Loïc Desriac, un espoir à suivre

Par Alexandre Philippon
Dimanche 14 mars 2010 - 7:31
Une semaine après Arnaud Demare, Velochrono vous propose un zoom sur une autre promesse du cyclisme français. Loic Desriac a 20 ans, et est licencié au CC Etupes, club de la région de Montbéliard. Ce dimanche, il participera à Paris-Troyes, une épreuve comptant pour l’Europe Tour, référencée en 1.2 : l’occasion d’en savoir plus sur un coureur qui le profil pour rapidement passer à l’étage supérieur.
La Bernaudeau Junior avec une clavicule cassée
« Mon père Hervé fut l’un des meilleurs amateurs de son époque, j’ai donc forcément commencé le vélo en minimes« , nous raconte le natif de Villeneuve-Saint-Georges pour raconter comment il est venu au vélo : comme une évidence. Et il n’est pas le seul dans la famille à être tombé dedans quand il était petit. Son frère Gael est également cycliste, à Albi. Albi, Loïc en est parti cet hiver. Il se sépare ainsi d’un coureur qui était plus qu’un coéquipier. Il va perdre « l’instinct fraternel« . En 2008, il confiait au site Directvelo qu’il « irait toujours plus loin dans la douleur pour son frère« . Deux ans qu’il était dans le club du Tarn, jusqu’à cette décision prise de rejoindre le Doubs. « Je viens de déménager, je suis maintenant à Besançon, pour être au plus près de mon nouveau club, le CC Etupes », explique Loïc, dont la carrière en 2010 épouse de nouvelles formes, avec de nouvelles couleurs, et de nouveaux repères à trouver.
En 2007, alors représentant du CC Revel, Loïc Desriac remporte la Bernaudeau Junior. Ce sera la meilleure performance de sa saison. Une victoire obtenue dans la douleur, c’est le moins que l’on puisse dire. Il se souvient : « Deux semaines avant la course, je me casse la clavicule, mais les médecins ne détectent rien sur les radios. Je gagne quand même la course, puis ils se rendent compte qu’en fait, il y avait une fracture. Je leur disais pourtant bien que j’avais mal et que je ne pouvais pas bouger le bras, mais cela reste un bon souvenir. » Et un résultat qui lui permet de passer chez les espoirs précédé d’une bonne réputation. Il passera donc deux ans à Albi, lui l’habitant du Gers. Et dès la première saison, il obtient ses premières sélections en Equipe de France, qui lui permettent de s’aligner sur des épreuves de la Coupe des Nations, que ce soit la Côte Picarde, ou le ZLM Tour. « J’y ai découvert le gros niveau international« , se souviens t-il.
Presque vainqueur d’étape sur le Tour de l’Avenir
Vainqueur de Paris-Conneré et deuxième d’une étape du Tour des Pyrénées, Loïc réussit son premier exercice chez les moins de 23 ans. On lui attribue alors des touches avec AG2R, confirmées par Vincent Lavenu. Alors âgé de 19 ans, il doit terminer sa formation, mais l’équipe savoyarde lui fait déjà les yeux doux, et lui apporte du concret, à commencer par une bourse, mais aussi un pré-contrat. Et en 2009, les résultats suivent. Il remporte une étape de l’épreuve canadienne de la Coupe des Nations, à Saguenay, battant Rasmus Guldhammer, à présent professionnel chez HTC-Columbia, mais aussi Johan Le Bon, qui s’adjugera finalement le classement général, mais n’est autre que le champion du monde juniors en titre. Et c’est tout naturellement que Loïc Desriac en arrive à participer au Tour de l’Avenir, grâce à un nouvel appel logique en Equipe de France.
Au cours de la mythique course de jeunes, il parvient à faire parler de lui : « Sur la deuxième étape, je me fais reprendre à 900 mètres de l’arrivée malgré 45 kilomètres d’échappée en solitaire. » Malgré cette déception, Loulou garde un excellent souvenir de la compétition hexagonale. La victoire finale de son coéquipier, Romain Sicard, y est pour beaucoup. Il a bossé d’arrache-pied pour permettre au Basque de sortir vainqueur : « On a tous travaillé pour lui, j’ai pu sentir l’importance d’une équipe soudée. Je remercie Bernard Bourreau de m’avoir fait confiance sur le Tour de l’Avenir 2009, c’était une course magique, les Equipes de France A & B étaient très fortes. De l’intérieur nous nous ne rendions pas trop compte, mais chacun a fait un boulot énorme, le résultat le prouve. Je pense que j’ai le potentiel et la motivation pour y figurer de nouveau, et cette fois finir les 900 m (rires). »
En 2009, il y a aussi eu ce stage avec AG2R-La Mondiale, conséquence peu étonnante de ses rapports privilégiés avec la formation Pro Tour. Dans ce cadre, il découvre le niveau d’épreuves de premier plan national. « J’ai pu me mesurer à deux reprises face aux professionnel, résume t-il. Sur la Polynormande, où j’ai remporté le maillot de meilleur sprinter, et au Tour du Poitou-Charentes, ou je finis quatrième de la première étape. » Mais au bout du compte, il ne rejoint pas l’effectif de Vincent Lavenu pour l’année 2010. Pas de quoi l’abattre, il reste lucide et cherche à en profiter pour s’aguerrir. « Je pense que j’ai fait le bon choix en restant amateur cette année, cela me permet de progresser et d’apprendre sur plusieurs plans. Par exemple, ma saison 2009 est bien supérieure à ma première année espoirs, en termes de qualité des courses et des résultats. » Il évoque ici ses sélections en Equipe de France, et ses piges chez AG2R, mais n’oublie pas qu’il a aussi pu travailler ses qualités sur de belles épreuves amateurs, qui lui apportent également beaucoup.
Etupes comme tremplin
Le voilà donc fer de lance d’un CC Etupes idéal pour confirmer. « C’est l’une des plus grosses structures en France, ils ont remporté la Coupe de France en 2009″, argumente t-il, sûr de la qualité de son choix. « L’encadrement m’apporte un suivi au niveau des entraînements, avec Julien Pinot, mais aussi un gros programme de course, et l’expérience des grosses structures amateurs. Je sens aussi que l’équipe est motivée, l’ambiance est primordiale. » Ses premières sorties avec son nouveau club sont prometteuses, même s’il n’a pas encore levé les bras cette année. « Le début de saison à été vraiment dur pour tout le monde dans l’Est, il y a eu beaucoup de neige, beaucoup de froid, s’entraîner était difficile, cela me change du Sud Ouest, mais j’ai quand même pu rouler« , explique t-il. Dimanche, Paris-Troyes se profile en tout cas comme une nouvelle occasion d’apprendre. « On a un programme intéressant avec de belles 1.2. Je gravis un échelon de plus. La suite va venir », promet Loïc Desriac. Evoquant l’épreuve de ce 14 mars, il en salive d’avance : « Il y a un très gros niveau, cela sera certainement une très belle course, un très beau plateau. Faire une belle course est mon objectif. »
Y briller, pourquoi pas, mais de quelle manière ? « Je ne compte pas les kilomètres d’échappée sur une année, mais un baroudeur, c’est sur ! », répond t-il quand on lui demande de définir son profil de coureur aujourd’hui. Mais pour ce qui est de l’avenir, Loïc Desriac veut déjà avoir des certitudes, et savoir où il va. « Avec Julien Pinot, nous sommes en train de travailler spécifiquement, et de chercher mes qualités, raconte t-il. Nous sommes d’accord sur un potentiel de puncheur, et des qualités sur les courses par étapes. » La course qui le fait rêver ? L’Enfer du Nord. Le nouveau venu dans le Doubs veut dès cette année se montrer sur les versions « moins de 23 ans » de Paris-Roubaix et du Tour des Flandres. « Une performance sur ces courses serait la bienvenue« , dit-il. Le jeune coureur semble inspiré par les costauds, comme par Mikhail Ignatiev, qu’il prend en exemple pour sa position sur le vélo. Il pourrait bien, dès 2011, venir se frotter à cette caste de coureurs. En attendant, il a une troisième saison chez les espoirs à remplir, espérons-le, du maximum de succès.
Photo libre de droit pour utilisation sur Velochrono.fr, crédit Nicolas Götz/www.sport-phot.com // Portrait réalisé en collaboration avec Fabien Rideau








