Les deux meilleurs grimpeurs

Par Baptiste Bouthier
Jeudi 22 juillet 2010 - 20:30
Bien sûr, c’est Anthony Charteau qui va ramener le maillot à pois sur les Champs Elysées, mais comme souvent ces dernières années, ce n’est pas le vainqueur du classement de la montagne le meilleur grimpeur de ce Tour 2010. Qui est-il, alors ? Impossible à dire. Car Alberto Contador et Andy Schleck ont évolué à un niveau similaire pendant les trois semaines de course, ne se reprenant que des poignées de secondes, et encore, sur des terrains particuliers ou des événements imprévus. Jusque dans le Tourmalet, ce jeudi, ils auront couru côte à côte. On ne saura jamais lequel des deux était le plus fort, cet été, dans les cols. Probablement parce qu’il n’y a pas de plus fort.
Des écarts dérisoires et particuliers
Si l’on ne prend que les étapes de montagne de ce Tour de France 2010, Alberto Contador et Andy Schleck sont presque dans le même temps. En fait, l’Espagnol est légèrement devant, et ce uniquement grâce à la fameuse étape de Bagnères-de-Luchon, où le Luxembourgeois déraillait dans l’ascension du Port de Balès, alors qu’il venait d’attaquer. Le temps qu’il remette sa chaîne, et il perdait une vingtaine de secondes. Bref, ce n’est pas en grimpette que l’Espagnol a ici regagné du temps, mais sur un ennui mécanique, largement débattu, de son adversaire.
Quelques jours plus tôt, néanmoins, il y avait eu un échange de secondes. A Morzine-Avoriaz, Andy Schleck avait pris dix secondes à Alberto Contador, dans le dernier kilomètre. Un pécule acquis grâce à une accélération sur le replat final : encore une fois, ce ne sont pas les qualités de grimpeurs qui ont alors prédominé. Entre les Alpes et les Pyrénées, c’était au tour de l’Espagnol de prendre la même chose, dix secondes, au leader de la Saxo Bank : sur la montée de Mende, il a fait parler son explosivité et son amour des forts pourcentages. Un effort incomparable à celui d’escalader des cols alpins ou pyrénéens.
Aucune hiérarchie possible
Non, dans les deux grands massifs, Contador et Schleck se sont montré à un niveau parfaitement égal. A tel point qu’on ne sait toujours pas qui est le meilleur grimpeur des deux sur ce Tour de France 2010, et qu’on ne le saura jamais, si tant est, d’ailleurs, qu’il y en ait un meilleur que l’autre. Dans l’étape de Saint-Jean-de-Maurienne, ils se montrent supérieurs aux autres dans le col de la Madeleine. Schleck attaque plusieurs fois, pour sortir le coureur d’Astana de sa roue, mais n’y parvient pas, et les deux finissent par unir leurs efforts. Premier épisode d’un duel à égalité.
Dans les Pyrénées, cela tourne d’abord au semi-ridicule, avec la séance de surplace dans Ax-3-Domaines. Puis le fameux épisode du dérailleur, donc. On a beaucoup entendu que le Luxembourgeois avait alors lâché l’Espagnol, commentaire qui ne résiste pas à une étude approfondie de la scène. Sans cet ennui mécanique, il y a fort à parier que les deux hommes auraient franchi le sommet du Port de Balès ensemble, même si c’est bien évidemment impossible à savoir.
Et puis ce jeudi, à nouveau, dans l’ascension du Tourmalet. A dix kilomètres de l’arrivée, Schleck accélère, Contador est calé dans sa roue. Le premier imprime un tempo élevé pour épuiser le second, mais c’est ce dernier qui est le plus proche de décramponner l’autre, en attaquant violemment, à quatre kilomètres de l’arrivée. Une accélération pour bien montrer à Schleck qu’il a les jambes. Qu’il n’est peut-être pas le plus fort, mais qu’il n’est pas moins fort non plus. Qu’ils sont tous les deux les meilleurs grimpeurs du Tour. Malheureusement pour eux, il n’y a qu’un maillot jaune…
Photo : @Pemisera – flickr






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