ayant déjà remporté un grand Tour. Seuls Armstrong et Contador sont cités. Or, il ne faut pas oublier es vainqueurs du Giro que sont Damiano Cunego (2004) et Ivan Basso ( 2006, 2010 ! ) et également Alexandre Vinokourov, lauréat de la Vuelta en 2006.
Bonsoir,
Nous n’avons pas oublié Cunego, Basso et Vino. Relisez bien la phrase : « seuls Alberto Contador et Lance Armstrong en avaient remportés plus à la veille du départ ». En effet, Contador en avait 4 et Armstrong 7 au compteur. Menchov 3. Pour les trois que vous citez, c’est moins que ça.
Merci pour votre précision néanmoins, toujours utile !
Mea culpa. Désolé. J’apprécie votre site.