Les révélations de Landis, un coup pour rien ?

Par Baptiste Bouthier
Mardi 1 juin 2010 - 13:39
Alors que le dossier Alejandro Valverde est maintenant clos, puisque le coureur espagnol est depuis lundi définitivement suspendu pour toute compétition cycliste jusqu’au 31 décembre 2011, deux dossiers dopage sont encore ouverts aujourd’hui : celui de l’affaire de Mantoue, et celui ouvert par Floyd Landis, il y a dix jours, avec ses révélations fracassantes. Pour le dossier italien, l’enquête préliminaire de la justice est en cours. En ce qui concerne l’affaire Landis, les choses sont plus compliquées. Il ne s’agit pas là de démanteler un réseau, mais d’attester de la véracité des propos d’un coureur qui a subitement retourné sa veste et qui reconnaît sans complexes accuser sans preuves. Les révélations de l’Américain auront-elles une conséquence pour les coureurs qu’il accuse, à commencer par Lance Armstrong ?
Les autorités s’agitent…
D’abord assez curieusement dubitative face aux propos de Floyd Landis, l’UCI a fini par prendre les choses en main. En marge du Tour d’italie, son président, Pat McQuaid, a ainsi annoncé avoir demandé à différentes fédérations nationales d’ouvrir des enquêtes à propos de personnalités mises en cause par l’ancien coureur de l’US Postal et de Phonak : la fédération française pour John Lelangue, la belge pour Johann Bruyneel, l’australienne pour Matthew White, la canadienne pour Michael Barry, et l’étasunienne pour Lance Armstrong, Levi Leipheimer, Andy Rihs ou encore David Zabriskie. Tous sont accusés par Floyd Landis de l’avoir aidé à se doper, ou de s’être dopés en sa compagnie. Tous nient farouchement.
Ces enquêtes vont donc être menées, avec la bienveillance des personnes incriminées, qui se sont toutes dites prêtes à collaborer à l’enquête, par politesse. Une promesse qui n’engage pas à grand chose. Il ne faut cependant pas sous-estimer la portée potentielle des déclarations de Landis. Un membre de la commission du passeport biologique, donc de l’UCI, a ainsi déclaré prendre très au sérieux ses propos. Une prise de position qui n’est pas anodine, d’autant que ces personnes ne s’expriment que rarement. Par ailleurs, l’enquête aux Etats-Unis a été confiée à Jeff Novitzky, connu outre-atlantique pour avoir, à lui seul, révélé le scandale BALCO. La presse anglo-saxonne fonde beaucoup d’espoirs en sa personne. Mais difficile de croire que parce que Novitzky mène l’enquête, la vérité va soudain éclater au grand jour.
… mais pour quel résultat ?
Si l’ampleur des révélations de Landis est sans précédent, pour Lance Armstrong, il s’agit d’une énième accusation. Mais peut-on parler d’étau qui se resserre ? Le journal L’Équipe, il y a cinq ans déjà, a produit les preuves de plusieurs contrôles positifs à l’EPO sur le Tour de France 1999, le premier qu’il a remporté, sans qu’il n’y ait jamais aucune conséquence. Les propos de Floyd Landis, qui accuse notamment Armstrong de l’avoir initié au contournement des contrôles anti-dopage et aux transfusions sanguines, viennent rejoindre une myriade de témoignages de personnes ayant fait partie de l’entourage du septuple vainqueur du Tour, et qui l’accusent unanimement de s’être dopé. L’UCI a rarement joué un rôle très positif dans la résolution de ces affaires, et on doute d’une attitude différente cette fois, malgré les témoignages de bonne volonté.
Car Floyd Landis le reconnaît lui-même : sans aucune preuve de ce qu’il avance, ce sera « [sa] parole contre la leur ». Un type de confrontation dont personne n’est jamais sorti vainqueur, jusqu’à présent, face au rouleau compresseur juridique qu’applique immanquablement Lance Armstrong. Concernant les autres coureurs, certains auraient réfléchi à une collaboration avec les autorités anti-dopage, en échange de leur clémence. Mais cette information n’a pour l’instant pas été confirmée.
Bref, on voit mal comment cette histoire pourrait aboutir à autre chose qu’un non-lieu. Landis a-t-il même la force de se battre ? L’Américain a déclaré, en marge de ses révélations, avoir fait ces aveux pour se « soulager la conscience », pour ne plus « faire partie de ce problème ». Son objectif premier n’est pas de faire tomber ses anciens coéquipiers, même si ce n’est probablement pas l’envie qui lui manque. De plus, l’ancien coureur de la Phonak est aujourd’hui fauché, la faute à des procédures juridiques très coûteuses… pour « prouver » qu’il ne s’était pas dopé. Or, partout dans le monde mais aux Etats-Unis plus qu’ailleurs, impossible de se défendre efficacement en justice sans argent.
Deux dossiers mal partis
Le risque, c’est donc de voir l’affaire Landis s’enliser, comme l’affaire de Mantoue avant elle. Lorsqu’il a éclaté, début avril, ce dossier promettait beaucoup. Deux mois plus tard, il ne s’est strictement rien passé. De nombreux coureurs ont été entendus, sans résultat jusqu’à présent. Un temps écartés par leur équipe, BMC, Alessandro Ballan et Mauro Santambrogio, a priori impliqués dans ce scandale, ont été réintégrés au bout de quelques semaines. Quant aux nombreux membres de la Lampre également cités dans l’affaire, aucun n’a été mis à pied, ne serait-ce que quelques jours. En charge de l’affaire, le procureur de Mantoue, Antonino Condorelli, indiquait en avril qu’une procédure judiciaire serait ouverte fin mai. Nous sommes aujourd’hui le 1e juin, et rien ne pointe à l’horizon.
Affaire Landis, affaire de Mantoue : deux nouveaux dossiers voués à l’échec ? Pour l’instant, dans un cas comme dans l’autre, ce n’est en tout cas pas l’optimisme qui règne. La résolution récente du cas Valverde rappelle cependant qu’il ne faut jamais désespérer : quatre ans après les faits, et alors qu’Ivan Basso gagne le Giro après avoir déjà été suspendu pour exactement les mêmes raisons, l’Espagnol paye enfin pour son implication dans l’affaire Puerto. L’espoir fait vivre…
photo : Frank Steele






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