Les agents ? « Indispensable et essentiel »


Les agents ? « Indispensable et essentiel »

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Dimanche 17 octobre 2010 - 20:23







Depuis quand les agents existent dans le cyclisme ? Difficile à dire. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus présents dans ce sport et l’UCI s’est senti obligée de réglementer leurs pratiques. Cette décision communiquée en début de mois vise selon l’UCI « à professionnaliser, à uniformiser et à mieux contrôler cette fonction », avec pour objectif une mise en application pour 2012. Cédric Vasseur, ancien président de l’Association internationale des coureurs cyclistes professionnels (CPA), évoque le rôle des agents pour Velochrono. Selon l’ancien maillot jaune du Tour de France, il est amené à devenir central.

Des agents partout dans 4 à 5 ans ?

« Je suis passé professionnel en 1994 et déjà, il y avait des personnes qui se faisaient appeler agents, ou conseillers des sportifs. Il est vrai que depuis 10 ans, cela se structure davantage, se développe. Surtout depuis les années 2000, avec Lance Armstrong et Bill Stapleton (son avocat, ndlr). » Cédric Vasseur a couru avec le Texan en 2000 et 2001. Il a débuté sa carrière en 1994 et l’a terminée en 2007 : les évolutions du métier, il a eu tout le temps de les observer. « Si je devais refaire une carrière, la première chose que je ferai, ce serait de prendre un manager », nous confie-t-il. Ce développement, il le juge « légitime » : « Il faut un métier d’agent et des gens qui remplissent cette fonction ».

Agent, manager, des notions qui sont loin d’avoir été introduites dans le cyclisme via la France. Le modèle est clairement anglo-saxon et « vient d’Armstrong », selon Vasseur. Pour quelles perspectives ? « Le paysage pour dans 4 à 5 ans, c’est que quasiment 100% des coureurs du World Tour aient un agent. Quelqu’un qui va les conseiller sur leurs choix sportifs, vendre leurs qualités, optimiser les placements financiers. On peut largement augmenter ses recettes publicitaires avec un manager. Tu ne peux pas t’entraîner et faire ça a coté. Il faut être à 100% sur l’entrainement, la compétition et la récupération. » La situation aujourd’hui, c’est que 50% du peloton a un manager efficace. C’est encore loin des prévisions de l’ancien Président du CPA.

Une relation à débuter au 1er janvier

Un agent est une personne chargée de gérer les intérêts de quelqu’un. « Leur rôle, ce n’est pas simplement essayer de trouver un contrat », prévient Vasseur. « Chaque équipe a un attaché de presse (à part quelques équipes françaises, ndlr), mais on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Quand on a la chance d’avoir un manager qui met l’image de son client dans les médias, on se disperse moins et on est plus efficace. C’est important d’avoir une personne qui gère ça. Quand on est sportif professionnel, on a besoin de compter sur quelqu’un qui défend ses intérêts. » Qui sont les plus connus ? « Alex Carrera en Italie, Michel Gros en France, Paul De Geyter en Belgique. » Ce dernier, ancien manager de Franck Vandenbroucke et aujourd’hui de Tom Boonen, s’occupe de « quasiment tous les belges ».

Les coureurs les plus performants peuvent très bien trouver une équipe seuls. Les plus modestes ont plus de difficultés. Selon Cédric Vasseur, c’est pour eux que les agents peuvent s’avérer précieux. Il raconte comment cela fonctionne : « Chaque manager envoie aux responsables d’équipes la liste des coureurs qu’il dirige, et leurs prétentions financières. Cela fidélise. Si un coureur sur le marché a déjà été proposé et réalise un exploit, il va attirer l’attention plus vite. » D’où l’importance de collaborer avec un agent à partir du 1er janvier. « Au mois de septembre, se dire : « Merde, je n’ai pas d’équipe. » Ou : « J’ai fait une bonne Vuelta, est ce qu’il y a de la place ? »… Cela ne marche pas comme ça. Pour être sérieux et crédible, il faut un manager qui dès les premiers résultats, après les classiques de printemps, commence déjà à s’intéresser aux équipes ».

« Il est légitime de la part de l’UCI de se pencher sur ce sujet »

Et combien ça coûte ? En général au minimum 5% du salaire. Cela refroidirait pas mal de coureurs, et parmi eux, de nombreux coureurs français. Cédric Vasseur estime pourtant que c’est « indispensable et essentiel » de travailler avec un agent. « Fin septembre ils seraient prêts à donner 15-20% », ajoute-t-il en évoquant ceux qui se retrouvent sans contrat en fin d’exercice. « Les Français sont obligés de s’y mettre ! Les équipes vont s’attacher à embaucher des coureurs conseilés par des managers. Dès février-mars, ils leur parle : trouver une équipe, c’est un travail de longue haleine. Si les Français continuent à travailler sans agent de qualité, ils vont boucher les trous. » Agent de qualité, c’est justement ce sur quoi l’UCI veut travailler. Mettre en place un concours pour l’obtention d’une licence d’agent aidera à empêcher que certains coureurs soient mangés par les petits cochons…

« Il est légitime de la part de l’UCI de se pencher sur ce sujet », déclare Cédric Vasseur. « Il est nécessaire d’avoir des agents compétents. On ne peut pas confier ses intérêts à des gens qui connaissent pas les lois. C’est important d’être entre de bonnes mains et c’était donc le moment ou jamais de créer cette licence de manager. » Parmi les objectifs, par exemple, éviter la prolifération de requins. « L’agent de Bernhard Kohl et de Michael Rasmussen (Stefan Matschiner, ndlr) n’était pas un bon manager », illustre Vasseur. Il y a d’autres cas qui posent problèmes : fin septembre, Bjarne Riis critiquait les démarches de l’agent de son coureur Richie Porte : « Il nous provoque, il cherche à nous coincer. Nous lui avons dit que Richie n’était pas à vendre. Pourtant, il continue. Je comprends qu’un manager fasse des démarches, mais à partir du moment où il reçoit un refus, il doit s’arrêter. »

Les ruptures de contrat : un problème ?

La réalité, c’est que de plus en plus, les contrats se cassent avant l’arrivée au terme. Le cas de Bradley Wiggins, débauché de Garmin par Sky l’an passé, en est le plus flagrant exemple. Il y aussi Fabian Cancellara, cette saison, qui a racheté sa dernière année de contrat à Saxo Bank. Et d’autres situations, à l’amiable : pour Fumy Beppu, ce printemps, ce fut laborieux. Le coureur de Skil-Shimano voulait rejoindre Radio Shack mais l’accord a mis du temps à se concrétiser. « Radio Shack, à cause de Trek, avait besoin d’un coureur asiatique, raconte Vasseur qui était toujours Président du CPA à l’époque. Mais Skil-Shimano (sponsor japonais, ndlr) avait tout autant besoin de Beppu ! » Autre exemple, moins compliqué, celui de Jean-Christophe Péraud, libéré d’un commun accord par Omega Pharma-Lotto pour rallier les rangs d’AG2R-La Mondiale. Formation qui récupérera aussi Steve Houanard, qui s’est séparé de la même manière de son équipe Skil-Shimano. « Si des coureurs cassent leur contrat, c’est que le marché le leur permet, explique Vasseur. C’est la loi du marché qui décide ».

« Je pense que cela dépend du côté où l’on se place, poursuit-il. Du coté du coureur, c’est légitime d’avoir un agent qui démarche les équipes pour avoir les meilleures conditions financières et sportives. C’est peut-être un phénomène auquel on va devoir s’habituer. On comprend que Riis soit frustré (par les démarches de l’agent de Richie Porte, ndlr) mais quand on est coureur, une carrière dure des dizaines d’années et on n’en profite jamais assez. C’est logique qu’un coureur de 22 ans cherche à casser son contrat si une équipe lui offre le double de son salaire. » Finalement, l’Australien devrait rester chez Saxo Bank. Samedi, après le Tour de Lombardie, il se disait sur Twitter « triste de voir tant de grands coéquipiers partir ».

De 0% pour un néo-pro à 25% quand il devient une star mondiale

La possibilité, c’est peut-être de s’inspirer d’autres sports en développant l’usage de clause libératoires. Les contrats sont de plus en plus complexes et les voir se multiplier à l’avenir peut-être une solution. « Le fait d’avoir des agents engage d’avoir des contrats de plus longue durée, précise Vasseur. Il vaut mieux signer trois ans plutot qu’une, avec des clauses libératoires. Si une équipe n’a pas les moyens de lutter face à une adversaire plus riche, elle recevrait une compensation financière. » Une manière, aussi, de récompenser financièrement une structure qui découvre de nouveaux talents. Alors, les jeunes coureurs, de futurs éléments centraux dans un cycliste amené à plus que jamais se professionnaliser en coulisses ?

Cédric Vasseur nous explique comment procède Paul De Geyter en Belgique : « Quand il travaille avec un néo-pro, il ne lui prend rien du tout la première année. C’est un pari sur l’avenir. Les 10%, c’est pour un coureur qui est déjà chez les profs depuis 5-6 ans. Le néo pro, s’il obtient ce premier contrat grâce à un manager, il se trouve un peu bloqué avec lui pendant deux ans, et touche le salaire minimum. Mais par la suite (si le coureur explose, ndlr), cela rapporte… » La société qui défend les intérêts de Fabian Cancellara (IMG, ndlr) récupère 20 à 25% de sa rémunération. « Là, on parle de stars mondiales, rappelle Vasseur. Ils n’ont pas beaucoup de coureurs, mais ils leur prennent un gros pourcentage, s’occupent de leur fiscalité… Le coureur est quand même gagnant au final. »


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  1. Très bon article!


  2. Dimanche 24 octobre 2010 à 0:08 - laurie | Thumb up 0 Thumb down 0