Liège-Bastogne-Liège : Vino, c’est dans la poche

Par Alexandre Philippon
Dimanche 25 avril 2010 - 16:58
Il l’a fait ! Alexandre Vinokourov, moins d’un an après la fin de sa suspension pour dopage, fait son grand retour aux sommets du cyclisme mondial. Le Kazakh s’impose sur Liège-Bastogne-Liège, pour la deuxième fois de sa carrière, après son succès de 2005. Le coureur d’Astana devance Alexander Kolobnev, avec qui il avait pris le large peu après la Roche-aux-Faucons. Alejandro Valverde est troisième. Pour beaucoup de monde, la Doyenne 2010 sera à oublier.
Huit fuyards
Comme à l’occasion de la Flèche wallonne, Maxime Bouet (AG2R-La Mondiale) tente de prendre l’échappée du jour. Cette fois, il y parvient. Ils vont être 8 à prendre la fuite : Thomas De Gendt (Topsport Vlaanderen), Alan Perez (Euskaltel), Jussi Veikkanen (Française des Jeux), Dries Devenyns (Quick Step), Niki Terpstra (Milram), Mauro Finetto (Liquigas), Dirk Bellemakers (Landbouwkrediet), parti à contretemps avant de recoller, et donc, Maxime Bouet. L’écart va se stabiliser autour de six minutes, et en se rapprochant des premières côtes de la deuxième moitié de parcours, il chute. Sur la côte de Stockeu, Maxime Bouet a du mal, et est lâché de ce groupe qui ne compte plus que 2’30 » d’avantage sur un peloton duquel sort Jens Voigt (Saxo Bank).
Voigt intercalé
Sur la route qui mène au Col du Rosier, l’Allemand poursuit son effort et revient à une minute des hommes de tête, résignés. Le peloton, qui prend au sérieux l’attaque du coureur de Saxo Bank, potentiel point d’appui pour les frères Schleck, est mené par les Caisse d’Epargne. Mais Alejandro Valverde va être impliqué dans une chute qui va lui faire perdre sa position avant la longue montée, laquelle il pourra retrouver sans paniquer, mais avec des séquelles. Il doit alors se porter à hauteur du médecin de la course. Pendant ce temps, Jens Voigt continue d’avancer, et reprend peu à peu les échappés : Maxime Bouet, Jussi Veikkanen … Le deuxième de l’édition 2005 fait son numéro, mais va d’un coup net voir son avancée neutralisée. Retour du peloton avant le Col du Maquisard.
Devenyns insiste
Un Col du Maquisard où c’est Maxime Monfort qui va déclencher les hostilités. Le coureur de l’équipe HTC imite Jens Voigt, mais avec plus de succès puisqu’il va revenir sur l’échappée. Mais son compatriote Dries Devenyns (Quick Step) file seul devant, et le Wallon, contraint de placer un nouvel effort, coince. Repris par le peloton, il voit Cyril Gautier placer une attaque vaine. Le retard du peloton sur l’homme de tête est passée sous la minute, et les favoris s’observent. Les accélérations se succèdent et c’est Bert Scheirlinckx (Landbouwkrediet) qui parvient à s’offrir un peu de champ, partant à la poursuite de Dries Devenyns. A cet instant, la Redoute se profile et la pression monte. Et c’est la Radio Shack qui fait le forcing pour y entrer en tête.
Mouvements sur la Redoute
Scheirlinckx repris, c’est ensuite au tour de Devenyns d’être rejoint. Un peloton groupé attaque donc la mythique bosse ardennaise. Valerio Agnoli se place en tête pour la Liquigas, et ne voyant personne le relayer, et il s’en va. Personne n’y va jusqu’à ce que Carlos Barredo ne réagisse, le reprenne et le dépose. Derrière, beaucoup de coureurs se décident à hausser le ton. C’est ainsi qu’un groupe de tête va se former, avec une bien belle composition : Carlos Barredo, Valerio Agnoli, Stefano Garzelli, Tony Martin, Laurens Ten Dam. Mais le peloton est quasiment au contact et ne va pas leur laisser de champ. Il reste alors 30 kilomètres.
Andy Schleck refait le coup
Dans Sprimont, Bram Tankink file aux avant-postes. Il prend le large tandis que dans le peloton, Alberto Contador fait travailler ses équipiers. Déjà vu à l’attaque sur la Flèche wallonne, le coureur de Rabobank se donne à fond. Partant en contre, Serguei Ivanov est le premier gros favori à bouger. Le champion de Russie va néanmoins avoir du mal à grignoter du terrain au Batave, et sera repris dans la Côte de la Roche-aux-Faucons. La Saxo Bank lance alors Andy Schleck en orbite. Déjà en 2009, le Luxembourgeois avait construit son succès à cet endroit. Le tenant du titre ne voit qu’un seul coureur le suivre : Philippe Gilbert. Cadel Evans fait le forcing pour tenter de limiter la casse dans le peloton, mais c’est difficile. Avant le sommet de la bosse, Bram Tankink est repris et débordé. Et Alberto Contador finit par réagir : il place son attaque – un peu tardive – et fait son maximum pour combler son retard.
Les Astana font le spectacle
Aérien, le Pistolero fait un effort monumental et revient sur Philippe Gilbert et Andy Schleck dans le tout début de la descente. Il permet ainsi à un trio de renom de se former. Igor Anton, Alejandro Valverde, Cadel Evans, Alexander Kolobnev … et une dizaine d’autres éléments reviennent. Alexandre Vinokourov relance alors l’allure, et personne ne va le suivre jusqu’à ce qu’Alexander Kolobnev ne se décide à y aller. Du coup, le groupe des poursuivants passe la vitesse supérieure, sous l’impulsion de Philippe Gilbert, avant de temporiser. Alors le Wallon en remet une, et s’isole, prenant très au sérieux les deux coureurs de l’Est. Alejandro Valverde répond : ils se mettent à chasser, ensemble, les leaders. Mais la course est folle, et c’est au tour de Cadel Evans de placer une attaque, et en usant de sa puissance, il revient. On a alors un trio qui tente de revenir sur un duo, tenace. Derrière, est-ce trop tard ? Certainement.
Vino et Kolobnev font le plus dur
Le groupe Schleck pointant à plus d’une minute de Vinokourov et Kolobnev, ces derniers n’ont plus que Gilbert, Valverde et Evans comme principales menaces, lesquels comptent un retard de 30 » au passage devant le stade du Standard de Liège. Il reste alors la Côte de Saint-Nicolas pour opérer la jonction. Le trio s’organise avec un Cadel Evans pas avare de ses efforts, et le chrono affiche un écart qui diminue très légèrement. L’espoir est encore permis mais une fois dans cette ultime bosse avant celle de l’arrivée, personne ne bouge. On imagine alors mal le champion du monde et ses deux compères inverser la vapeur. Car devant, on a encore du jus, et Alexandre Vinokourov attaque, mais il ne peut se débarrasser de son voisin russe. Finalement, en haut de la bosse, Philippe Gilbert se décide à accélérer et décroche Alejandro Valverde, puis Cadel Evans. 6 kilomètres, plus de 30 secondes à reprendre pour le vainqueur de l’Amstel Gold Race.
Gilbert ne reviendra pas, Vino s’envole
Philippe Gilbert met toutes les chances de son côté : il mène la poursuite de sa vie, sur la course qui le fait tant rêver. L’écart se réduit : 20 secondes. Devant, le duo ne baisse pas de pied, mais risque de perdre un peu en coordination à mesure que Ans se rapproche. Alors tout reste possible. Mais lancé sur de trop hautes bases, le Wallon va finir par coincer. Au passage sous la flamme rouge, dans Liège, la cause est entendue : ce sont les deux hommes de tête qui vont se jouer la gagne. Le Kazakh est celui qui se donne le plus dans la bataille, prenant le risque de trop couvrir son adversaire. Les jambes sont lourdes et le sprint s’annonce indécis. Sachant Kolobnev plus rapide, Vinokourov accélère aux 500 mètres. Il prend le large et il ne sera pas revu. Victoire du coureur d’Astana, sa seconde après celle de 2005. Kolobnev prend une nouvelle fois la deuxième place d’une grande course d’un jour. Pour le podium, on assiste à une belle empoignade entre les principaux battus du jour. C’est Alejandro Valverde qui se montre le plus rapide, terminant ainsi à la troisième place.

1.
Alexandre Vinokourov (Astana)
2.
Alexander Kolobnev (Katusha) +0’06 »
3.
Alejandro Valverde (Caisse d’Epargne) +1’04 »
4.
Philippe Gilbert (Omega Pharma) m.t.
5.
Cadel Evans (BMC Racing) m.t.
6.
Andy Schleck (Saxo Bank) +1’07 »
7.
Igor Anton (Euskaltel) m.t.
8.
Christopher Horner (Radio Shack) m.t.
9.
Frank Schleck (Saxo Bank) m.t.
10.
Alberto Contador (Astana) m.t.
————-
11.
Thomas Voeckler (Bbox Bouygues) +1’18 »
13.
Ryder Hesjedal (Garmin) m.t.
14.
Benoît Vaugrenard (Française des Jeux) m.t.
16.
Robert Gesink (Rabobank) m.t.
21.
Damiano Cunego (Lampre) m.t.
43.
Serguei Ivanov (Katusha) +3’18 »
44.
Joaquin Rodriguez (Katusha) +5’07 »
photo astana






#1 