Le Tour des Flandres 2010 vu par Cédric Vasseur
A l’occasion des classiques printanières, nous inaugurons une nouvelle rubrique intitulée « La course vue par… », nous permettant de revivre une grande épreuve de l’œil d’un observateur averti. Pour le Tour des Flandres, rendez-vous avec Cédric Vasseur, retraité des pelotons depuis 2007 et désormais consultant chez RTBF, qui revient sur la course pour Velochrono.
Voir, loin de l’arrivée, les équipes Saxo Bank et Sky prendre à leur charge la poursuite de l’échappée, et non pas les formations belges, ça t’a étonné ?
Non je n’ai pas été étonné de voir les Saxo Bank prendre à leur charge la poursuite de l’échappée. Ils avaient deux vainqueurs potentiels en la personne de Breschel et Cancellara, qui avaient affiché leurs ambitions. Idem pour Sky avec Flecha. Il était donc logique de les voir aux avants-postes.
Après le Paterberg, Steve Chainel est dans le groupe des cadors. Finalement, les 9 vont être rapidement repris. Et de ces 9, on a Hushovd, Boom, notamment, qui vont ensuite craquer. Est-ce qu’il ne valait pas mieux rester au chaud dans ce mont ?
C’est toujours facile de refaire la course après coup … Mais je crois que Chainel a eu raison de s’immiscer dans ce groupe. Il avait de bonnes jambes, on était à un point stratégique de la course, il ne pouvait pas laisser partir ces coureurs. Je trouve que c’était bien joué de sa part. Peut-être aurait-il dû être plus avare dans ses relais ? Ce n’était pas à lui de travailler. Mais de toute façon, dans une telle course, il est toujours préférable d’être devant.
Sur le Koppenberg, on a vu un Breschel très facile. Ensuite, il a ce changement de vélo – tout comme Cancellara – qui l’élimine de la course à la gagne. Selon toi, que s’est-il passé ? Le Danois avait-il les moyens de suivre Cancellara et Boonen plus tard ?
Ces changements de vélo restent une énigme ! On ne sait pas très bien ce qui s’est passé. Toujours est-il qu’après coup, on s’aperçoit qu’il n’y a plus de mécanicien dans la voiture Saxo Bank au moment où Matti Breschel veut changer de vélo, et il hérite maladroitement du vélo de rechange de O’Grady. C’est quand même incroyable ! De plus, il apparaît que Cancellara a dû rechanger de vélo, puisqu’il termine avec celui d’origine. Bref, une drôle d’histoire. Vues les jambes de Breschel, qui volait avec Boonen dans le Patersberg, il ne fait aucun doute qu’il aurait accompagné Boonen et Cancellara dans le Molenberg. Ce qui nous aurait mis Boonen avec les deux Saxo …
« Jamais un coureur n’avait dégagé autant de facilité dans le Muur »
Retrouver Armstrong à l’attaque avant le Molenberg, est-ce que tu t’y attendais ? Cela correspond à son tempérament en tout cas ?
C’est une belle surprise de voir Lance à ce niveau au Tour des Flandres, mais pas surprenant. Il ne fait jamais vraiment de la figuration, et c’est un coureur qui sait très bien frotter et se positionner au pied des monts. En tout cas, c’est le signe que sa condition s’améliore, et c’est de bonne augure pour la suite des événements.
Grimper le Mur de Grammont assis, comme l’a fait Cancellara, c’est si exceptionnel que ça ?
Jamais par le passé un coureur n’avait dégagé autant de facilité dans le Muur sur le Tour des Flandres, après plus de 240km de course. On avait l’impression qu’un vent arrière le poussait, là où Boonen luttait contre un vent de face. Sa fréquence de pédalage était aussi très impressionnante, un peu à l’image du contre-la-montre de Mendrisio l’an passé.
Boonen perd le contact, sur le Mur de Grammont, sur les dernières rampes. Il emmène certainement trop gros, et coince tout près de la chapelle. En tenant jusqu’au bout, est-ce qu’il aurait pu contenir, ensuite, Cancellara sur les portions planes du final, ou est-ce que le Bosberg aurait finalement eu raison de lui ?
Vue la facilité avec laquelle Cancellara s’est débarassé de Boonen dans le Muur, il en aurait été de même dans le Bosberg, et comme le final était vent de dos, aucun problème pour un spécialiste du contre-la-montre de résister. Vu également son état de fraicheur dans la dernière ligne droite, il pouvait encore aller plus vite. Je crois qu’il s’est contenté de maintenir Boonen à 1 minutes en gérant son avantage.
Est-ce que Philippe Gilbert a mal couru, en patientant trop pour se décider à mener la chasse ? On remarque aussi qu’à ce moment clé de la course, il était esseulé.
Je ne crois pas que Philippe ait mal couru. Il est encore un peu inférieur à Boonen et Cancellara dans les monts parce qu’il n’est pas encore à 100%. Mais il a su lancer la réaction dès qu’il pouvait le faire, malheureusement un peu tard. Il y avait tout simplement deux hommes plus forts devant. Et tous les coureurs qui l’accompagnaient étaient un peu émoussés, ce qui est compréhensible vu l’enchaînement des difficultés. Il faut aussi signaler que Devolder et Wynants ont bien joué les chiens de garde pendant un bon moment, ce qui a déstabilisé la chasse. Pour en revenir à Philippe, je crois qu’il a encore besoin de s’affiner un peu, et pour cela, il nous faudrait un peu de chaleur. Si les Ardennaises se déroulent dans de bonnes conditions climatiques, alors il sera comme en fin d’année dernière après la Vuelta … C’est-à-dire imbattable !
As-tu été surpris par le comportement de David Millar, que l’on a vu vraiment à l’aise sur les pavés, sans complexes ?
David Millar a fait une super course, et vu sa condition au Critérium International et aux 3 jours de la Panne, il n’est pas du tout surprenant de le voir à ce niveau. Dommage quand même qu’il n’ait pas eu plus de temps pour récupérer des 3 jours de la Panne, disputés dans des conditions météo très difficiles, ce qui lui a sûrement coûté un peu de fraicheur dans le final. Les deux hommes de tête n’avaient eux pas couru de la semaine ! Vu aussi son manque d’expérience dans les Flandres, je crois qu’il est légitime pour lui de revenir l’année prochaine avec de réelles ambitions de victoire. Oui, réellement, je crois qu’il peut briller sur le Ronde avec ce qu’il a montré dimanche.
« Cancellara est imbattable à la pédale en ce moment »
La course aurait-elle été différente si les coureurs n’étaient pas passés à travers les goutes, comme cela a été le cas une bonne partie de la journée ?
Quels enseignements tirer de ce Ronde en vue de Paris-Roubaix ? On dirait que Cancellara et Boonen, sur l’impression du Molenberg, sont vraiment un cran au dessus. Alors, à nouveau 1 et 2 au Vélodrome ?
Le bilan du Ronde est simple. Cancellara est imbattable à la pédale en ce moment.Vue son aisance, il aurait très bien pu faire les 30 derniers kilomètres seul dimanche dernier. Seul Breschel aurait peut être pu l’accompagner dans le Muur, s’il n’avait pas eu ses problèmes de matériel. Dans ces conditions, on risque fort de se retrouver avec le même scénario sur Paris-Roubaix, c’est-à-dire un baracchi des 2 coureurs de la Saxo Bank. Ceci dit, le vent va avoir bien évidemment une influence sur le déroulement de la course. En tout cas, tous leurs adversaires le savent, il va falloir piéger ces deux coureurs avant qu’ils ne prennent le large … Mais ça, Boonen le savait déjà dimanche. Je m’attends quand même à une réaction de la part de Devolder, certes pas au niveau des deux dernières éditions du Ronde dimanche passé, mais pas très loin de la bonne carburation. Et si on retrouve le vrai Devolder sur Roubaix, cela pourrait changer la donne. Lui qui a été impérial sur les Flandres les deux dernières années, et plutôt moyen sur Roubaix, pourrait être l’homme capable de piéger la Saxo Bank.
« Le cyclisme français mériterait cette victoire tant attendue depuis 1997″
William Bonnet termine 10e sans n’avoir rien tenté de la journée. A t-il davantage intérêt, dimanche, à prendre les devants ?
William est un très bon coureur qui continue de progresser tout comme Chainel, Turgot et d’autres Francais. Mais il reste encore un peu inférieur à des Boonen ou des Cancellara dans les moments décisifs des grandes classiques. Pour en accrocher une, je crois effectivement qu’ils ne doivent pas hésiter à se lancer dans un coup. Peut-être pas dès le départ, car peu d’échappées matinales ont une chance d’aboutir, mais dans les 100 derniers kilomètres de course, durant certains moments de flottements, il y a toujours des opportunités. A lui de les flairer et de profiter de certaines situations de course, il n’a rien à perdre et tout à y gagner. En plus, avec sa pointe de vitesse, William ne doit pas avoir de complexes. Un peu à l’image de Guesdon en 1997 …
De manière générale, que penses-tu du comportement des Français sur le Ronde, et quelles chances leur donnes-tu pour Roubaix ?






#1 
Course mythique bien plus éprouvante que le tour de France. Bien plus ennivrante aussi, à cause des sompteux paysages traversés.
C’est là que l’on se rend compte, que le plat pays n’a de plat que le nom. Bon courage à tous et que le meilleur gagne !